Réforme de l'UE: l'impatience d'Emmanuel Macron

dimanche, 16.02.2020

Le président français, Emmanuel Macron, veut donner une nouvelle dynamique à l'aventure européenne au moment où la relation avec l'Allemagne bat de l'aile.

Les propositions d'Emmanuel Macron en vue de bâtir une Europe "puissance" et "souveraine" n'ont jusqu'ici suscité qu'un accueil poli à Berlin. (Keystone)

Emmanuel Macron a exprimé son "impatience" samedi à l'égard d'Angela Merkel sur les réformes de l'Europe, confirmant que la relation entre les deux dirigeants bat de l'aile depuis des mois déjà. Il a appelé à "des réponses claires" du couple franco-allemand face au repli américain et au développement de la Chine.

"Je n'ai pas de frustrations, j'ai des impatiences", a-t-il dit, interrogé à la Conférence sur la sécurité de Munich, grand-messe diplomatique annuelle, sur le fait de savoir s'il était irrité par le peu d'enthousiasme que ses propositions ces derniers années ont suscité à Berlin.

"La clé dans les prochaines années est d'aller beaucoup plus vite sur les éléments de souveraineté au niveau européen", comme la défense, a dit M. Macron. La chancelière allemande s'est elle illustrée jusqu'ici par sa grande prudence sur le dossier en raison de l'atlantisme traditionnel de son pays depuis la guerre et de la tradition pacifiste de son opinion héritée des horreurs nazies.

Nouvelle "dynamique"

Il convient de "donner une nouvelle dynamique à l'aventure européenne" face au scepticisme croissant des opinions, a exhorté M. Macron, dont les propositions en vue de bâtir une Europe "puissance" et "souveraine" n'ont jusqu'ici suscité qu'un accueil poli à Berlin. La franchise de ses propos confirme que la relation entre le chef de l'Etat français et la chancelière n'est plus, et ce depuis déjà un moment, au beau fixe.

Leurs trajectoires politiques ne coïncident pas il est vrai. La chancelière allemande est en fin de règne, de plus en plus contestée au sein de son parti conservateur après 15 ans de pouvoir, et à la tête d'une coalition gouvernementale fragile associant les sociaux-démocrates. Elle n'a guère de marge de manoeuvre sur le plan intérieur pour lancer de grandes réformes.

Un proche d'Emmanuel Macron, le député européen Pascal Canfin, a récemment lâché dans l'hebdomadaire Der Spiegel: "Il ne vient plus aucune idée de Berlin".

Emmanuel Macron est lui encore un responsable politique jeune et agace souvent à Berlin par son tempérament jugé en coulisse fougueux. Là où la chancelière, imprégnée de la culture du compromis allemande, est passée maître dans l'art du jeu de patience en politique.

Exercices communs

Les propos-chocs d'Emmanuel Macron fin 2019 sur la "mort cérébrale" de l'Otan et la nécessité pour l'Europe de prendre son destin en main en matière de défense, ont suscité l'ire de la chancelière. Le président français a tenté depuis de rassurer en soulignant l'importance du maintien d'un lien fort avec les Etats-Unis.

Il a en même temps proposé une ouverture de la force de dissuasion nucléaire française à l'Allemagne, sous la forme de participation à des exercices communs. Les responsables allemands se sont dits poliment prêts vendredi à Munich à "saisir l'offre de dialogue" de la France. Mais la ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer, a laissé poindre son scepticisme samedi en redoutant un affaiblissement de l'Otan.

"Je maintiens que la protection (de l'Allemagne) est assurée par le parapluie nucléaire des Etats-Unis", a-t-elle dit. Sur ce point Emmanuel Macron a exhorté l'Allemagne à dépasser ses blocages. "Nous avons bâti l'Europe sur l'abandon de la puissance militaire allemande" et du coup "s'est installée l'idée en Allemagne qu'on pouvait parler du nucléaire américain, mais pas européen ou français", a regretté M. Macron.

Or, "le rapport à la puissance ne peut se faire seulement par le truchement des Etats-Unis", a-t-il lancé à l'adresse de Berlin.

Gestion très rigoriste

Les frictions permanentes entre Paris et Berlin sur la question des investissements publics en Europe et de l'orthodoxie budgétaire ont aussi laissé des traces. M. Macron a indirectement critiqué la gestion très rigoriste, sous pression notamment d'Angela Merkel, de la crise financière de 2008 en Europe.

Il a estimé qu'on avait beaucoup trop donné la priorité à la réduction des dépenses publiques et à la règlementation du secteur financier, un cocktail "fou", qui a abouti à ses yeux à désespérer les "classes moyennes" européennes et à faire monter le populisme. (ats)





 
 


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