Ces arguments qui convergent en faveur d’une baisse de taux cet été

lundi, 15.07.2019

Obligations. Powell a laissé entendre que le taux des fed funds serait abaissé dès le 31 juillet tandis que la BCE s’est dit prête à un assouplissement.

David Duran*

Lors de sa comparution au Congrès la semaine dernière, le président de la Réserve Fédérale a prévenu que des incertitudes, liées notamment à la guerre commerciale et au ralentissement économique observé à l’étranger, assombrissaient les perspectives conjoncturelles aux Etats-Unis. Par ailleurs, l’inflation des prix sur les biens et services consommés par les ménages évolue toujours aux alentours de 1.5 %, soit un niveau inférieur à l’objectif symétrique de 2 % visé par la banque centrale.

Jerome Powell a reconnu que le marché du travail se porte bien, comme l’illustrent les 224.000 créations nettes d’emplois en juin pour un taux de chômage à 3,7%. Cependant, il s’est empressé de préciser que la faiblesse actuelle du taux de chômage n’entraînerait pas une accélération de l’inflation. Les faucons craignant une envolée des salaires découlant d’un marché de l’emploi trop tendu n’ont plus voix au chapitre.

Une approche plus consensuelle

Dans l’ensemble, les arguments convergent en faveur d’une baisse du taux des fed funds. Seule l’ampleur de l’assouplissement serait encore sujet à discussion. Si une baisse de 0,25% paraît assurée, certains membres du FOMC plaident pour une réduction de 0,50%, jugeant qu’un geste fort s’avère nécessaire pour doper les anticipations d’inflation. Quoiqu’il en soit, le marché table sur une baisse de l’ordre de 0,75% d’ici la fin de l’année. Pour y parvenir, la Fed devrait maintenir une approche linéaire, plus consensuelle parmi les banquiers centraux. Un bon nombre d’entre eux craignent qu’un mouvement de 0,50% soit indûment interprété comme une décision prise dans l’urgence face à l’apparition de risques conjoncturels graves et s’avère, in fine, contreproductif.

Il est vrai que même si la croissance du PIB a probablement ralenti sous la barre des 2% au deuxième trimestre, l’activité économique demeure relativement saine. Les dernières enquêtes de l’ISM reflètent un tassement de l’activité, particulièrement prononcé dans le secteur manufacturier (indice à 51,7 en juin) mais plutôt bénin dans le secteur des services (55,1 en juin). La confiance des consommateurs, soutenue par un taux de chômage extrêmement faible et des marchés boursiers orientés à la hausse, se maintient à des niveaux augurant d’une consommation des ménages robuste.

Cependant, la détérioration des relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine risquent effectivement de grever davantage la croissance américaine. Or, les espoirs d’un accord commercial entre les deux puissances, savamment entretenus en début d’année par l’administration Trump, ont fait place à une nouvelle série d’escarmouches rhétoriques, émaillées de gestes d’apaisement vains, qui n’ont fait que semer toujours plus de doutes sur la capacité des deux camps à trouver une issue à leur querelle.

Déterminés à limiter la casse

En Europe aussi, les autorités monétaires diagnostiquent une montée de l’incertitude. La publication du compte rendu de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE tenue début juin a confirmé que Mario Draghi et ses collègues se tenaient prêts à assouplir la politique monétaire compte tenu de «l’incertitude accrue, qui devrait se prolonger à l’avenir.» Les éventuelles mesures envisagées incluent notamment l’abaissement des taux directeurs et la reprise des achats nets d’actifs par la banque centrale.

En fait, de part et d’autre de l’Atlantique, la seule certitude est que le ralentissement de la croissance du commerce international pèse lourdement sur l’activité industrielle et que les risques d’enlisement grandissent à vue d’œil. Face à ce constat, les banquiers centraux paraissent déterminés à limiter la casse.

Ce scénario avait déjà alimenté le rallye obligataire du mois de juin. Le rendement du Bund allemand à 10 ans s’est même échangé sous le taux de dépôt auprès de la BCE fixé (actuellement à -0,40%) le 4 juillet dernier tandis que le rendement du T-Note à 10 ans se traitait sous la barre des 2% pour la première fois sous la présidence de Donald Trump. Depuis quelques jours, les rendements se sont un peu tendus, sous l’effet notamment de plusieurs statistiques encourageantes du côté de la production industrielle en zone euro. Cela étant, à l’aube d’un nouveau round d’assouplissement monétaire, le marché obligataire devrait rester à l’abri de toute correction significative. Seul danger répertorié: un improbable tweet de la Maison Blanche annonçant (mais cette fois-ci pour de bon!) un sommet sino-américain en vue de la signature d’un accord commercial.

* Banque Profil de Gestion, Genève





 
 
 

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