Marchés obligataires: l’optimisme du début d’année fait place à un sentiment de déjà-vu

mercredi, 05.12.2018

Taux d’emprunts. S’attendre à une hausse programmée des taux d’intérêts est globalement logique mais il reste impossible de prédire quand cela se passera exactement.

Tyvar Vogel*

On l’espérait mais elle n’est pas venue. Tout le monde la prévoyait; croissance avérée, signes de reflation dans l’Union européenne, annonces encourageantes de la part de la BCE. Malgré cela, la hausse de la courbe des taux d’emprunts publics suisse n’est pas arrivée en cette seconde moitié d’année.

Au contraire, l’optimisme du début d’année a fait place à un sentiment de déjà-vu. On a systématiquement l’impression que chaque année depuis la rupture du taux plancher en 2015, l’année suivante sera meilleure. Si en effet plusieurs indicateurs macroéconomiques tendent à pencher vers une amélioration globale de la conjoncture, on réalise à quel point ce processus est fragile et ne nous permet pas de prétendre à des prévisions fiables à moyen et long terme. Si globalement, on peut logiquement s’attendre à une hausse programmée des taux d’intérêts, on reste chroniquement incapables de prédire quand cela arrivera exactement. Si ces derniers mois ont été marqués par une reflation dans la zone euro, celle-ci est en grande partie le résultat de la hausse globale des prix de l’énergie.

Il serait certes téméraire de parier sur une hausse des taux sans la certitude d’une inflation solidement posée sur des bases macroéconomiques confirmées. Cependant, nombreux analystes continuent de parler d’une «normalisation» des taux d’emprunts publics d’ici deux à trois ans. Les inconnues restent toutefois nombreuses et il s’en faudra de peu pour que cela n’arrive pas dans les délais ou alors une nouvelle fois reportée simplement pour une durée indéterminée.

Période de contestation grandissante

De son côté, la BNS martèle le risque constant encouru sur le marché des changes ainsi que l’habituelle surévaluation du franc. Sans un changement manifeste des paradigmes actuels, cette période devrait encore durer plusieurs mois voire au-delà d’une année.

La BNS note encore l’influence du marché en ligne comme facteur de ralentissement de l’inflation de par sa vocation à faire pression sur les prix exposant le marché de détail à un risque croissant. A cela on peut encore ajouter l’ensemble des facteurs extérieurs qui pèsent sur l’humeur des marchés comme les pressions permanentes d’une Europe pressée de poser un cadre rigide à la Suisse alors que l’Union vit une période de contestation grandissante quant à l’orientation politique de certains de ces membres. Les tensions entre la Russie et l’Ukraine nous rappellent les fragiles alliances qui unissent le continent. La Turquie confirme cette constante avec laquelle nous devons de manière permanente rester sur le qui-vive.

Finalement, l’inconnue américaine qui tient tous les marchés en haleine est sujette à toutes les spéculations. Outre les évènements intervenus ces derniers jours sur les marchés américains et déjà largement commentés dans les médias, il est évident que les impacts sur la courbe des taux d’emprunts publics seront conséquents. Depuis début novembre, le taux 10 ans IRS de référence a plongé de près de 20 points de base et ce mouvement pourrait encore s’amplifier compte tenu du contexte d’incertitudes qui se généralise avec une certaine fatalité. 

Cette tendance baissière contredit en tout point les prévisions de croissance de ce début d’année, ce qui confirme une nouvelle fois la difficulté de se situer notamment lorsqu’il est question pour les collectivités publiques de se refinancer à long terme. En effet, pour l’ensemble des communes de plus de 1000 habitants, la courbe des coupons (taux plus marge) de refinancement reste globalement négative sur le court terme voire jusqu’à 2 ans. Jusqu’à 10 ans, cette même courbe reste très largement inférieure à 1%, et cela depuis plusieurs années déjà. Ce phénomène devrait perdurer encore un bon moment et cela malgré les annonces successives de reprise et de croissance avérée.

*Spécialiste en financements publics





 
 
 

AGEFI

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