ESG, risque et notations: une étude de cas

lundi, 27.05.2019

Lupin Rahman*

Lupin Rahman, Global Head of Sovereign Credit Research, PIMCO.

Les critères ESG font partie intégrante de l’analyse de la notation des émetteurs souverains et peuvent fournir de précieux éléments de contexte pour l'évaluation de leur solvabilité. La question des risques latents potentiels, qui ont tendance à se manifester à long terme et ont souvent des effets indirects sur la solvabilité, est cruciale lorsque l'on réfléchit aux facteurs ESG à prendre en compte dans l’analyse des émetteurs souverains. Et lorsqu'ils se manifestent, ils peuvent avoir des effets binaires significatifs.

Le Printemps arabe de 2011 en est un bon exemple: le chômage de masse chez les jeunes, les inégalités de revenus et la représentation politique limitée ont coexisté pendant des décennies, constituant ainsi un «déséquilibre stable». Ces conditions initiales ont déclenché un mouvement soudain et de grande ampleur en faveur du changement social et politique dans l’ensemble de la région. Un risque latent est apparu rapidement, avec de profonds effets sur le crédit souverain.

Dans le cadre de leur processus d'investissement, les gérants d'actifs doivent s'efforcer de découvrir et d'analyser les risques latents associés aux émissions souveraines grâce à une approche multidimensionnelle. Celle-ci inclut des modèles de notation exclusifs intégrant de nombreux indicateurs quantitatifs ESG, qui comprennent des facteurs à court et à long termes du risque de crédit, ainsi que des variables à l'évolution potentiellement plus lente et dont les effets sont plus diffus. Il s'agit, entre autres, des indicateurs relatifs à la stabilité politique, à la représentation et à la responsabilité, à l'État de droit, aux inégalités de revenus, à l’alphabétisation, au marché du travail et à la santé publique.

En outre, cette approche doit être complétée par des vérifications auprès de tiers, qui peuvent être des agences de notation de crédit, des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international ou encore des consultants autonomes. Un score ESG distinct doit également être utilisé en complément du modèle de notation souveraine. Celui-ci englobe un éventail de variables plus large, en ce compris les risques latents à évolution très lente tels que les indicateurs de mortalité et de santé publique. Enfin, il convient d'effectuer une analyse de scénarios spécifique au pays pour évaluer les risques plus extrêmes à moyen terme. Parmi les risques évalués, citons ceux relatifs au changement de régime politique, à la viabilité de la dette à long terme, à l’épuisement des ressources et aux catastrophes naturelles.

Nous constatons que l'association de ces outils permet de mieux évaluer les risques souverains latents. Cette approche peut aider à reconnaître les risques latents potentiels sur le long terme et à mieux gérer les risques extrêmes baissiers (les événements improbables qui pourraient avoir des répercussions majeures). 

Notre approche des risques ESG latents a aussi été précieuse pour évaluer les changements de régime politique à travers le monde, notamment au Brésil, au Mexique et Argentine, mais aussi pour nous aider à déterminer les pays où le statu quo politique a prévalu malgré ces risques latents, par exemple, en Afrique du Sud et en Russie. Au niveau microéconomique, l’attention accordée à des événements tels que les grèves, les manifestations et les émeutes a permis une analyse approfondie des fonctions de réaction des gouvernements susceptibles d'affecter directement le risque de crédit souverain, par exemple, les concessions budgétaires faites à la suite de la grève des chauffeurs routiers au Brésil nous ont rendus plus réticents à l'idée d'investir dans le pays car il nous semblait peu probable que la réforme des retraites soit adoptée avant les élections d’octobre 2018.

* Global Head of Sovereign Credit Research, PIMCO 





 
 

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