Histoires inachevées

mardi, 22.01.2019

Marie Owens Thomsen*

Marie Owens Thomsen

L’information qui nous entoure est souvent vraie, mais tout aussi fréquemment incomplète. La pression de délais très courts dans le cycle des nouvelles, la place souvent restreinte, le goût de lire qui diminue et, parfois, le manque d’expertise et d’expérience des auteurs sont des facteurs qui contribuent à multiplier les phrases inachevées.

Par exemple, en 2015, lorsque la crise des migrants en Europe était à son pic, les journaux rapportaient pratiquement tous les jours qu’il s’agissait de la pire crise en matière de migration depuis la Seconde Guerre mondiale. Cela est assurément juste. Mais ces propos sont incomplets car on dénombrait alors quelque deux millions de migrants, tandis que pendant la guerre le nombre de migrants était cinq fois supérieur, à dix millions. Si les médias avaient rajouté cette deuxième partie de l’histoire, la plupart d’entre nous auraient sans doute eu une perception bien différente de la crise.

De même, s’il est vrai que l’Europe n’avait pas eu à faire face à une telle vague migratoire depuis fort longtemps, on oublie de préciser que l’Europe reçoit moins de migrants que d’autres pays souvent moins riches. Le pourcentage de la population née à l’étranger est d’environ 14% aux Etats-Unis, et autour de 8% en Europe. Avec quelque 513 millions d’habitants dans l’Union européenne, il nous faudrait accueillir 30 millions de plus de personnes pour arriver au même pourcentage de la population née à l’étranger que les Etats-Unis. Pour encore plus de relief, en Suisse, environ 29% des habitants sont nés à l’étranger, mais le Liban en a davantage, avec 33%.

Aujourd’hui, les marchés s’inquiètent du ralentissement du taux de croissance économique en Chine. Effectivement, ce taux de croissance est aujourd’hui autour de 6.5%, soit la moitié des 14% ou plus qui ont tant marqué les esprits – malgré le fait que ces taux n’ont été réalisés qu’à sept occasions depuis 1961, la dernière fois en 2007. La phrase qui manque souvent dans ce contexte est que depuis 2007, le poids de la Chine dans l’économie mondiale a augmenté de 11% à 19%, permettant à la Chine de contribuer à un tiers de la croissance mondiale même avec un taux de croissance réduit.

De même, quand nous lisons que le taux de chômage aux Etats-Unis est à son plus bas niveau depuis les années 1960 (3.9% en décembre 2018), il serait opportun d’ajouter que le taux de chômage est encore plus bas dans une cinquantaine de pays dont plusieurs en Europe, y compris en Allemagne et en Suisse, par exemple, ainsi qu’en Chine et au Japon.
Sur le plan du commerce international, les Etats-Unis insistent sur le fait que les importations chinoises représentent la majeure partie des importations américaines. À cela, il serait utile d’adjoindre que les importations américaines sont aussi dominantes dans les importations chinoises. Les deux pays sont donc tous les deux le partenaire commercial le plus important de l’autre. Ceci dit, en groupant des partenaires, on découvre que le plus grand marché pour les Etats-Unis est celui du Mexique et Canada, et que pour la Chine, quatre pays – Hong Kong, Japon, Allemagne, et Corée du Sud – dominent les exportations vers les Etats-Unis.

Tout est relatif, dit-on souvent. Mais pour pouvoir relativiser, il nous faut connaître toute l’histoire, et pas seulement début.

* Global Head of Investment Intelligence, Indosuez Wealth Management





 
 

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