Marchés européens: ça passe ou ça casse?

mardi, 19.02.2019

Conjoncture. L’économie de la zone euro va-t-elle se stabiliser et se reprendre dans les prochains mois, ou, au contraire, s’affaiblir davantage et tomber en récession?

Bruno Cavalier*

En scénario central, notre examen des conditions économiques et des risques nous amène à privilégier la première réponse: ça passe. 

Autrement dit, nous pensons qu’il y a plus de chances que l’économie de la zone euro se stabilise et se reprenne dans les prochains mois qu’il y en a de la voir s’affaiblir davantage et tomber en récession. La crainte d’un affaiblissement économique peut avoir quelques vertus. Ces derniers temps, elle a déjà amené tous les banquiers centraux de par le monde à redoubler de prudence. Reste à convaincre les tenants du protectionnisme à faire de même.

Trois éléments de risque exogène

Il faut bien entendu préciser les hypothèses de travail de ce scénario central. Il y a trois éléments de risque exogène à examiner. Le premier, le plus imminent, concerne la négociation sur le Brexit. En l’état actuel des discussions et des rapports de force politique, l’option par défaut est celle d’un «no-deal Brexit». Là réside toute la particularité de cette négociation: si elle échoue, elle ne conduit pas au statu quo mais à un changement complet de paradigme en matière de commerce. 

Mais cette option implique un tel coût économique et financier, et in fine un tel coût politique pour ceux qui en seraient tenus responsables, qu’elle n’est désirable pour personne. Il n’y a d’ailleurs pas de majorité en sa faveur au Parlement britannique ou au gouvernement. A un mois environ de la date fatidique, on a beau être en plein brouillard –c’est le cas de le dire – nous pensons que l’Europe, fût-ce à la dernière minute, s’épargnera un «no-deal Brexit».

Il va sans dire que les perspectives économiques seraient bien différentes si cet accident se produisait. Un Brexit désordonné et sans transition implique en effet de s’aligner d’un coup sur les règles de l’OMC, de relever le niveau des droits de douane et, plus grave, d’instaurer de nombreuses barrières non tarifaires. 

Signer l’arrêt de mort de beaucoup d’échanges

Pour un pays qui exporte près de la moitié de ses biens et services vers l’UE, c’est signer l’arrêt de mort d’une bonne partie de ses échanges, causant une chute brutale d’activité et un resserrement des conditions financières. 

Par rapport au maintien dans l’UE, les modèles chiffrent en moyenne l’impact d’un tel choc à une perte de PIB de l’ordre de 5 points à moyen terme au Royaume-Uni. Autrement dit, ce serait un événement aux conséquences macroéconomiques presque aussi graves que la crise financière de 2008 et la récession qui a suivi. L’Europe continentale ayant une moindre exposition au marché britannique, on pourrait s’attendre à une baisse du PIB européen de l’ordre d’un point seulement. Vu la faiblesse actuelle du climat des affaires et des rythmes d’activité en zone euro, un tel choc y provoquerait donc une récession modérée à court terme. La réponse à la question initiale serait alors: ça casse.

Le deuxième risque alimentant l’incertitude touche au commerce mondial. A l’initiative du président américain, les États-Unis ont relevé en 2018 les droits de douane sur environ la moitié de leurs échanges avec la Chine, à quoi s’ajoutent des taxes sur les importations de métaux industriels. Les pays touchés ont pris des mesures de rétorsion graduée. 

Causer des turbulences sur les marchés financiers

Avec le recul de quelques mois, on peut observer que c’est un «jeu» perdant-perdant (à rebours de ce que pensait Donald Trump) qui aboutit à réduire le volume des échanges, renchérir les produits importés, perturber les chaînes logistiques, causer des turbulences sur les marchés financiers au gré des nouvelles alimentant ce feuilleton à rebondissements. Notre hypothèse de travail est qu’on va éviter une nouvelle escalade dans la guerre tarifaire. Si ce n’est pas le cas, l’alternative là encore est de réviser les prévisions de croissance substantiellement vers le bas.

Un troisième risque tient à la politique en Europe. Sur ce front, aucun des grands pays ne présente une situation totalement apaisée. De plus, les élections au Parlement européen, en mai prochain, vont donner une tribune aux forces politiques qui poussent à faire exploser le système, de préférence en se gardant bien de dire ce qu’on fait ensuite (sur le modèle de M.Varoufakis et des Brexiteers).

La vague eurosceptique grossit

En de nombreuses occasions depuis dix ans, on a souvent entendu dire que l’Europe allait se désintégrer. En réalité, le soutien à l’euro a rarement été aussi fort qu’aujourd’hui. La vague eurosceptique grossit, il est vrai, mais elle ne s’est pas transformée en tsunami. Les partis qui la composent – eux-mêmes divisés sur bien des points – sont crédités de 30% des sièges. C’était leur poids politique il y a trente ans, avant qu’il ne tombe à 15% juste avant la crise. 

En somme (c’est notre dernière hypothèse de travail), les Eurosceptiques ont très peu de chances de contrôler le Parlement européen et ils n’auront aucune incidence sur les vrais centres de décision que sont le Conseil, la Commission et la BCE.

*Chef économiste, ODDO BHF





 
 

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