Aux Etats-Unis, le camping-car est un baromètre économique

jeudi, 30.01.2020

Dans le nord-est de l’Indiana, l'industrie du camping-car a vécu l’an dernier, sa quatrième meilleure année, depuis ses débuts en 1913.

400.000: c’est le nombre de camping-cars livrés en 2019. Cette redynamisation est notamment due à la mode du «glamping», le camping glamour, prisé par les jeunes.

Les six ou sept véhicules qui sortent de la chaîne de montage de Riverside dans l’Etat rural de l’Indiana ressemblent plus à des maisons qu’à des voitures, tant les ouvriers américains s’attachent à fixer minutieusement les toits en bois, les isolations en fibre de verre, avant de recouvrir le tout de couches de peinture d’un blanc immaculé.  

Les camping-cars sont devenus en quelques décennies de véritables emblèmes des Etats-Unis, de ses routes semblant infinies. Des maisons en mouvement, suréquipées, lits, douches, cuisines et même des télés... qui offrent aux familles américaines le luxe de découvrir leur vaste pays tout en conservant un certain confort. Et en pleine année électorale, ces engins racontent aussi quelque chose du pays.  

«Beaucoup de gens pensent que les camping-cars sont un indicateur économique et c’est le cas à bien des égards», analyse Don Clark, CEO de Grand Design, fabricant haut de gamme de ces véhicules. «Car un camping-car c’est un loisir, pas une nécessité.» Les Américains ne déboursent les dizaines de milliers de dollars nécessaires à leur achat que lorsqu’ils sentent qu’ils peuvent se le permettre. Or, aux Etats-Unis, les électeurs ont de manière générale tendance à réélire leur président quand l’économie est bonne. 

A l’approche de l’élection présidentielle de novembre, une équipe de l’AFP a traversé (toutefois pas en camping-car) une partie du pays, pour prendre le pouls économique et politique des Etats situés entre Washington et l’Iowa, où se tiendra le 3 février la première étape des primaires démocrates. Dans le nord-est de l’Indiana, au coeur de l’industrie du camping-car, le verdict est plutôt positif pour Donald Trump: l’économie semble forte, même si un peu moins que récemment. 

Pour Don Clark, les taxes imposées sur l’acier, l’aluminium et d’autres matériaux essentiels à la conception de ces engins ont «eu un impact» négatif, mais le secteur s’apprête malgré tout à fêter sa quatrième meilleure année depuis ses débuts, en 1913. «Est-ce que ça s’est effondré?», interroge au sujet de cette industrie le spécialiste Sherman Goldenberg. Il est interviewé au panthéon des camping-cars d’Elkhart, un musée où l’on peut notamment admirer une célèbre Ford T de 1913 considérée, avec sa table à manger dépliante, comme le premier véhicule de loisirs. «Non, ça n’a pas plongé, mais nous ne battons pas non plus des records», analyse-t-il.   

Il estime à 400.000 le nombre de camping-cars livrés en 2019 et attribue cette redynamisation à la mode du «glamping» - le camping glamour - prisé par les jeunes. Le secteur était jusqu’ici dominé par les personnes âgées. «Je pense que l’industrie du camping-car se porte encore bien», abonde Eric Sims, économiste à l’université Notre Dame à South Bend, bastion du candidat à la présidentielle Pete Buttigieg, à quelques kilomètres de là.  

Mais «les choses se sont un peu calmées par rapport à il y a trois ou quatre ans», nuance-t-il.  Main-d’oeuvre amishLa production de ces engins débute souvent avant l’aube, pour s’adapter aux horaires des Amish, communauté religieuse connue pour mener une vie simple et austère, et qui constitue plus de 80% de la main-d’oeuvre de l’usine Riverside. Bien que la conduite de ces véhicules soit contraire à leurs pratiques, ces hommes à la barbe longue et aux bretelles, et ces femmes coiffées d’un bonnet blanc viennent pointer à l’usine, avant de repartir à vélo.  

«Un bon boulot, bien payé» pour des personnes avec une éducation de collégien, juge le gérant de l’usine, Mervin Lehman, les Amish ayant pour coutume d’arrêter l’école au début de l’adolescence.   

Si la communauté amish s’interdit l’achat de ces véhicules, pour d’autres Américains l’obstacle est plutôt financier.  

Keith Hess, originaire du Wisconsin, pense pouvoir s’offrir ce véhicule qu’il convoite tant d’ici cinq ans, pour la somme non négligeable de 100.000 dollars.  Marié depuis 38 ans, il aimerait prendre un mois ou deux avec sa femme pour «traverser la côte ouest jusqu’à l’Alaska, pouvoir être auto-suffisant en voyageant».  «En Amérique du Nord, nous avons énormément de chance de pouvoir conduire jusqu’à beaucoup d’endroits», confie-t-il. «On peut voir beaucoup de beaux paysages que Dieu a créés pour nous.» – (afp)





 
 



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