Des attentes élevées sur un secteur technologique en transition

jeudi, 14.02.2019

Le domaine est valorisé pour la perfection, alors que ses vulnérabilités sont dévoilées par la pression réglementaire et fiscale.

Levi-Sergio Mutemba

La chute boursière du secteur technologique durant le mois de décembre a offert aux investisseurs l’opportunité d’acheter sur des plus bas le mois suivant. Ce retour de l’appétit pour le risque a suscité une telle reflation des cours que les investisseurs pourraient bientôt être taraudés par la même question qui hantait leurs esprits un an plus tôt. À savoir, le secteur est-il surévalué?

Les cours rebondissent et la pression monte

Malmené pendant une longue partie de l’exercice 2018, le réseau social Facebook a regagné plus de 25% depuis le début de l’année. Les investisseurs sont visiblement revenus sur un titre qui avait chuté de 40% entre juillet et décembre derniers, après le scandale des données personnelles volées Cambridge Analytics. Le site de commerce en ligne Amazon.com, qui a mieux résisté à la couverture médiatique négative entourant le secteur, enregistre de son côté une progression d’environ 10% depuis janvier. Tandis que Google et Apple s’apprécient tous deux de 8%.

Andrew Milligan, en charge de la stratégie globale chez Aberdeen Standard Investments (ASI), attire l’attention sur le fait que les entreprises dites FAANG, entre autres, semblent valorisés pour la perfection. Ce, alors qu’elles font face à des défis quasi existentiels. Le principal de ces défis est d’ordre réglementaire. Le stratégiste explique que l’indignation publique face à la façon dont certaines entreprises évitent de payer les impôts ou utilisent illégalement les données personnelles «a suscité un véritable contrecoup réglementaire et politique». En particulier en Europe et aux États-Unis».

Tim Cook, CEO d’Apple, qui se dit être un «fervent partisan du libre marché», n’avait-il pas affirmé, en novembre, que la réglementation du secteur technologique était «inévitable»? Pas plus tard que ce jeudi, les autorités autrichiennes ont lancé une enquête relative à de possibles pratiques déloyales dont se serait rendu coupable Amazon.com. Une enquête similaire est actuellement menée en Allemagne. «Le monde digital n’est pas un vide légal», a asséné Theodor Thanner, directeur de la BWB, l’autorité autrichienne en charge de la lutte contre les pratiques anticoncurrentielles.

Quelles technologies survivront dans 10 à 20 ans?

Concernant le commerce en ligne, les grandes plateformes telles qu’Amazon et eBay continuent d’accumuler des parts de marché au détriment des grands centres commerciaux et des détaillants physiques. «Au Royaume-Uni, par exemple, 25% des achats auprès des détaillants se font sur internet», souligne Andrew Milligan, avec qui l’Agefi s’est entretenu à l’occasion de son passage à Genève il y a quelques jours. Toutefois, même au sein de cette industrie, les investisseurs sont amenés à réapprécier les FAANG posant un risque de non-conformité liée à la vie privée, le marketing politique et la concurrence. L’introduction récente, au Royaume-Uni, d’une taxe numérique prélevée sur les bénéfices des grands groupes technologiques pourrait être suivie de mesures similaires dans d’autres juridictions.

Le secteur est aussi confronté à des risques inhérents liés aux modèles d’affaires, dans un contexte de plus en plus concurrentiel dans plusieurs segments. «Nous sommes arrivés à un stade où il est devenu difficile de faire reposer la croissance sur des produits devenus de simples commodités, tels que les smartphones et les tablettes», prévient le stratégiste d’ASI.

Prenons les marchés frontières, par exemple, ces pays en développement en passe de devenir des marchés émergents. Ces pays ne traînent pas derrière eux les infrastructures informatiques et de télécommunication obsolètes que les entreprises des pays développés mettent du temps à remplacer. Leurs consommateurs, dès qu’ils parviennent à jouir d’un pouvoir d’achat suffisant, adoptent d’emblée les nouvelles technologies.

«Il n’y pas de secteur technologique»

C’est tout particulièrement le cas des systèmes de paiement, dont les fournisseurs de solutions ne sont pas des banques mais des fintechs du secteur des télécommunications. Lorsque ces nouveaux marchés seront arrivés à un stade de développement significatif, «quelles technologies actuelles seront encore utilisées, lesquelles tomberont en désuétude?», s’interroge Andrew Milligan. Qui préconise de s’intéresser aux entreprises mettant un accent fort sur l’intelligence artificielle, l’apprentissage-machine et l’automatisation – et ce au cas par cas.

Toutes ces problématiques, de fait, ne concernent pas seulement ce que nous entendons souvent par le terme secteur technologique. «Il n’y a pas de secteur technologique», insiste Andrew Milligan, dès lors que pratiquement toutes les entreprises amenées à croître et, par conséquent, à s’adapter aux évolutions du marché, placent la technologie au cœur de leurs systèmes et non en périphérie.

«Une construction réussie du portefeuille et une analyse rigoureuse du risque dépendront de plus en plus de la connaissance détaillée des dynamiques sous-tendant les changements d’environnement», conclut l’expert d’ASI. Pour qui le contexte actuel, caractérisé par la volatilité et la divergence croissante des prix des actifs, offre des opportunités significatives pour les investisseurs fondamentaux de long terme tels que les stock-pickers.





 
 

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