CF Tradition étaie son troisième rang mondial

dimanche, 17.03.2019

La société de courtage, basée à Lausanne, a amélioré son bénéfice net de 9% à 50,8 millions de francs en 2018, malgré des charges exceptionnelles doublées.

Piotr Kaczor

Patrick Combes, le CEO et président de Compagie Financière Tradition souligne le rôle complémentaire des IDB pour apporter de la liquidité au marché.

La société de courtage Compagnie Financière Tradition (CF Tradition), basée à Lausanne et numéro trois mondial de la l’intermédiation financière ou professionnelle (Interdealer Broking ou IDB) a enregistré en 2018 un bénéfice net, part du groupe, en hausse de 9,4% à 50,8 millions de francs. Malgré une hausse des charges exceptionnelles à 23,5 millions de francs (9,4 millions en 2017). A la faveur de la bonne performance des sociétés associées – en particulier le courtier grand public Gaitame.com au Japon et l’activité du groupe en Chine continentale – dont la quote-part au résultat a été plus que doublée (+178%) à 17,5 millions de francs (6,3 millions en 2017).

Le chiffre d’affaires consolidé de CF Tradition a progressé de 10,2% 884,7 millions de francs et de 9,5% à changes constants. Dans le métier principal de l’intermédiation professionnelle (IDB), les revenus ressortent en hausse de 10,5% à 935 millions de francs et de 9,7% à changes constants. Soit une progression trois fois supérieure à celle du marché, évaluée à 2-3% par les dirigeants de CF Tradition. Dans ce métier, la marge opérationnelle ajustée des charges exceptionnelles s’est améliorée de 8,7% à 9,2%. Le Conseil d’administration propose de verser un dividende stable de 5 francs (soit un rendement de 4,7% vendredi) et une distribution exceptionnelle pour les 60 ans de l’entreprise (rendement complémentaire de 3%). A l’issue de la présentation de ces résultats annuels vendredi à Zurich, entretien avec Patrick Combes, CEO, président et actionnaire de référence de CF Tradition.

Dans quelle mesure avez-vous gagné ou cédé des parts de marché avec une croissance l’an dernier de près de 10% en monnaies locales?

Parmi les trois chefs de file mondiaux, nous avons enregistré la meilleure croissance à taux de changes constants, légèrement supérieure à celle de BGC, devant TP ICAP.

Les banques ont vécu une phase de stress-test grandeur nature au quatrième trimestre. Et CF Tradition?

Les banques ont eu des revers au niveau de leur rentabilité au quatrième trimestre mais nous n’avons pas rencontré de difficultés particulières. Les périodes de volatilité sont favorables à notre métier d’intermédiaire pur.

La liquidité n’a-t-elle pas manqué au marché?

Par le passé, les banques étaient des fournisseurs de liquidité importants car elles pouvaient constituer des stocks. Dans les moments de crise, elles renforçaient leurs positions et pouvaient faciliter les opérations de leurs clients, par exemple sur les marchés obligataires, pour des montants bien plus importants qu’elles ne peuvent le faire aujourd’hui, compte tenu des restrictions réglementaires qui leur ont été imposées. Ainsi qu’en raison des exigences en matière de coût du capital qui limitent leurs capacités d’intervention. Aujourd’hui, des spécialistes comme nous de l’intermédiation professionnelle sont en mesure de procurer cette liquidité au marché par des solutions différentes. Puisque nous n’opérons pas par le biais de notre bilan mais en recherchant la meilleure offre et le meilleur prix. Nous sommes par conséquent très complémentaires.

Vous avez souligné le potentiel que recèlent encore pour vous l’Asie et la Chine. Mais l’Europe continentale ne représente que 10% des revenus de CF Tradition. N’y a-t-il pas là aussi un potentiel?

Si l’on considère l’Europe continentale au sens strict, le marché qui recèle un potentiel, c’est le marché suisse. Le marché français va probablement se consolider à un moment donné. Le marché allemand est petit.

Ce qui s’explique par le fait que les Européens sont à Londres ?

Oui bien sûr. Londres est la principale place financière en Europe. Et les salles de marchés des grands établissements étaient à Londres jusqu’à présent.

Et au niveau des segments de produits ?

Le marché obligataire constitue un marché mondial colossal. Tous les types de dettes enflent, tant celles des Etats que des entreprises. Et le même phénomène s’observe aujourd’hui en Chine.

Avec une croissance supérieure à celle du marché mondial de l’intermédiation professionnelle, estimée à 2-3% ?

C’est un marché qui croît très fortement. Et comme les banques sont moins actives, nous sommes bien placés pour répondre à la demande de contreparties de nos clients. Les investisseurs institutionnels se dirigent vers les banques pour participer aux émissions primaires mais ont besoin de trouver de nouveaux canaux pour vendre en secondaire. Et le problème du buy-side (ndlr: asset managers, assureurs, caisses de pension), c’est qu’ils tendent à être dans le même sens: tous acheteurs ou tous vendeurs comme on l’a vu à la fin de l’année écoulée. D’où des opérations survendues sur certaines actions. Ce qui n’est pas normal.

Le résultat 2018 de CF Tradition a été obéré par une hausse des charges exceptionnelles à 23,5 millions de francs, liées notamment à des litiges juridiques, de quels types?

Ces charges exceptionnelles comprennent aussi des coûts relatifs à un déménagement dans des nouveaux bureaux à New York, notamment l’accélération de la charge de loyers résiduelle des anciens bureaux ainsi que des dépréciations d’actifs.

Les charges juridiques sont liées à des litiges anciens pour la plupart, de 2008 à 2011. Notamment avec d’anciens employés, par exemple en France - où comme vous le savez, il est difficile de licencier - mais aussi avec des concurrents ou d’ordre réglementaire. Cela est le cas régulièrement aussi chez nos concurrents et je crois que, comparée au reste de notre secteur, notre situation est plus favorable. Nous avons budgeté une réduction de ces charges exceptionnelles pour l’exercice 2019 à 12 millions de francs, soit 50% environ du montant en 2018.

Faut-il s’attendre à ce que ces charges augmentent à l’avenir dans le secteur?

Dans le secteur, c’est difficile à dire. Cela ne devrait pas être le cas chez nous.

A quelle croissance peut-on s’attendre cette année pour CF Tradition, à un chiffre, élevé?

Pour l’instant, à une croissance à un chiffre, inférieure pour le moment à celle de 2018 compte tenu du coup d’arrêt de février. Les marchés ont en effet ralenti entre le changement de posture de la FED (ndl: plus accommodante) de fin janvier et fin février. Certains acteurs de marchés n’avaient pas les bonnes positions. Mais nous avons retrouvé le cap en mars, avec une activité dont l’essor est en ligne avec celui du tout début de l’année, avant le changement de posture de Jerome Powell.

Vous vous attendez à une poursuite de la consolidation. Plutôt entre acteurs globaux et opérateurs de petite taille ?

En effet, plutôt avec les acteurs de petite taille qui ne disposent pas de la base de capital, qui manquent de capacités technologiques et qui sont très sveltes en termes d’équipes de support.

Pour ce qui nous concerne, nous ne travaillons pas pour l’instant sur des dossiers particuliers.

Les plateformes boursières ne souhaitent-elles pas acquérir des acteurs OTC ?

Les plateformes boursières seraient ravies d’entrer dans l’espace des transactions sur les marchés OTC, mais elles ne souhaitent pas, pour l’instant, gérer d’équipes de front office. C’est trop complexe pour elles. Mais nous ne pouvons pas exclure que cela se produise à l’avenir.





 
 

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