Etes-vous rémunéré pour le risque obligataire que vous prenez?

lundi, 25.03.2019

Si une allocation dans des placements à rendement plus élevé a pu s’avérer profitable dernièrement, les investisseurs s’interrogent sur adéquation à long terme.

Kunal Mehta*

Kunal Mehta, CFA, spécialiste senior produits

Quand un investisseur évalue son exposition obligataire, il doit avant tout se demander si celle-ci lui offre une protection appropriée contre la volatilité du marché des actions. Même si une allocation dans des placements à rendement plus élevé a pu s’avérer profitable au cours des derniers temps, les investisseurs s’interrogent aujourd’hui sur le caractère approprié d’une telle approche sur le long terme. 

Pourquoi les investisseurs ont-ils modifié leur allocation obligataire? 

Depuis la crise financière mondiale, les banques centrales à travers le monde se sont engagées dans de vastes programmes d’assouplissement quantitatif et ont abaissé leurs taux d’intérêt. Ces politiques expansionnistes ont eu deux conséquences majeures pour le marché obligataire: une chute des rendements et un resserrement des écarts de crédit. Cela implique que les investisseurs sont moins rémunérés pour le risque qu’ils prennent. 

Les investisseurs ont donc cherché du rendement en prenant davantage de risques de crédit et en s’éloignant des catégories d’actifs de qualité investment grade au profit d’investissements à haut rendement de faible qualité. Ils ont aussi investi dans des fonds obligataires flexibles leur permettant de naviguer à travers un environnement de taux incertains et volatiles. Or, ces fonds ont généralement des allocations aux high yields très importantes pour booster le rendement. 

Pourquoi cela est-il source d’inquiétude aujourd’hui? 

Bien qu’un certain assouplissement quantitatif soit toujours en place, la politique accommodante touche à sa fin. Tandis que l’économie mondiale poursuit sa croissance, les taux d’intérêt devraient retrouver une certaine normalité et la volatilité augmenter. 

Dès lors, le risque – qui a baissé du fait des politiques accommodantes – pourrait augmenter et revenir à ses niveaux historiques. Les investisseurs qui ont cherché du rendement à travers des titres de moins bonne qualité ou des stratégies obligataires flexibles peuvent ne pas être complètement au fait de l’ampleur du risque pris et se retrouver avec des expositions obligataires ne répondant plus à leurs objectifs stratégiques de long terme.

Que cela signifie-t-il pour les allocations obligataires actuelles?

Le rôle des obligations dans un portefeuille est traditionnellement d’offrir une diversification du risque action. Toutefois, l’univers obligataire n’est pas uniforme et les différentes obligations ont des niveaux de risque différents. Les obligations d’Etat de qualité supérieure, telles que les obligations de l’Etat suisse, sont généralement considérées comme sans risque, alors que les obligations d’entreprises peuvent avoir un profil de risque similaire à celui des actions. 

Les obligations à haut rendement ont, dans la plupart des cas, des taux de défaut plus élevés que les obligations de qualité investment grade, mais du fait de l’assouplissement quantitatif, les niveaux de volatilité ont chuté, ce qui a entraîné un resserrement des spreads dans les deux secteurs. Cela a sans doute créé une distorsion positive de certaines mesures de risque, donnant aux investisseurs une représentation trompeuse du vrai risque sous-jacent du marché à haut rendement. Par ailleurs, à mesure que la politique bancaire poursuit son processus de normalisation, le risque pourrait revenir à ses niveaux historiques et le taux de défaut des entreprises augmenter.

Le marché mondial à haut rendement avec une notation BB a affiché un rendement de 12,5 % en 2016 et de 8,0 % en 2017 alors que le marché mondial avec une notation BBB – investment grade – a eu un rendement de 6,1 % en 2016 et 5,4 % en 2017 (1). Depuis lors, les spreads de crédit ont continué à se réduire, notamment entre les obligations BBB et BB. La différence de spread est aujourd’hui en dessous des moyennes historiques. Les investisseurs prennent donc des risques supplémentaires en étant moins rémunérés que par le passé et ce dans un environnement de marché plus incertain.

Quant aux fonds obligataires flexibles, ils ont considérablement gagné du terrain depuis 2008. Il s’agit souvent de stratégies passe-partout où des positions actives sont prises sur le crédit, les taux d’intérêt et les devises. Même si ces fonds peuvent ajouter de la valeur à un portefeuille, ils peuvent comporter un risque plus élevé. Il faut savoir que si un fonds prend des paris importants sur les taux, le bénéfice en termes de diversification des titres obligataires peut s’en trouver affaibli, du fait que la duration des obligations agit généralement pour maintenir les corrélations avec les actions à des niveaux bas.

Comment les investisseurs doivent-ils réagir?

À mesure que la politique monétaire se normalise, les investisseurs qui avaient modifié leurs allocations obligataires doivent envisager une réallocation plus en phase avec leurs objectifs d’investissement à long terme en matière de risque, de rendement, de revenus et de liquidité. 

Il est important de relever que risque et rendement obligataires sont asymétriques: si un émetteur fait défaut, l’investisseur peut tout perdre – il peut donc perdre plus qu’il ne peut gagner. Même si maximiser son rendement est important, se protéger à la baisse est essentiel au vu des caractéristiques de diversification des titres obligataires.

Les investisseurs ne peuvent pas prédire l’avenir mais ils peuvent s’y préparer. Peu importe les conditions du marché, ils doivent se donner les meilleures chances de réussite pour leur investissement en choisissant une allocation d’actifs équilibrée et adaptée à leurs objectifs de long terme, en étant attentifs aux coûts et en maintenant le cap.

(1) Selon l’indice ICE BofAML BB Global High Yield et l’indice ICE BofAML BBB Global Fixed Income Markets respectivement, tous deux couverts en USD. Source: Bloomberg et Bank of America Merrill Lynch.

* CFA, spécialiste senior produits d’investissement, Vanguard Europe

  

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