L'ex-président brésilien Lula est libéré

samedi, 09.11.2019

Après la décision de la Cour suprême brésilienne, l'ex-président Lula a été libéré vendredi et accueilli par ses partisans.

L'ex-président brésilien Lula a passé 580 jours en prison. (Keystone)

L'ex-président brésilien Lula a été libéré vendredi. Il a été accueilli par une véritable marée rouge de militants de gauche à sa sortie de prison à Curitiba (sud), après plus d'un an et demi d'incarcération.

Portant une veste sombre, Luiz Inacio Lula da Silva, 74 ans, est sorti à pied, souriant aux côtés de sa compagne, la sociologue Rosangela da Silva. Il a embrassé chaleureusement des sympathisants et salué la foule d'un poing levé.

Combatif, il a rapidement harangué la foule. Des milliers de militants l'ont accueilli, certains en larmes, devant le siège de la Police fédérale de Curitiba, où il purgeait une peine de huit ans et dix mois de prison pour corruption. Il a été libéré au lendemain d'un arrêt de la Cour suprême.

"Le peuple a de plus en plus faim, il est au chômage, le peuple travaille pour Uber ou livre des pizzas", a lancé Lula, qui avait pu, au cours de ses deux mandats (2003-2010) extraire près de 30 millions de Brésiliens de la pauvreté dans une période de forte croissance économique.

Vous avez apporté "la démocratie dont j'avais besoin pour résister aux canailles du côté pourri de l'Etat brésilien, de la justice brésilienne, qui a tout fait pour criminaliser la gauche", a poursuivi Lula, dont le discours a été interrompu à plusieurs reprises par des "Lula je t'aime!".

Changement radical

"Tout le monde a hâte, ça fait 580 jours, on est très heureux, c'est une grande victoire", avait expliqué auparavant Pedro Carrano, un de ses sympathisants. "Hier, je ne voulais même pas assister au vote (des juges de la Cour suprême), je n'y croyais pas. Mais quand j'ai vu le résultat, j'ai crié, j'ai pleuré et maintenant je suis ici", devant le siège de la police fédérale, "je ne pouvais pas rater ça", a raconté Lucia Fernandes, 58 ans.

Après ce premier bain de foule à Curitiba, Lula doit se rendre près de Sao Paulo, au syndicat des métallurgistes de Sao Bernardo do Campo. Il y était resté retranché avec ses partisans avant de se rendre aux autorités pour commencer à purger sa peine en avril 2018.

Au-delà de Lula, d'autres détenus pourraient bénéficier de l'arrêt pris jeudi soir par la Cour suprême. Ils sont près de 5000 à être concernés par cette décision qui sera appliquée au cas par cas et change radicalement l'application des peines au Brésil.

Sur un score serré de six voix contre cinq, les magistrats de la haute cour ont mis fin tard jeudi à une jurisprudence selon laquelle une personne peut être emprisonnée avant l'épuisement de tous ses recours si sa condamnation a été confirmée en appel, comme c'est le cas pour Lula.

Comme lui, de nombreux détenus condamnés dans le cadre de l'opération anticorruption "Lavage Express", une enquête tentaculaire qui a fait trembler l'ensemble de la classe politique, pourraient prochainement recouvrer la liberté.

Polarisation

Lula est adulé par une partie des Brésiliens fascinés par cet ex-ouvrier arrivé au sommet de l'Etat pour sortir des millions de personnes de la misère grâce à d'ambitieux programmes sociaux. Il est aussi détesté par une partie de la population pour qui il incarne la corruption à grande échelle qui mine le Brésil.

"La Cour suprême a voté contre le peuple", a déploré Major Olimpo, le leader au Sénat du PSL, le parti du président Jair Bolsonaro, animé par une farouche, haine du PT. Le président, habituellement très disert sur Twitter, est resté étrangement silencieux sur le sujet. En 2018, il avait lâché en pleine campagne qu'il souhaitait voir Lula "pourrir en prison". Son fils député Eduardo a en revanche déploré sur Twitter qu'"on libère les brigands".

Lula a déjà fait part de son intention de participer à de grandes tournées à travers le Brésil, les fameuses "caravanes" qui lui ont permis d'accroître sa popularité auprès des plus pauvres, pour incarner l'opposition à M. Bolsonaro.

Mariage en vue

Si la justice l'autorise à quitter son pays, il compte également voyager à l'étranger. Le journal O Globo croit même savoir qu'il a été invité à l'investiture du nouveau président péroniste argentin Alberto Fernandez, le 10 décembre.

Des rebondissements judiciaires sont aussi possibles ces prochaines semaines : Lula est mis en cause dans d'autres affaires et la Cour suprême doit rendre de nouveaux jugements le concernant. Mais il ne risque pas d'être incarcéré de nouveau prochainement.

Et Lula a un projet prioritaire : épouser sa nouvelle campagne Rosangela. (ats)





 
 



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