Comment les tensions commerciales affectent la Suisse?

mercredi, 15.05.2019

Philippe G. Müller*

Philippe G. Müller

Les effets indirects d’une escalade des conflits commerciaux seront sans doute plus néfastes que les effets directs.

Encore une fois, Donald Trump a réussi à ébranler la moitié de la planète par un simple tweet. En annonçant une augmentation de 10 à 25% des taxes sur les importations chinoises, le président américain a voulu accentuer la pression sur la Chine – et ce, juste une semaine avant la conclusion attendue des tractations ardues pour un accord commercial entre les deux pays. Au moment de la rédaction de cet article, on ne savait pas du tout si les pourparlers allaient échouer ou si les parties parviendraient à s’entendre.

Quelle qu’en soit l’issue, les tensions commerciales internationales ne s’estomperont pas de sitôt. Outre le différend commercial avec la Chine, le gouvernement américain est sur le point de prendre d’autres décisions fatidiques: d’ici samedi, Donald Trump doit décider de taxer ou non les importations d’automobiles, sur la base d’un rapport du ministère du Commerce – ce qui affecterait principalement les constructeurs européens et asiatiques et leurs fournisseurs.

L’impact sur l’économie suisse

Dans quelle mesure une escalade de ces conflits commerciaux affecterait-elle l’économie suisse? Il faut savoir que les exportations totales d’autres pays incluent environ 57 milliards de francs suisses en prestations et demi-produits de fournisseurs basés en Suisse, soit environ 8,5% du produit intérieur brut (PIB) du pays.

Pour ce qui est du différend sino-américain, on constate d’emblée que les exportations de la Chine et des États-Unis ne comportent qu’une part relativement faible de valeur ajoutée produite en Suisse (respectivement 4 et 2 milliards). Mais la situation est bien différente pour les exportations de l’Union européenne (UE) vers le reste du monde: la part de la Suisse dans la valeur ajoutée est nettement supérieure, de l’ordre de 36 milliards de francs.

Les effets directs sur l’économie suisse d’une baisse des échanges commerciaux entre les États-Unis et la Chine due à la hausse des droits de douane devraient être plutôt faibles. Cela s’explique notamment par le fait que la Suisse exporte beaucoup de biens et services de consommation finale vers ces deux pays. Pour pousser le trait: les produits pharmaceutiques aux États-Unis et les montres en Chine. Evidemment, ces produits n’apparaissent guère dans les exportations de ces pays.

Plus grave avec l'UE

En revanche, la situation en Europe est toute autre. La Suisse y exporte une part beaucoup plus importante de prestations et biens intermédiaires ainsi que des biens d’équipement. Des produits qui constituent donc une part non négligeable des exportations des pays européens (pensons aux fournisseurs suisses de l’industrie automobile allemande). Par conséquent, la hausse des barrières douanières et les entraves aux échanges  européens toucheraient probablement beaucoup plus l’économie suisse que les tensions sino-américaines.

Abstraction faite des impacts directs d’une escalade des conflits commerciaux, les effets indirects risquent d’être au moins aussi importants. La menace croissante d’une guerre commerciale a déjà déstabilisé, l’an passé, beaucoup d’entreprises de par le monde, entraînant une diminution sensible de leurs investissements. Si la situation continue de se dégrader, il est à craindre que cette tendance s’accentue encore, refroidissant nettement l’économie mondiale.

Ces effets indirects pourraient rendre l’économie suisse encore plus vulnérable. On peut prévoir aujourd’hui déjà un ralentissement de la croissance du PIB réel, de 2,5% l’an dernier à seulement 0,9% cette année. Seule une désescalade des différends commerciaux à l’étranger permettrait à l’économie suisse de reprendre son essor.

* Economiste responsable pour la Suisse romande, UBS





 
 

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