LGT a maintenu un haut niveau d'afflux de fonds dans le private banking

lundi, 18.03.2019

Le bénéfice net s'est encore amélioré à 314,1 millions de francs en 2018, en hausse de près de 11%. Après avoir fléchi de moins de 2% à 198 milliards l'an dernier, les actifs sous gestion ont rebondi à 210 milliards fin février.

Piotr Kaczor

Le Prince Max de Liechtenstein, CEO de de la banque LGT, évoque l'opportunité pour l'asset management du groupe d'entrer dans l'immobilier.

Le groupe LGT, le numéro un bancaire du Liechtenstein, contrôlé par la famille princière, a encore amélioré en 2018 son bénéfice net, à 314,1 millions de francs, soit de 10,8% par rapport à l’exercice 2017, déjà marqué par un bond du bénéfice de 23%. Par rapport à l’exercice précédent, la collecte de fonds de la clientèle s’est établie à 6,8 milliards de francs, soit à un rythme de 3% (17,7 milliards en 2017). A la faveur d’afflux nets restés à un haut niveau dans le private banking tout en bénéficiant d’une bonne diversification régionale. Alors que l’asset management a souffert de conditions de marchés difficiles, en particulier à la fin de l’année, et enregistré un reflux net de fonds, malgré des afflux nets d’argent frais très importants sur les marchés privés ou non cotés (actions et dettes) ainsi que dans les produits multi-actifs.

A la différence de l’année précédente, 2018 n’a pas été marqué par de nouvelles acquisitions. Aussi, lors de la présentation de ces résultats lundi à Zurich, Max de Liechtenstein, CEO, a-t-il parlé d’année «de peaufinage» (fine tuning) pour qualifier l’exercice écoulé. Conséquence de la dépréciation des marchés en fin d’année, les actifs sous gestion ont reculé de 1,8% à 198,2 milliards de francs. Mais la reprise qui s’est ensuivie a déjà fait rebondir les actifs sous gestion du groupe LGT à 209-210 milliards à fin février, ainsi que l’a souligné Olivier de Perregaux, le responsable des finances (CFO) du groupe LGT. Le coefficient d’efficacité opérationnelle coûts/revenus a été stable à 74% (73,8% en 2017). Entretien avec le CEO du groupe, le Prince Max de Liechtenstein.

Le groupe LGT a encore drainé, sur le plan organique, un volume net de 6,8 milliards de francs d’actifs sous gestion en 2018. Cet afflux s’est encore établi à un «bon niveau» dans le private banking. Alors que l’asset management a essuyé un reflux net de fonds dans certains segments - à l’instar de nombreux concurrents - avec toutefois des afflux positifs dans les actions non cotées (private equity) et dans la dette non cotée (private debt). Lors de la conférence de presse, un certain assainissement dans les hedge funds auprès de certains grands clients a été mentionné. Les hedge funds restent-il un domaine d’avenir?

Je pense que les hedge funds ont encore de l’avenir. Les différentes classes d’actifs ont chacune leurs propres cycles et développements. Je reste convaincu par les talents d’une série de bons hedge funds. Et que ceux-ci vont générer de bons résultats d’investissements. Il n’en reste pas moins que les avantages et les attraits de certaines approches stratégiques du passé se sont érodées sur le marché. Une mue s’est opérée, conditionnée notamment par l’évolution technologique et l’utilisation renforcée des programmes informatiques.

Nous avons nous aussi procédé à des modifications dans l’orientation et nous sommes davantage focalisés, dans ce domaine, sur un nombre plus réduit d’Investment managers avec lesquels nous collaborons. Les sorties de fonds dans ce segment ont augmenté par rapport à l’année précédente et nous en avons tiré les conséquences. Je pense qu’il est judicieux de continuer à suivre le secteur de près mais, de notre point de vue, de façon plus focalisée.

Dans l’asset management, le private equity et la dette privée ont drainé des afflux nets positifs. Vous avez indiqué envisager de vous développer, par des acquisitions, dans l’immobilier, un domaine où LGT n’est quasiment pas actif. Attendez-vous une correction de l’immobilier avant de vous engager ?

Probablement. Nous avons déjà franchi le pic mais la grande correction ne s’est pas encore produite. Je pense par conséquent que de meilleures possibilités se présenteront dans les prochaines années en ce qui concerne les acquisitions et les possibilités de collaborations dans ce domaine.

Vous avez évoqué les Etats-Unis comme champ potentiel d’acquisitions, dans l’immobilier?

Cela pourrait être le cas.

Ce segment est déjà bien occupé...

Le private equity l’est aussi. Il en va de même dans le private banking. C’est dans la nature de l’industrie financière: les acteurs restent nombreux et les barrières d’entrée ne sont pas très élevées, avant tout dans le domaine de l’asset management. De ce fait, la concurrence est très disputée dans de nombreux domaines. C’est la raison pour laquelle il faut bien réfléchir s’il est opportun d’entrer dans ce domaine, comment et quand.

Le marché immobilier suisse vous intéresse-t-il aussi?

Dans une moindre mesure. Le marché est trop étroit pour notre approche institutionnelle.

Quelle était la provenance des afflux nets de fonds l’an dernier dans la gestion privée ?

Les afflux nets se sont ici établis généralement à un haut niveau tout en bénéficiant d’une bonne diversification régionale. Ils ont été particulièrement positifs en Grande-Bretagne, en Autriche aussi relativement. Et en Asie dans une moindre mesure alors que le tableau était plus contrasté pour le Liechtenstein et pour la Suisse, à partir desquels sont couverts plusieurs marchés.

Vous avez évoqué un retour possible de LGT en Allemagne à l’onshore. La clientèle allemande est-elle actuellement gérée depuis la Suisse dans la gestion privée?

Depuis le Liechtenstein et depuis la Suisse.

Vous avez évoqué une approche active des exigences réglementaires. J’imagine que cet exercice est plus aisé à déployer sur votre marché domestique, dans la Principauté, qu’ailleurs?

Les exigences réglementaires restent complexes dans le private banking. Et cette tendance sans frein peut être observée sur tous les marchés. Nous essayons d’aller au-devant de toutes ces exigences. Ce qui nous a bien réussi par le passé au vu du peu de problèmes rencontrés – amendes, procès, etc. à - ces dix dernières années en matière réglementaire, y compris par rapport à la concurrence. Nous avons donc l’impression d’être toujours bien positionnés face à l’évolution de ces exigences. Le régulateur du marché domestique, qui fixe des exigences aussi strictes qu’ailleurs, joue bien sûr un rôle. Mais le Liechtenstein, avec 35 milliards sous gestion sur 150 milliards dans le private banking, représente moins d’un cinquième des exigences réglementaires auxquelles nous devons répondre.

Quelle a été l’évolution des affaires à Genève?

Positive. Genève a connu un développement très favorable ces dernières années. Il n’y a pas eu d’évolutions particulières l’an dernier: nous ne regardons pas trop les différents bureaux mais plutôt les marchés cibles. Et ces marchés sont souvent traités depuis plusieurs emplacements ou bureaux. Le desk pour l’Europe de l’Est, par exemple, est opéré tout à la fois depuis Genève et depuis Zurich.

Le coefficient d’efficacité opérationnelle coûts/revenus a été stable à 74% l’an dernier. Vous êtes-vous fixé un objectif à cet égard?

Ce coefficient a évolué dans une fourchette comprise entre 70% et 76% ces dernières années. Je pense que nous devons essayer de rester dans cette plage sur le long terme. Cela implique souvent un arbitrage avec la croissance. Nous orientons ce choix sur le long terme en fonction de l’ensemble de la chaîne de création de valeur et je crois que cela nous a bien réussi. Nous avons en effet enregistré une croissance plus soutenue que d’autres, avec une profitabilité raisonnable. Il serait donc opportun de rester dans la fourchette 70%-75%, mais nous pouvons aussi nous permettre d’en dévier une année si les perspectives de croissance le justifient.

Quelles sont vos attentes pour cette année?

Il est important je crois de ne pas considérer l’évolution de la collecte de fonds seulement d’une année à l’autre. D’autant que, dans les affaires de private equity par exemple, les afflux ne sont comptabilisés qu’à partir du moment où le fonds investit, après une période durant laquelle le fonds recueille de l’argent pendant la phase de «commitment». Si je dois formuler une estimation pour cette année, l’afflux net de fonds devrait s’établir entre les niveaux de 2018 et 2017.





 
 

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