Idorsia a pris un excellent départ, au-delà des attentes initiales

mardi, 06.02.2018

Biopharma. Quatre molécules entrent en phase 3, dont deux contre l’hypertension réfractaire et l’insomnie. Entretien avec Jean-Paul Clozel, CEO.

Philippe Rey

Jean-Paul Clozel. Lui, son épouse ainsi que leur équipe sont des scientifiques passionnés qui explorent des nouveaux chemins.

Idorsia a réalisé un exercice de six mois et demi depuis l’IPO en juin 2017.

Quel bilan dressez-vous depuis la création d’Idorsia?

Nous avons accompli de grands progrès dans l’établissement d’Idorsia tout en améliorant notre pipeline sans baisser de rythme. Nos attentes sont jusqu’ici plus que satisfaites ! Quatre substances se trouvent en phase 3 de développement. Par ailleurs, nous avons mis sur pied des collaborations gagnantes-gagnantes avec des sociétés pharmaceutiques leaders comme Janssen Biotech et Roche, qui ont de grandes capacités de développement et commercialisation. L’innovation produit est l’élément clé dans la pharma. Nous nous y consacrons de manière entrepreneuriale et originale. Idorsia a un pipeline de développement clinique diversifié, avec des multiples champs thérapeutiques. En somme, nous avons toutes les raisons d’être optimistes au sujet de notre futur.

Ces partenariats ne sont-ils pas à l’avantage de ces grands groupes en cas de commercialisation réussie du produit, avec l’obtention des droits de commercialisation au plan mondial?

Il est normal que le partenaire prenant plus de risques commerciaux soit récompensé en proportion. Dans le cas d’Aprocitentan, le taux de royalties s’élèvera de 20% à 35% environ du futur chiffre d’affaires net enregistré en fonction de seuils. Les dépenses de développement seront partagées. C’est à nos yeux une situation win-win pour Idorsia et Johnson & Johnson dans ce cas.

En va-t-il de même avec Roche dans l’immunothérapie contre le cancer?

C’est un bon partenariat également. L’interaction avec Roche, qui est basé dans la même ville, permet de mettre des gens et des idées ensemble. Le partage des idées est un avantage! En l’occurrence, il s’agit d’un domaine qui est intéressant pour nous et dans lequel nous pouvons aussi innover, amener une nouvelle approche. Pour Roche, qui est un peu victime de son succès aujourd’hui, l’alliance avec Idorsia lui insuffle un vent dynamique et novateur. En joignant nos forces, nous combinons notre programme avancé de découverte de médicaments, ensemble, avec l’expertise de Roche dans l’immunothérapie contre le cancer, pour accentuer notre recherche, accélérer et atteindre aussitôt que possible le développement clinique.

Idorsia opère dans des domaines qui sont essentiels comme l’insomnie et l’hypertension réfractaire qui recèlent un potentiel important mais avec peu d’innovations récentes…

Nous y explorons justement de nouvelles voies avec des nouveaux moyens thérapeutiques. On m’a souvent fait la remarque que le potentiel est limité dans le domaine du sommeil. Pourtant la proportion de gens qui souffre d’insomnie dans le monde est considérable. 40 millions d’Américains, par exemple, ont du mal à dormir. Or, les produits qui existent aujourd’hui comportent des inconvénients et font courir de très graves risques de santé, dont de dépendance, de chute ou de perte de mémoire. Nous voulons introduire sur le marché un produit complètement nouveau, révolutionnaire, qui élimine ces effets indésirables, et change considérablement les options de traitement. Mais il faut de la persévérance, en devant effectuer des milliers de synthèses avant de parvenir au but. Beaucoup de monde s’est découragé.

Pensez-vous pouvoir sortir un blockbuster dans ce domaine?

Nous pensons que c’est possible, ce à quoi nous aspirons! Nous le visons aussi dans d’autres domaines thérapeutiques.

Vous voulez aussi bâtir votre propre organisation commerciale. Dans quels domaines thérapeutiques?

Il existe plusieurs possibilités, par exemple avec le Clazosentan qui diminue les vasospasmes associés avec l’hémorragie subarachnoïdienne d’origine anévrismale ou dans le domaine du sommeil. En établissant notre propre infrastructure commerciale, quand cela est approprié, nous chercherons des opportunités pour utiliser la technologie afin d’atteindre davantage de patients et s’assurer qu’ils puissent maximiser l’utilisation de leurs thérapies. Nous sommes ouverts à des partenariats efficaces dans des domaines où seule une large infrastructure commerciale permet de rencontrer le succès.

Vous avez les moyens de vos ambitions avec des liquidités de plus d’un milliard de francs à fin 2017.

Nous devons investir dans le pipeline pour faire d’Idorsia une société rentable, de façon pérenne, aussi vite que possible. Par ailleurs, nous n’excluons pas de lever des capitaux supplémentaires sur le marché au besoin. En sachant que les essais cliniques prennent au minimum un à deux ans.

Les avantages d’être en Suisse pour Idorsia

Jean-Paul Clozel salue non seulement les partenariats avec Janssen Biotech et Roche mais aussi leur perspective de long terme et la stabilité qu’offrent les conditions de travail en Suisse. Idorsia, en ayant ses activités en Suisse, peut en effet compter sur une loyauté et une stabilité plus grande de la part des personnes qui travaillent au sein de cette nouvelle société. C’est un avantage en comparaison des Etats-Unis. Idorsia est plus qu’une start-up, avec une équipe expérimentée qui a fait ses preuves en matière de médicaments amenés sur le marché ainsi que  des moyens financiers exceptionnels. Elle dispose d’installations state-of-the art. Ses liquidités s’avèrent considérable (près de 1,1 milliard de francs à fin 2017) au regard d’un endettement qui consiste d’ailleurs en un emprunt convertible (365 millions de francs). L’accélération de ses activités en 2018 requerra certes des dépenses d’exploitation (non-GAAP) d’environ 390 millions, sauf événement imprévu ou une dépense exceptionnelle liée à une étape importante, et dépendant principalement du moment où débutera chacun des différents programme en phase 3. Un horizon de temps jusqu’à 5 ans est prévu pour la commercialisation des produits. Si l’un ou l’autre devient un blockbuster avec un chiffre d’affaire de 3 à 4 milliards de francs, Idorsia deviendra une belle réussite. La probabilité d’y parvenir n’est pas moindre. Sa valeur boursière avoisine déjà trois milliards de francs malgré la baisse actuelle du marché suisse des actions. Le cours de l’action s’est d’ailleurs inscrit en forte hausse mardi du fait de quatre molécules entrées en phase de développement trois et d’une évolution qui dépasse les prévisions. Il y a des raisons de se montrer optimiste avec un pipeline substantiel ainsi que des solides partenariats. D’autre part, Jean-Paul Clozel et son épouse, Martine Clozel, détiennent plus de 25% des actions d’Idorsia, tandis que l’investisseur à long terme et entrepreneur Rudolf Maag et Johnson & Johnson en possèdent plus de 5% chacun. Cette stabilité de l’actionnariat est une bonne choses pour atténuer toute spéculation. – (PR)

Dépenses opérationnelles de 390 millions de francs prévues en 2018

Idorsia a bouclé son premier exercice partiel en tant que société indépendante - soit sur six mois et demi - avec un déficit moindre qu’escompté. La toute jeune société biopharmaceutique, héritière de l’incubateur de produits et des cerveaux d’Actelion, prévoit toutefois d’accélérer la cadence de ses investissements dans la recherche sur l’année en cours et confirme ses ambitions à court comme à moyen terme.
La direction entend ainsi lancer quatre études cliniques de phase III dans le courant de cette année, dont trois sur le premier semestre. L’objectif à plus longue échéance demeure l’arrivée sur le marché de trois médicaments d’ici cinq ans.
Les dépenses opérationnelles doivent conséquemment enfler à 390 millions de francs en 2018 contre 150 millions l’an dernier, dont 123 millions pour la recherche et le développement, indique mardi le compte-rendu d’activités.
Outre l’aprocitentan, Idorsia prévoit d’introduire en phase III ses traitements expérimentaux ACZ-541468 contre l’insomnie, clazosentan contre le vasospasme associé à un anévrisme cérébral (aSAH) et pour lequel une procédure d’homologation doit parvenir à terme en fin d’année au Japon, ainsi que lucerastat contre la maladie de Fabry.
Le fondateur, président exécutif et actionnaire de référence d’Idorsia Jean-Paul Clozel a jugé en entretien avec AWP prématuré d’évoquer la question de la rentabilité. «Mieux nos projets se portent, plus ils consomment de financement» a résumé l’ancien timonier d’Actelion.
Equilibre allègrement franchi
Sur l’exercice 2017, les revenus du laboratoire biotechnologique - exclusivement générés au cours du quatrième partiel - se sont élevés à 158 millions. Le déficit d’exploitation s’est établi à 8 millions. La perte par action de base s’est élevée à 13 centimes. Les quelques mois d’existence d’Idorsia ne permettent pas de disposer d’une base de comparaison.
L’équilibre a été allègrement franchi sur le seul dernier trimestre, avec un gain opérationnel de 71 millions et un bénéfice net de 68 millions de francs. Les revenus générés par les activités de recherche, ainsi que les partenariats conclus avec Janssen Biotech et Roche, s’inscrivent marginalement en deçà des projections des analystes consultés par AWP, qui articulaient en moyenne 160 millions de francs. La performance opérationnelle en revanche s’est avérée nettement meilleurs qu’anticipé.
Coussin conséquent de liquidités
La société bâloise disposait fin décembre d’une confortable réserve de liquidités et équivalents de 1,09 milliard de francs, contre 952 millions trois mois plus tôt. Son timonier a renvoyé la question d’un éventuel refinancement aux calendes grecques, soulignant par ailleurs disposer de plusieurs options le cas échéant, entre partenariats et augmentation de capital notamment.
L’exercice par Janssen Biotech de son option sur le développement et la commercialisation du traitement expérimental contre l’hypertension persistante, l’aprocitentan (ACT-132577), dont l’introduction en phase III est annoncée pour bientôt, a notamment permis à Idorsia d’inscrire un gain de 160 millions de dollars, sur un total échelonné de 230 millions de dollars.
La collaboration conclue en décembre avec le groupe Roche dans le domaine de l’immunothérapie oncologique a dans l’immédiat rapporté 15 millions de francs et la feuille de route comprend jusqu’à 410 millions en versements initial et d’étapes. – (awp)





 
 

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