Le Libra ne légitime pas les cryptomonnaies

mercredi, 19.06.2019

Le stablecoin annoncé mardi par Facebook est moins l’ennemi des banques systémiques que celui des monnaies électroniques elles-mêmes.

Levi-Sergio Mutemba

Les cryptomonnaies se sont appréciées après l’annonce officielle par Facebook du lancement de sa monnaie électronique, le Libra, prévu pour 2020. Bitcoin (BTC), Ripple (XRP) et Ethereum (ETH) ont bondi de 8,7%, 7,7% et 3,3%, respectivement, entre vendredi à la clôture et mercredi soir. BTC était même en hausse de plus de 10% mardi, cotant plus de 9300 dollars, avant de subir de légères prises de bénéfices. De son côté, l’action du réseau social Facebook a bondi de plus de 6% mardi avant de se stabiliser à la veille de la décision de la Fed.

Contrairement à la plupart des cryptomonnaies, le Libra est adossé à un panier de devises dures traditionnelles, celles-ci étant placées dans des actifs sûrs ou de faible volatilité rapportant des rendements stables qui seront reversés non pas aux utilisateurs de la cryptomonnaie mais à l’association Libra, basée à Genève, en charge de la création et du développement de celui-ci. Le système de réserve de changes est au cœur de la stratégie d’adoption de ce nouveau stablecoin.

Sans garanties physiques, les cryptomonnaies telles que BTC et ETH sont beaucoup trop sujettes à la spéculation et, par conséquent, à de trop grandes fluctuations de valeur pour être adoptée par le grand public comme un moyen de paiement efficient. «Dès lors que la confiance dans le succès à long terme de ces cryptomonnaies et de leurs réseaux varie grandement d’un moment à l’autre, leurs prix enregistrent eux-aussi de massives variations», insistent les développeurs du Libra dans leur Livre Blanc publié en début de semaine.

En tout cas, il est difficile d’accuser Facebook de vouloir supplanter les banques commerciales systémiques en tant que principales créatrices de monnaie par le crédit. Le volume de monnaie que battent les banques centrales des pays avancés est marginal à côté de la monnaie créée par le crédit. «Aussi Facebook ne va-t-il pas se mettre à créer des Libras en veux-tu en voilà en distribuant des crédits», souligne Christian Chavagneux, éditorialiste du magazine Alternatives Économiques. «Comme dans l’ancien temps avec l’or ou l’argent, chaque Libra créé aura sa contrepartie dans la devise des pays.»

«Bien que le Libra ne renforce pas nécessairement la légitimité des cryptomonnaies, il pourrait marquer le début d’une nouvelle ère au sein de l’industrie crypto», souligne Ipek Ozkardeskaya, Senior Market Analyst chez London Capital Group. «Il importe désormais de voir comment les régulateurs réagiront au fait qu’un réseau social privé puisse librement convertir du cash sur un canal monétaire parallèle à celui du système financier traditionnel», ajoute Ipek Ozkardeskaya.

Facebook ne sera pas seul à vouloir justifier l’adoption du Libra. L’infrastructure de paiement électronique PayPal, l’opérateur de cartes de crédit Visa, la plateformes de vente en ligne eBay, le site de réservations en ligne Booking, la plateforme de streaming musical Spotify, le transporteur à la demande Uber. Le groupe de télécommunication Vodafone, l’opérateur mobile Iliad ou encore les sociétés de capital-risque Andreessen Horowitz et Ribbit Capital – tout ce beau monde figure parmi les membres fondateurs de l’Association Libra.





 
 



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