Le climat détraqué: paradoxe du réchauffement climatique

dimanche, 12.05.2019

Jacques Neirynck *

Un vent froid a balayé la Suisse, en suscitant des chutes de neige tout à fait inédites en mai. Cette vague de froid est un paradoxe résultant du réchauffement climatique, comme tous les phénomènes excessifs de ces dernières années les vents violents, la montée des océans, les débordements de rivières dus à des précipitations anormales, les ouragans, les canicules.

Bien entendu cela suscite les ricanements des climatosceptiques qui tirent argument des excès de froid pour nier que la température moyenne de la planète a déjà augmenté d’un degré et qu’elle giclera à deux degrés dans une ou deux décennies. Ce n’est pas nouveau, car voici 120.000 ans, la température était effectivement de deux degrés plus élevés. Dès lors le niveau de la mer avait cru de neuf mètres. C’est cela qui nous attend, avec des effets dévastateurs sur les rivages ainsi que sur la transhumance de dizaine de millions de réfugiés.

Instabilité à long terme

Pourquoi cette instabilité? Tout d’abord parce que le climat sur une longue période est toujours instable, du fait de l’énergie solaire incidente mais aussi de l’activité humaine. A court terme, le climat de l’Arctique se réchauffe très rapidement et la frontière entre les zones climatiques se ramollit.
Le jet-stream est ce courant aérien qui circulait entre l’Arctique et les latitudes tempérées en constituant une limite entre les zones climatiques. Or, il faiblit et forme des zig-zags. Ces zigs et ces zags dirigent de l’air froid au Sud ou de l’air chaud au Nord. Dans l’ensemble, le climat devient imprévisible. Le vignoble peut à la fois subir des gelées tardives tuant les bourgeons déjà sortis et des canicules estivales brûlant la végétation. Il en est de même des cultures maraichères.
Face à ce désastre non seulement annoncé mais déjà manifesté, l’inertie de la Berne fédérale est angoissante. On y prévoit qu’une réduction nécessaire de l’empreinte carbone entrainera une mutation économique de grande amplitude, propice aux embardées électorales. On supprimera ou affaiblira des secteurs entiers comme le pétrole ou l’automobile, l’aviation ou le tourisme. L’opinion publique est en train de dépasser la prise conscience de l’exécutif et les élections à venir se dérouleront sur ce thème, pour la simple raison qu’il s’agit de la survie de l’espèce humaine.

L’incendie Camp Fire

Dès lors, faute de courage politique les décideurs se sentent contraint de nier l’existence du problème puisqu’ils ne peuvent le résoudre. L’évènement le plus symbolique s’est déroulé aux Etats-Unis. La ville de Paradise, située au nord de la vallée centrale de Californie, avait 26.882 habitants sur 47,3 km2. La ville fut entièrement détruite par l’incendie, dit Camp Fire. Le président Trump a visité ce champ de ruines, exprimé sa tristesse et réitéré son refus de reconnaître que le changement de climat soit responsable de ce désastre.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 

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