La philanthropie, une industrie en plein essor

mardi, 19.03.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

Si de nos jours, il peut parfois nous sembler que les travers de la nature humaine se font davantage ressentir, la générosité n’est pas en voie de disparition. Au contraire, la philanthropie n’a jamais été aussi présente dans nos sociétés qu’à l’heure actuelle. 

Du côté des Etats,  un grand nombre d’entre eux se sont engagés à dépenser 0,7%  de leur PIB en faveur de l’aide au développement. Selon l’OCDE, une trentaine de pays ont versé 462 milliards de dollars entre 2013 et 2015 dans cette optique («Private Philanthropy for Development», mai 2018). Les dons privés, par des fondations, en faveur du développement représentent un peu plus de 5% du montant versé par les Etats sur la même période, soit près de 24 milliards de dollars, ou 8 milliards par an. Ce domaine est très largement dominé par la fondation de Bill et Melinda Gates, clairement l’exemple phare de la philanthropie, dont la contribution atteint presque le moitié de toutes les participations privées. Seulement 20 fondations génèrent plus de 80% de ce type de dons, et 75% proviennent des Etats-Unis.

En parallèle de l’activité spécifique en faveur du développement, une étude signée Paula D. Johnson de la Harvard Kennedy School et UBS recense l’univers des fondations. En 2018, elle décompte plus de 260’000 fondations dans 38 pays. La croissance rapide du nombre de fondations est documentée depuis 100 ans, mais on s’y intéresse plus depuis 25 ans. La philanthropie est une industrie en plein essor, et c’est tant mieux.

Les fonds dont bénéficient les fondations des 22 pays (plus Hong Kong) couverts par cette étude s’élèvent à 1500 milliards de dollars, dont 60% sont détenus par des fondations américaines et 37% par des fondations européennes. Si l’on met en relation les dotations des fondations par rapport au PIB, la dominance américaine s’estompe et les Pays Bas arrivent au premier rang avec 14% de leur PIB, suivis par la Suisse avec 13,3% en 2015. Ces pays sont les seuls présentant des ressources au-delà de 5% du PIB pour les fondations. Les Etats-Unis arrivent en troisième position, mais avec seulement 4,8% du PIB.

Globalement, les fondations étudiées par Mme Johnson distribuent 10.3% de leurs actifs par an en moyenne. L’Espagne affiche un taux de distribution de 37%, suivie par la France à 34% et la Chine à 33%. Les Etats-Unis affichent un taux de distribution relativement modeste de 9%, tandis que la Suisse se situe à 3%, à égalité avec l’Inde, et devant le Nigéria à 1,6%. 

Un flagrant dilemme se dessine alors. Comment est-ce que la Suisse peut être un des pays où les fondations sont les mieux dotées de ressources, et en même temps figurer parmi les pays qui en distribuent le moins? Une partie de la réponse réside certainement dans la législation. Aux Etats-Unis, les fondations sont obligées de distribuer 5% de leurs actifs par an, par exemple. Une étude comparative de la législation concernant les fondations par l’European Foundation Centre en 2011 montre que 11 pays sur les 30 analysés présentent des exigences de distribution, et la Suisse se trouve dans la majorité qui n’en ont pas. Il serait pourtant préférable d’associer les avantages fiscaux dont les fondations bénéficient avec une notion d’activité minimale requise à laquelle le pays pourrait s’attendre en contrepartie. Sinon, les fondations deviennent des organes d’accumulation d’actifs, et si l’on exclut les exceptions (types de fondations particulières, etc), ceci semble aller à l’encontre de leur vocation.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 

...