La finance structurée peut aussi être durable

dimanche, 02.12.2018

S&P Global Ratings évalue les principales caractéristiques que présenteraient des obligations structurées garanties par des prêts (CLO) tenant compte des impacts environnementaux.

Levi-Sergio Mutemba

L’analyse montre que les performances des portefeuilles de CLO vertes se situeraient au haut d’une fourchette de rendements à un chiffre contre deux chiffres au moins pour les CLO traditionnelles.

Constatant la popularité croissante des investissements respectueux de l’environnement et du climat, l’agence de notation S&P Global Ratings a tenté de projeter les caractéristiques principales que présenteraient des collateralized loan obligations (CLO). Il s’agit d’obligations structurées garanties par des prêts bancaires verts («green CLO»). Elle a pour cela créé un portefeuille hypothétique de CLO vertes, comparant leurs caractéristiques par rapport à des CLO traditionnelles.
L’exercice analytique de l’agence montre que les CLO vertes afficheraient de meilleures notations de crédit. En moyenne, de tels portefeuilles seraient notés en moyenne «BBB» contre «B» pour les CLO 2.0. (Rappelons que les CLO 2.0 sont celles émises après la grande financière de 2008 et soumises à des exigences réglementaires plus strictes). Une CLO verte serait aussi plus chère dû au caractère naissant des investissements verts et au développement en cours de l’expertise requise pour investir dans des produits financiers reposant sur des critères environnementaux.
L’analyse montre aussi que les performances des portefeuilles de CLO vertes se situeraient au haut d’une fourchette de rendements à un chiffre contre deux chiffres au moins pour les CLO traditionnelles. Ce qui s’expliquerait par une meilleure qualité de crédit des actifs verts sous-jacents, ce qui devrait susciter un intérêt marqué de la part des investisseurs institutionnels en quête de stabilité.
«Nous nous attendons à ce qu’une nouvelle base d’investisseurs se forme pour les CLO vertes du fait de rendements à long terme stables, ainsi que du soutien des régulateurs visant à mieux encadrer la finance verte», soulignent les analystes de S&P Global Ratings dans leur rapport intitulé L’Avenir Paraît Vert pour les CLO, publié vendredi.

Le potentiel est là, mais les défis aussi

Enfin, la qualité de crédit plus élevée des prêts sous-jacents s’accompagnerait aussi d’un taux de récupération des prêts nettement supérieur. Dans le portefeuille hypothétique de S&P Global Ratings, ce taux s’élèverait à 50% contre 36% seulement pour les CLO classiques. Toutefois, si les CLO vertes devaient prendre leur envol, les défis ne manqueraient pas pour autant. L’un des plus importants consiste à rassembler des prêts générant suffisamment d’intérêts pour financer l’émission de tranches d’un CLO.
«Dans plusieurs cas où nous avons été appelés à analyser des CLO vertes, nous avons constaté que le portefeuille et la structure proposés ne produisaient pas un spread suffisant pour rémunérer les engagements du CLO», précisent les experts. De plus, la quantité d’actifs pouvant être qualifiés de verts demeure faible. Sans parler du temps additionnel nécessaire pour permettre une évaluation plus robuste des performances historiques de CLO vertes par rapport à celles des CLO traditionnelles.
«Bien que tout indique que les prêts verts enregistrent des taux de défaut plus faibles que les prêts classiques, il demeure en outre difficile de conclure que cela soit strictement dû à la nature verte des actifs sous-jacents», relativise S&P Global Ratings. L’agence de notation note aussi que l’un des principaux freins à l’expansion des CLO vertes réside dans l’étroitesse du gisement de prêts verts.
«Nous nous attendons toutefois à ce que le régulateur européen et des initiatives comptables œuvrent en faveur d’un traitement préférentiel des CLO vertes, afin de pouvoir observer un impact positif sur le marché.» Par exemple, suite à l’Accord de Paris conclu en 2015, 184 signataires d’un plan d’action pour l’environnement et le climat se sont engagés à mobiliser pas moins de 100 milliards de dollars par an d’ici 2025.
En mars 2018, la Commission européenne a aussi proposé une taxonomie environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) servant de base pour la publication d’informations utiles concernant les produits financiers qualifiables en tant que verts. Elle a aussi introduit un facteur de soutien vert dans la supervision prudentielle des banques ainsi que des compagnies d’assurance. En attendant, S&P Global Ratings n’excluent pas de voir des CLO traditionnelles commencer à intégrer dans leurs portefeuilles des poches de prêts et obligations spécialement verts.





 
 
 

AGEFI

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