La procédure de tous les dangers

dimanche, 19.05.2019

Jacques Neirynck*

Une communauté religieuse satisfaisant à certaines conditions peut être reconnue d’intérêt public par l’Etat de Vaud. Ces conditions sont très restrictives: reconnaître l’ordre juridique suisse; respecter les droits constitutionnels; respecter la paix confessionnelle, etc. En plus, le nombre nécessaire d’adhérents de la communauté requérante est fixé en fonction de la durée d’établissement de la communauté selon un barème à double entrée: trente ans et 3%; quarante ans et 1%; cinquante ans et 0,3%; cent ans et 0,1%.

La procédure de reconnaissance de la communauté musulmane vient d’être introduite. Il lui faudra cinq ans pour aboutir et son succès est déjà compromis dans l’opinion publique. Le livre de Shafique Keshavjee «L’islam conquérant» est édité par un Institut pour les questions relatives à l’islam, d’inspiration évangélique, très préoccupé par la conquête présumée de l’Occident par l’islam.
Ce livre sera présent dans le débat sur la reconnaissance, compte tenu de la qualité d’un auteur réputé, jouissant de l’autorité morale d’un pasteur engagé dans le dialogue interreligieux. Même si le texte se garde de stigmatiser les musulmans, il comporte une mise en garde explicite: «...une reconnaissance politique des communautés musulmanes, sur la simple parole de leurs responsables, affirmant qu’ils se conformeront aux droits de l’homme, serait suicidaire.»

Littérature de stigmatisation

Si, dans cinq ans, la reconnaissance de la communauté musulmane est portée devant le peuple, elle a peu de chance de réussir après ce genre de mise en garde. Le titre «L’islam conquérant» s’inscrit, par le choix de l’éditeur, dans la littérature de stigmatisation d’une communauté. Le texte appartient à un genre littéraire contradictoire dans son principe: le jugement porté par un croyant sur une autre religion. Cela n’a guère de sens parce que le fidèle d’une confession croit de bonne foi que la sienne est la seule authentique et qu’il est donc juge et partie.
L’argument est l’écriture. «L’islam conquérant» est garni de citations du Coran visant à démontrer son esprit agressif. Ces citations voisinent avec d’autres qui procèdent de la tolérance. Pourquoi ces contradictions? Parce que le Coran est un copier-coller des disciples du Prophète, collationnée à une époque violente. De même, la Bible est une compilation sur plusieurs siècles de textes contradictoire, tantôt iréniques, tantôt agressifs.

Paix confessionnelle

Le véritable problème est donc bien plus le vivre ensemble dans la paix confessionnelle, objectif politique, que la reconnaissance légale de la communauté religieuse musulmane. Le refus de cette dernière isolerait un groupe de Vaudois, considérés dès lors comme des citoyens suspects de violence. La gérance politique des religions est un projet irréalisable, semé d’embuches de cette sorte.

* Professeur honoraire, EPFL





 
 

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