Opinion: Indépendance des banques centrales, de qui se moque-t-on?

lundi, 27.05.2019

François Savary*

François Savary, CIO, Prime Partners.

On ne passe quasiment pas un jour sans lire ou entendre des attaques contre la vacuité des banquiers centraux, qui seraient responsables de tous les maux. Il y a un point sur lequel D. Trump et la majorité des candidats libéraux du parti démocrate semblent d’accord: la Réserve fédérale doit être mise au pas. L’Europe est logée à la même enseigne dans cette recherche de bouc émissaire, qui apparaît souvent comme un moyen de se dédouaner des erreurs que les pourfendeurs de la politique monétaire veulent à tout prix cacher à l’opinion publique. Que les grands argentiers aient leur responsabilité dans les origines de la situation que nous connaissons est certain. Il y a cependant de quoi s’interroger quand on voit l’opinion céder aux sirènes des invectives anti J. Powell d’un Président qui a commis la baisse d’impôts la moins logique de l’histoire et la plus contestable socialement, au regard de la réalité économique américaine!

Il y a dix ans que nous vivons avec les conséquences de la crise de 2008. Il ne fallait pas être grand clerc pour se rendre compte que la sortie de ce choc majeur serait longue et erratique. Cette «évidence» nous avait conduit à souscrire à l’idée que la reprise se ferait en racine carrée sur plusieurs années; en d’autres termes, après un rebond fort, l’activité mondiale avancerait par oscillations autour d’une croissance modérée. La réalité a largement répondu à ces attentes. Pour parvenir à un tel résultat, il a fallu le support des politiques monétaires non conventionnelles, qui ont parfois tardé à être mises en œuvre, en Europe par exemple. Entendre que le carcan monétaire a limité la reprise relève au mieux d’une erreur et au pire d’une contre-vérité.

Peut-on vraiment croire que l’indépendance des banquiers centraux a limité la marge de manœuvre des hommes politiques? Non! Les politiques non conventionnelles des grands argentiers ont fait baisser les taux d’intérêt, favoriser les dépenses publiques par des achats de dettes gouvernementales portées au bilan des banques centrales et permis à la charge d’intérêt des dettes publiques de continuer à se languir à des niveaux historiquement bas. Les dirigeants politiques avaient tout le loisir de mettre en place des politiques de relance ou de coopération internationale pour stimuler la conjoncture. Une nouvelle fois, l’exemple des USA est révélateur. Un plan de relance des dépenses d’infrastructures, que toute personne sérieuse ne pouvait que défendre au regard du délabrement de ces dernières, est une nouvelle fois à l’étude…dix ans après la crise de 2008!

Le problème est que le financement est difficile à trouver, surtout après avoir procédé à la baisse d’impôts susmentionnée. L’Europe n’est guère mieux lotie, incapable d’avancer et de s’unir pour le bien commun, sous le leadership d’une Allemagne qui continue à penser qu’il n’y a pas de salut hors du modèle d’exportation. La version germanique de la coopération intra-européenne, définie par ses élites politiques, a constitué un handicap majeur pour le vieux continent et renforcé le sentiment, largement justifié, qu’Angela Merkel est, au mieux, une gestionnaire à défaut d’avoir les traits d’une visionnaire. L’étalage récent de sa «relation conflictuelle» avec E. Macron pourrait faire sourire, si l’Europe n’était pas confrontée à un risque croissant de déliquescence. 

Contrairement aux hommes politiques, les banquiers centraux sont des serviteurs de l’état et, à ce titre, sujets à un devoir de réserve. Ce qui manque depuis dix ans c’est l’absence de vision politique, car il va de soi que les idéologies de fermeture et de refus des modes de décisions coopératifs ne sont pas une option pour l’avenir. Arrêtons les attaques «bouc émissaires» à l’encontre des banquiers centraux, qui doivent simplement remplir leur fonction, assurer un développement aussi harmonieux que possible du cycle économique, en toute indépendance! Ce qui présuppose que les hommes politiques jouent leur rôle!

* CIO, Prime Partners





 
 
 

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