Approvisionnement électrique: les vertus cachées de l’ouverture

dimanche, 10.02.2019

Dominique Rochat

Dominique Rochat

Il existe un pays en Europe où plus de 99% des consommateurs d’un bien essentiel sont pieds et poings liés à leur fournisseur. Ce pays, c’est la Suisse et ce bien essentiel, c’est l’électricité. Seule une minorité de grands consommateurs ont la liberté de choix.

Il est temps de mettre fin à cette inégalité de traitement injustifiable. Le Conseil fédéral le propose dans son projet d’ouverture du marché de l’électricité, et y ajoute une série de mesures favorables à la sécurité d’approvisionnement. Reçu fraîchement, ce projet doit être examiné en laissant de côté les à-priori idéologiques ou les idées préconçues.

En Valais, par exemple, un ménage peut payer son électricité jusqu’à 80% plus cher que dans la commune voisine. Rien ne justifie de telles différences, si ce n’est le fait que les clients sont captifs de leur fournisseur local. Les marges peuvent être généreuses et des taxes publiques alourdissent souvent la facture.

La situation est particulièrement néfaste pour les entreprises. Avec la loi actuelle, seules celles qui dépassent un certain seuil de consommation peuvent choisir librement leur fournisseur. Un peu plus de 32.000 ont ce privilège, sur les près de 580.000 que compte la Suisse. Les distorsions de concurrence pénalisent celles qui se trouvent au-dessous du seuil. L’ouverture complète du marché gommerait ces distorsions de prix.

Mais l’effet irait bien au-delà. Toute la branche s’en trouverait dynamisée, au bénéfice des clients. Pour les fidéliser, les fournisseurs devraient veiller à offrir des services de qualité et pourraient proposer des offres innovantes. On pense en particulier à la commercialisation d’énergies renouvelables, à l’optimisation de la consommation ou à l’efficacité énergétique. La digitalisation fait apparaître de nouvelles opportunités, encore impensables il y a cinq ans.

Des contrats annuels

Pour les ménages qui ne souhaiteraient pas bénéficier du marché, les distributeurs devraient proposer une offre de base «zéro soucis», composée de 100% d’électricité suisse et majoritairement renouvelable. Les contrats seraient annuels, avec la possibilité de changer facilement de fournisseur. Cela permettrait à la fois de soutenir l’électricité renouvelable suisse, mais aussi de créer la pression concurrentielle nécessaire. Celle-ci rendrait d’ailleurs inutile le contrôle des prix envisagé par le gouvernement.

Les autres volets du projet sont tout aussi importants car ils augmenteraient la sécurité d’approvisionnement du pays, ce qui un objectif essentiel pour les entreprises. Tout se joue à la fin de l’hiver, lorsque la Suisse a une consommation élevée et des réserves d’eau au plus bas dans les barrages. Pour éviter une crise, une réserve de stockage serait créée à cette période.

Ne pas surdimenssionner

La mesure est à la fois efficace et bon marché. En revanche, la Confédération est formelle: il n’y a pas besoin de développer les capacités de production, qui sont très largement suffisantes. Les clients pourraient aussi contribuer à améliorer la sécurité d’approvisionnement, en flexibilisant leur consommation et en étant rémunérés pour cela.

Enfin, la tarification du réseau serait modifiée, pour inciter à ne pas le surdimensionner.
Le projet mis en consultation convainc. Il cible les bons problèmes et y apporte des solutions judicieuses et peu coûteuses. Les clients en sortiraient gagnants sur tous les plans: de meilleures prestations à un meilleur prix et une sécurité d’approvisionnement accrue.

* Responsable de projets Economiesuisse





 
 

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