Emergents: allier croissance et ESG

lundi, 27.05.2019

Andrea Astone*

Andrea Astone, directeur et spécialiste de l'investissement responsable, BMO Global Asset Management.

Seulement 15% de la population mondiale vit dans des pays développés, mais ces pays représentent plus de 40% du PIB mondial. Toutefois, il cela est inéluctablement amené à changer dans un avenir proche. Diverses estimations prévoient que d'ici 2030 la classe moyenne mondiale atteindra 5,6 milliards de personnes, ce qui se traduit par 2 milliards de personnes avec un pouvoir d'achat accru, dont 87% sont asiatiques. L'Inde et la Chine réunies représenteront 66% de cette classe moyenne en un peu plus d'une décennie.

Investir dans les marchés émergents semble donc très prometteur mais il est nécessaire de se poser la question de l'impact négatif de cette croissance. L'évolution du monde développé nous a appris que les avantages que nous en avons tirés ont eu un impact significatif sur l'environnement. Dans l'état actuel des choses, les pays développés demeurent les plus grands contrevenants en matière d'environnement. Si l'on considère l'élément par habitant, le fait que la grande majorité de la population mondiale réside dans les marchés émergents et souhaite un niveau de vie plus élevé aggravera inévitablement la crise environnementale à laquelle nous sommes confrontés.

Pour soutenir cette forte croissance, les marchés émergents auront besoin d'une plus grande production d'énergie à mesure qu'ils se développeront entraînant une augmentation du nombre de centrales alimentées en grande partie au charbon en raison de son abondance et de son faible coût d'extraction. Il en résultera inévitablement une augmentation des émissions de carbone et de la pollution atmosphérique. Par ailleurs, ils auront également besoin d'un plus grand nombre d'usines pour fabriquer des produits de consommation à courte durée de vie tels que le plastique et d'autres types de déchets susceptibles de polluer la terre, les océans et donc nos systèmes alimentaires. Ceci n'est que la pointe de l'iceberg des dommages environnementaux qui en résulteront.

Les pays développés ne peuvent pas s'attendre à ce que les pays émergents freinent le développement de leurs classes moyennes en échange d'eau et d'air plus propres. Une nouvelle approche s'impose, dans laquelle le progrès économique n'est pas seulement calculé sur la base des chiffres d'affaires ou de l'EBITDA traditionnels, mais aussi sur la question de savoir si les entreprises fonctionnent de manière durable afin de minimiser activement leurs impacts négatifs tout en fournissant des produits et services qui améliorent la qualité de vie des masses.

Nous observons régulièrement des pays émergents qui font deux pas en avant et un pas en arrière en termes de développement économique, tandis que d'autres ont progressé de manière plus régulière – la Chine fait partie de ce dernier groupe. En tant que nation, la Chine a fait un travail remarquable pour faire passer sa population nombreuse de la pauvreté à la classe moyenne. La Chine compte aujourd'hui le plus grand nombre d'utilisateurs d'Internet et de diplômés universitaires et s'efforce de faire atterrir une personne sur la lune. Ce succès a cependant un coût.

En ce qui concerne l’environnement, cette nation forte de 1,4 milliard d'habitants, qui consomme aujourd'hui trois fois plus de viande qu'en 1990 et cinq fois plus de produits laitiers qu'en 1995, est confronté au déclin des terres agricoles, où 20% de ce qui reste est pollué et où la pollution atmosphérique est déjà bien visible en ville. S'il est facile d'être pessimiste quant à l'avenir de la Chine, nous restons optimistes quant à leur capacité à surmonter ces défis avec le temps. A titre d’exemple, la Chine dépense déjà trois fois plus dans les énergies renouvelables que les États-Unis. C'est aussi de loin le premier investisseur mondial dans ce domaine, les énergies renouvelables représentant 35% du bouquet énergétique de la Chine d'ici 2030, contre 12 % il y a quatre ans seulement.

* Directeur et spécialiste de l'investissement responsable, BMO Global Asset Management





 
 

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