Donald Trump se tire un coup de semonce dans le pied

lundi, 13.05.2019

Obligataire. Le rebondissement du conflit commercial entre la Chine et les Etats-Unis relance les valeurs-refuges.

François Christen*

Toujours aussi impétueux, Donald Trump a provoqué un changement de régime brutal sur les marchés financiers, de «risk on» à «risk off». La nouvelle offensive commerciale lancée à l’encontre de la Chine a mis un terme à quatre mois d’euphorie boursière. Le relèvement de 10% à 25% des taxes à l’importation frappant 200 milliards de produits chinois est entré en force vendredi passé et l’administration prévoit d’élargir l’assiette des biens taxés de 300 milliards au cours des prochains mois. Le processus de négociation n’a pas complétement déraillé, mais la Chine a annoncé hier des représailles dès le 1er juin.

La manœuvre périlleuse de Donald Trump vise probablement à accroître la pression sur les Chinois afin d’aboutir rapidement à un accord étayé par des changements législatifs concrets, mais ce «coup de poker» pourrait se révéler inefficace et impliquer un relèvement durable des taxes à l’importation au détriment de toutes les parties concernées, y compris des ménages et des entreprises aux Etats-Unis qui devront assumer une part non négligeable du surcoût généré par les taxes de 25% prélevées à la frontière. 

Malgré de fortes turbulences boursières, de nombreux investisseurs veulent croire au caractère transitoire des mesures protectionnistes mises en œuvre par les Etats-Unis. Cet espoir est toutefois spéculatif, car les Chinois n’ont pas un si mauvais jeu en main malgré le fort excédent commercial réalisé avec les Etats-Unis. L’espoir d’un accord rapide est ténu, et il faudra attendre de nouveaux «rounds» de négociation avant d’observer une accalmie. Une escalade débouchant sur une véritable guerre commerciale et une rupture complète du dialogue provoqueraient des dégâts considérables sur les marchés excessivement confiants depuis que la Fed a retourné sa veste, au début de l’année.

Tempérer les espoirs

A cet égard, le vice-président de la banque centrale, Richard Clarida, a tempéré les espoirs d’assister à une réduction des taux d’intérêt visant à raviver l’inflation. Le FOMC estime manifestement que la décrue de l’inflation observée depuis le début de l’année se révélera temporaire et que le niveau actuel des taux d’intérêt est adéquat. Les chiffres d’inflation publiés vendredi (prix à la consommation en hausse de 2,0% en glissement annuel en avril, 2,1% hors énergie et alimentation) sont d’ailleurs conformes aux visées de la Fed, mais la variation mensuelle de l’indice «core» s’est révélée plus faible qu’escompté.

Le repli des investisseurs vers la sécurité a poussé la structure des taux d’intérêt en dollars vers le bas, conduisant le rendement du «T-Note» à dix ans aux environs de 2,4%. Les primes de risque liées aux obligations d’entreprises sont en revanche reparties à la hausse, entraînant des pertes sur le segment «high yield» et une sous-performance du segment «investment grade» par rapport aux emprunts du Trésor US.

Effort de consolidation

En Europe, la fuite vers la qualité s’accompagne d’une détente sensible des rendements des emprunts du gouvernement fédéral allemand. Le rendement du «Bund» à dix ans est retombé aux environs de -0,07%. Le gouvernement italien a en revanche été sanctionné par un creusement des «spreads» d’une vingtaine de points de base.

Les dernières projections dévoilées par la Commission Européenne intègrent une légère révision à la baisse de la croissance de la zone euro en 2019 (1,2%, contre 1,3% précédemment). La croissance allemande a été amputée de 1,1% à seulement 0,5%. La croissance italienne ne devrait pas dépasser 0,1% en 2019, malgré la reprise observée au premier trimestre. La prévision budgétaire pour l’Italie préfigure un déficit de 3,5% en 2020, un chiffre qui exige un effort de consolidation que le gouvernement «populiste» ne semble pas prêt à entreprendre, même sous la pression des institutions de l’UE. 

Expansion assez robuste

En matière conjoncturelle, le timide rebond de la production industrielle en Allemagne (0,5% mensuel, -0,9% en glissement annuel) peine à convaincre après plusieurs mois de repli. En outre, les déclins observés en France et en Italie confirment la méforme généralisée du secteur manufacturier en Europe.

Hors zone euro, les rendements en livres sterling et en francs suisses ont aussi fléchi à la faveur du repli des investisseurs vers les actifs les plus sûrs, aptes à bénéficier d’une «guerre commerciale» entravant la croissance mondiale. Le rendement du «Gilt» à dix ans est tombé à 1,1% alors que l’économie britannique poursuit une expansion assez robuste alimentée par la demande intérieure privée. En Suisse, les emprunts de la Confédération ont retrouvé les valorisations élevées entrevues à fin mars.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 
 

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