Les colombes sont de sortie du côté de la Fed et de la BCE

mardi, 11.06.2019

Le principal catalyseur du rebond reste l’intervention des banques centrales, qui se sont montrées particulièrement actives ces derniers jours.

Enguerrand Artaz*

Après un mois de mai particulièrement heurté, les marchés d’actifs risqués ont entamé le mois de juin sur une tonalité nettement plus positive. Accalmie dans le conflit commercial? Pas vraiment. Amélioration des données macroéconomiques? Pas franchement non plus. Comme depuis le début de l’année, le principal catalyseur du rebond reste l’intervention des banques centrales, qui se sont montrées particulièrement actives, ou du moins volubiles, ces derniers jours.

Côté américain, James Bullard a estimé qu’une baisse des taux «pourrait être bientôt justifiée». Le président de la Fed de Saint-Louis est toutefois connu pour être un membre particulièrement dovish (accommodant) de la Réserve fédérale, et minoritaire au sein du FOMC. Les investisseurs ont surtout été attentifs aux propos du patron de la Fed, Jerome Powell.

A l’occasion d’un discours dont la politique monétaire n’était pas le sujet central, il s’est fendu d’une courte phrase qui a suffi à alimenter les espérances de baisse des taux. Il s’est pourtant contenté de rappeler que la banque centrale «agira de manière appropriée pour soutenir la croissance», tout en rappelant que les objectifs sur le marché de l’emploi et l’inflation étaient, pour le moment, atteints. Mais c’est la perspective, de plus en plus probable, d’au moins une baisse de taux d’ici la fin de l’année si la conjoncture ne s’améliore pas, que les marchés ont «achetée». D’autant plus que les propos de M. Powell ont été soutenus et relayés par le vice-président de la Fed, Richard Clarida, et par la gouverneure de la Fed Lael Brainard.

A l’occasion de sa réunion mensuelle, la BCE a aussi renforcé le caractère accommodant de son discours. Les conditions de la troisième tranche de TLTRO (opérations de refinancement à long terme des banques) ont certes déçu les marchés – le taux d’emprunt sera compris entre le taux de dépôt (à -0,4%) plus 0,1%, et le taux de refinancement (à 0,0%) plus 0,1%, alors que les investisseurs envisageaient qu’il puisse être inférieur au taux de dépôt - mais Mario Draghi a prononcé un discours au ton clairement dovish.

Par une rhétorique analogue à celle de son confrère américain, il a insisté sur le fait que la BCE serait prête à agir en cas de dégradation de la conjoncture, en utilisant tous les instruments de sa «boite à outils» et notamment une baisse supplémentaire du taux de dépôt. Il a aussi indiqué que les taux directeurs resteraient inchangés «au moins jusqu’au premier semestre 2020» (contre «au moins jusqu’à la fin de 2019» jusque-là). Le conseil des gouverneurs s’est en revanche montré plus neutre sur les perspectives de croissance, en baissant ses anticipations pour 2020 mais en les relevant pour 2019.

A court terme, ces discours sont très favorables aux marchés d’actifs risqués, mais il faut se méfier de l’excès d’anticipation. Le recul – modéré – des marchés européens après l’annonce du taux des TLTRO en est un exemple. Mais c’est surtout sur les anticipations de baisse de taux de la Fed que les investisseurs pèchent, sans doute, par excès d’optimisme. Ils prévoient en effet plus de deux baisses des taux d’ici la fin de l’année ce qui, à moins d’un décrochage brutal de l’économie américaine, semble improbable. Le risque de déception est donc important.

Ajoutons à cela la faiblesse des indicateurs macroéconomiques, avec un PMI manufacturier global qui passe sous les 50 pour la première fois en plus de 3 ans et un PMI composite global lui aussi au plus bas, ainsi qu’une courbe des taux américains qui reste nettement inversée: la situation invite à regarder avec circonspection l’emballement des derniers jours.

Zoom sur un titre

Salesforce: la puissance du cloud

Le géant du cloud Salesforce a publié cette semaine des résultats trimestriels qui ont dépassé les attentes du consensus, et a réaffirmé ses prévisions de croissance annuelle du chiffre d’affaires, à 22%. La révolution du cloud continue de bénéficier aux sociétés innovantes en position de leadership. Salesforce est devenu l’acteur incontournable des logiciels de relation client grâce à une offre simple mais puissante attire toujours de nouveaux clients.

Sur le trimestre, la société a vu son chiffre d’affaires progresser de 24% en glissement annuel, notamment grâce à l’activité marketing et distribution et à d’importants gains de parts de marché. La société a par ailleurs indiqué que son taux de churn (clients qui quittent la plateforme) reste inférieur à 10%, et s’améliore grâce au développement de nouveaux services et fonctionnalités fournis par la société. La dernière acquisition de la société, Mulesoft, a contribué à hauteur de 170 millions de dollars au chiffre d’affaires du trimestre, en ligne avec le plan présenté lors de cette opération financière.

Enfin, malgré d’importants investissements dans les capacités de vente et de recherche et développement, la société a dégagé 2 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible, en croissance de 34% sur un an grâce aux vertus du modèle de souscription qui, contrairement à la vente de licences perpétuelles, permet à la génération de trésorerie d’augmenter dans le temps. Le bénéfice par action ressort très au-dessus des attentes, à 0,93 dollar (contre 0,61 dollar attendu): le fruit d’importantes économies d’échelle réalisées par la société. La capacité de Salesforce à maintenir un niveau de croissance supérieur à 20% malgré un volume de chiffre d’affaires significatif témoigne clairement de l’importance de la transformation digitale de l’économie vers des solutions basées sur le cloud.

* Analyste-gérant, La Financière de l'Echiquier





 
 

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