Les banques suisses anticipent une croissance du champ des services externalisés

dimanche, 12.05.2019

C’est dans les domaines de l’IT, du traitement des titres et des crédits que les établissements bancaires prévoient une externalisation supplémentaire, selon une étude de l'institut zougois IFZ.

Piotr Kaczor

Plus de neuf dixièmes des banques en Suisse externalisent (outsourcing) des services bancaires à des entreprises externes. (Keystone)

Plus de neuf dixièmes des banques en Suisse externalisent (outsourcing) des services bancaires à des entreprises externes. Pour près de quatre cinquièmes des établissements, l’informatique ou IT et les services d’expédition (78% dans les deux cas) sont les prestations les plus sous-traitées, suivies par les services de paiements (63% des banques) ainsi que par le traitement des titres (59%).

Mais moins d’un quart des établissements bancaires externalisent leurs services de comptabilité (22%) et de conformité réglementaire ou juridique (16%).

Ce sont là les résultats d’une enquête publiée mercredi et réalisée de décembre 2018 à février 2019 par l’Institut pour les services financiers de Zoug (IFZ), rattaché à la Haute Ecole de Lucerne, auprès de 90 représentants des différentes catégories bancaires, à l’exception des deux grandes banques, en Suisse alémanique et en Suisse romande. Avec un taux de retour de quelque 50%, les résultats de l’étude sont basés sur les réponses de 49 établissements. L’étude est ainsi présentée comme représentative pour le secteur des banques de détail.

Les auteurs de l’étude, Urs Blattmann , Stefan Grob et Lukas Campagnoni, soulignent pourtant l’ampleur non négligeable de la catégorie «Autres» des services externalisés puisque celle-ci concerne plus d’un quart (27%) des banques. Dans cette catégorie «Autres», les banques mentionnent notamment l’octroi de liquidités, l’exploitation de distributeurs automatiques de billets, les services de desk, la révision interne, le traitement des salaires ou l’embarquement numérique vers les prestations des fournisseurs.

Externalisation moindre du traitement des crédits

La part de cette catégorie «Autres» représente ainsi plus de quatre fois celle du traitement des crédits, mentionné par seulement 6% des banques suisses. Dans cette dernière catégorie, les établissements concernés, certes peu nombreux, indiquent pourtant être satisfaits ou très satisfaits de la qualité des services externalisés. C’est même la seule catégorie à ne pas recueillir d’avis d’insatisfaction ni même neutres. Dans l’informatique ou IT, le service le plus couramment externalisé, deux tiers des banques concernées se déclarent satisfaites ou très satisfaites, 29% neutres et plus de 5% insatisfaites. Dans l’ensemble, les banques se montrent satisfaites des services délivrés par leurs partenaires.

Un marché suisse de près de 3,5 milliards de francs

Le marché suisse de l’externalisation ou outsourcing («sourcing» dans l’étude) est estimé par les auteurs à une valeur comprise entre 3 et 3,5 milliards de francs, dont 2,2 milliards pour les banques de détail. Compte non tenu des deux grandes banques et des banques contrôlées par des groupes étrangers. Les auteurs ont en outre estimé à 12,14% la part des charges de ces banques dévolues au sourcing.

Dans ce contexte, à quelle évolution de ce marché de l’outsourcing faut-il s’attendre dans les cinq prochaines années? La majorité des banques anticipe une augmentation, forte (16%) ou minime (de 0% à 10%) de la part des coûts d’externalisation dans leurs charges totales, alors que pour un bon cinquième (22%) des établissements, la part de ces coûts ne devrait pas changer. C’est en particulier dans les domaines de l’IT, du traitement des titres et des crédits que les banques prévoient une externalisation supplémentaire de nouvelles fonctions. Dans cette perspective, le traitement des crédits apparaît comme l’un des domaines où l’offre tend à s’étoffer.

Evolution conditionnée par la  réglementation et la Finma

Mais la tendance à l’externalisation sera aussi conditionnée par la réglementation qui prend la mesure de l’évolution technologique dans ce domaine. La circulaire 2018/3 de la Finma, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, sur l’Outsourcing, entrée en vigueur en avril 2018, vise à systématiser la surveillance des procédures d’externalisation pour en réduire les risques, notamment à l’étranger, et anticiper, par exemple, les conséquences d’un changement dans le choix du prestataire. L’externalisation constitue ainsi une priorité de la surveillance de la Finma cette année.

Interrogées sur les critères de sélection du partenaire d’externalisation, les banques indiquent placer au premier rang la qualité des prestations, puis les coûts, critère suivi par la possibilité d’assurer et de compléter le savoir-faire par le biais d’un tel partenariat. L’adéquation culturelle intervient au quatrième rang, suivie par la proximité géographique du partenaire.

Au chapitre des changements envisagés par les banques en matière d’externalisation, ou d’internalisation, dans les cinq prochaines années, se dégage une tendance à amplifier le champ des externalisations. Mais la majorité des établissements (entre 62% et 91% selon les activités concernées) n’envisagent pas de changement à cet égard. Tous domaines confondus, une banque sur quatre prévoit d’externaliser de nouvelles fonctions ou des domaines d’activités entiers dans les cinq prochaines années. Même si, dans ce domaine de l’IT, 5% des banques prévoient aussi de réinternaliser certaines tâches et d’exercer, par conséquent, elles-mêmes des activités dont le partenaire sous-traitant est actuellement responsable. Dans le domaine des services de paiements, 5% des banques prévoient aussi de reprendre à nouveau complètement à l’interne les services de paiements externalisés.

Partenariats trop statiques

L’étude d’IFZ ne permet pourtant pas de conclure à une plus grande efficacité, au niveau des coûts, des banques déployant leurs activités avec un degré d’externalisation plus élevé, par rapport à des établissements avec peu de services externalisés. L’externalisation n’en permet pas moins aux banques de gagner en flexibilité. Mais les relations constitutives de l’outsourcing sont trop statiques selon les auteurs. Une dynamique parait faire défaut dans l’identification rapide des nouveaux besoins et l’offre de solutions correspondantes.





 
 

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