Il n’y a pas trop de médecins en Suisse

lundi, 10.06.2019

Jacques Neyrinck

Une fois de plus le Conseil des Etats a refusé d’entrer en matière sur le refus de contracter, qui serait accordée aux caisses maladies. Cela va de soi pour les médecins: au terme d’une très longue formation, ils obtiennent un diplôme donnant le droit de soigner.

Si une ou plusieurs caisses peuvent arbitrairement les mettre sur une liste noire, en refusant de rembourser les soins, ces médecins sont de fait privés de diplôme. Il y aurait donc deux instances pour accorder un diplôme ou pour permettre de l’utilise: les Facultés de médecine et puis les caisses d’assurance. Les premières évaluent la compétence professionnelle et les secondes les coûts engendrés. Ce n’est pas la même chose.

Liberté fondamentale du choix

Cela va de soi aussi pour les patients. Ils estiment avoir le droit de choisir leur médecin, à commencer par sa réputation professionnelle et par son empathie lors des entretiens. Exclure certains médecins revient à limiter cette liberté fondamentale du choix sur un libre marché. C’est pire qu’une médecine d’Etat à la britannique car l’instance de décision n’est plus l’Etat mais des entreprises privées.

Ce n’est pas la première fois que des mesures maladroites sont proposées pour réduire les coûts de la santé. Cela a commencé avec le numerus clausus des facultés de médecine visant à réduire le nombre de médecins diplômés: cette mesure a tourné à la confusion de ses initiateurs puisque les jeunes Suisse, interdits d’étude, ont été remplacés par des médecins formés à l’étranger, qui constituent le quart du corps médical au détriment des pays auxquels ils ont été soustraits.    

Délai nécessaire pour un rendez-vous

Sont-ils pour autant trop nombreux, comme le prétendant les partisans de leur réduction? A en juger par le délai nécessaire pour obtenir un rendez-vous chez certains spécialistes, de trois semaines à trois mois sur la place de Lausanne, ils seraient au contraire surchargés et trop peu nombreux.

Ensuite on a proposé et mis en œuvre un moratoire sur l’ouverture de nouveaux cabinets par de jeunes médecins. Le seul résultat a été de les confiner dans les hôpitaux universitaires où ils se sont spécialisés en créant une pénurie de généralistes.
Le système de santé suisse est excellent en ce sens qu’il garantit une espérance de vie parmi les trois plus élevées au monde. Il n’absorbe que 12% du produit national. Ce n’est pas trop cher payé, même si c’est un luxe réservé à un pays riche.

Organisation en groupe de pression

Si l’on estime qu’il y a trop de médecins, encore faudrait-il décider d’une norme objective. Si les médecins étaient organisés en groupe de pression, s’il finançait de la publicité à la télévision, on se rendrait compte qu’ils sont vraiment utiles pour maintenir les gens en vie, en bonne santé et capable de travailler alors que ce n’est pas le cas des antennes de téléphonie, des stations services et des émetteurs de télévision.





 
 


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