La sérendipité et l’intelligence artificielle

mardi, 23.04.2019

Florian Németi et Xavier Comtesse

Xavier Comtesse.

L’intelligence artificielle (IA) et en particulier le «machine learning» a fait de tels progrès ces dernières années dans la prédiction de toute chose dans presque tous les domaines qu’un certain vertige s’empare des observateurs. Jusqu’où ira-t-on? Que nous réserve un monde conduit par l’IA?

Pour cela un groupe d’entrepreneurs sous la houlette des Chambres de commerce romandes a fait le voyage de Boston, à la rencontre de personnalités de Harvard et du MIT, mais aussi d’entrepreneurs et de start-ups au cœur de la transformation digitale.

Des rencontres avec des experts de la question étaient au menu du jour. Il fallait en avoir le cœur net. Il fallait découvrir l’ampleur des dégâts. Eh bien, c’est pire que prévu. Il n’y a pour l’instant pas de limites, pas de frontières à tracer pour mesurer l’étendue des champs de conquête de l’IA. Tout ou presque va y passer. Tout ou presque peut être transformé.

Alors qu’on était venu voir l’innovation, on est reparti avec une seule problématique, celle de la transformation.

Comprenez-nous bien. L’IA n’innove pas les métiers …. Elle les transforme! Ce n’est pas du tout la même chose. La Fintech n’est pas que de la technologie bancaire, c’est un remplacement. Idem pour l’insurtech, ou le digital Health (santé 4.0), etc. C’est comme UBER, AirBnB, Amazon Go, etc… on n’innove pas, on remplace par autre chose.

Quand le Professeur Urs Gasser de la Law School de Havard nous parle de data, d’algorithmes et d’IA…il affirme avec force que personne ne se rend vraiment compte de la révolution actuelle. Il prétend même que la magnitude du changement sera de loin supérieure à celle de la première révolution industrielle.

Son argumentation, solide et fondamentale, interpelle fortement. Ainsi, les lois ne sont rien d’autres que des données ou des algorithmes que les machines «intelligentes» vont facilement absorber. Exit l’action de l’homme de loi? Alors on pourrait continuer sa pensée en l’extrapolant: Exit l’homme tout court si l’on ne n’y prend pas garde. La solution ne serait alors pas de légiférer contre les «robots» et «bots» intelligents mais bien «d’augmenter» l’homme par ces nouvelles facultés. Car il s’agit de comprendre l’intelligence artificielle comme une autre intelligence! Si on les additionne alors l’humanité va aller très loin. Si on les soustrait alors on va régresser ou disparaître. Voilà l’enjeu. Pour en revenir à son point de vue: il y a globalement trois stratégies: celle de l’Europe (et la Suisse) qui met la protection du citoyen au centre en voulant absolument contrôler l’évolution de l’IA par un cadre éthique. Google vient d’en expérimenter les limites avec son «board éthique» qui n’a tenu qu’une semaine sous les assauts et critiques des internautes! L’Amérique qui laisse faire et la Chine qui utilise l’IA comme outil de contrôle étatique.

Le chemin qu’il propose est celui de la maîtrise et la compréhension des mécanismes sous-jacents à l’IA, notamment la compréhension du fonctionnement des algorithmes (aujourd’hui, véritable boîte noire comportant des biais voir des discrimination). Une fois ce dernier maitrisé on va pouvoir augmenter notre propre intelligence. C’est simple … mais cela pourrait être particulièrement efficace.

On était venu chercher des visions d’avenir, on rentre avec la mission de maîtriser l’IA. Cela change nos perspectives.

  • La sérendipité est le fait de «trouver autre chose que ce que l'on cherchait»

* Mathématicien et Directeur Chambre neuchâteloise de commerce et de l’industrie





 
 

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