Les Etats-Unis et la Chine jouent un jeu dangereux

mardi, 13.08.2019

Obligataire. Le conflit commercial s’envenime et dope les valeurs-refuge au détriment des actifs risqués.

François Christen*

De nombreux observateurs avaient pressenti que les marchés financiers entreraient dans une zone de turbulences si la Réserve fédérale ne répondait pas pleinement aux espoirs d’assouplissement monétaire à l’issue de la réunion des 30 et 31 juillet. De fait, le sentiment et la tendance se sont brutalement retournés durant la quinzaine écoulée, mais le comité directeur de la Fed n’est pas le seul responsable du recul sévère des actifs risqués et de l’envol concomitant des valeurs-refuge. 

La réduction du taux d’intérêt des «Fed funds» de 0,25%, dans une fourchette comprise entre 2% et 2,25%, est conforme aux anticipations. Le discours de Jerome Powell (évoquant un ajustement de «milieu de cycle») et la distribution des votes du FOMC (huit en faveur de la baisse d’un quart de pourcent, deux en faveur du statu quo, zéro en faveur d’un geste plus tranché) ont toutefois déçu les acteurs des marchés financiers qui tablaient sur un effort de relance plus agressif voué à s’amplifier.

Volant la vedette à la Réserve fédérale, Donald Trump a alarmé les investisseurs en provoquant une escalade dans la «guerre commerciale» qui oppose les Etats-Unis à la Chine. La nouvelle offensive lancée le 1er août a entraîné un déclin prononcé des rendements issus des obligations gouvernementales et des emprunts d’entreprises offrant de bonnes garanties de solvabilité. Les négociations qui avaient repris fin juillet ont manifestement échoué, ce qui a conduit Donald Trump à annoncer la taxation, à hauteur de 10%, de 300 milliards supplémentaires de produits importés de Chine dès le 1er septembre.

Il n’est plus abusif de parler de «guerre» au sujet d’un antagonisme qui s’exprime sur plusieurs fronts: le commerce, la technologie et les monnaies. Le déclin du Yuan, largement imputable aux nouveaux «tariffs» annoncés par Donal Trump (et accessoirement au choix de la banque central chinoise de ne pas s’y opposer par des interventions), a ironiquement valu à la Chine la qualification de «manipulateur de devises». 

Un «happy end» n’est pas totalement exclu

En bref, l’escalade se poursuit et on voit mal comment les deux superpuissances pourraient s’accorder avant longtemps. Un «happy end» n’est pas totalement exclu, mais constitue désormais un scénario très improbable. Au contraire, l’enlisement pourrait se prolonger et l’exécution des menaces de Donald Trump entraînera des risques de récession tangibles contraignant la Fed à accentuer ses efforts de relance lors de la réunion du FOMC des 17 et 18 septembre même si les indicateurs publiés récemment aux Etats-Unis sont encore assez loin d’être alarmants. En effet, la robustesse de l’embauche en juillet (164.000 postes créés) étaye le discours de Jerome Powell quand ce dernier estime que la Fed ne s’est pas embarquée dans un long cycle de réduction des taux d’intérêt. 

Rendements positifs de plus en plus en rares

L’escalade des tensions commerciales modifie cependant la donne et l’érosion des indices ISM (51,2 en juillet après 51,7 en juin du côté manufacturier; 53,7 après 55,1 pour les autres secteurs) montre que les Etats-Unis ne sont pas épargnés par certains «vents de face» qui pourraient mettre un terme à la phase d’expansion amorcée en 2009. Dans cette logique, la chute du rendement du «T-Note» à dix ans aux environs de 1,7% n’est pas déraisonnable et ne justifie pas des prises de profits agressives. Au contraire, les emprunts du Trésor US font figure d’exception dans un univers où les rendements positifs se font de plus en plus en rares; ils conservent donc un certain attrait, voire un potentiel d’appréciation en cas de récession.

En Europe, la structure des taux d’intérêt a encore fléchi, dans un contexte résolument néfaste aux actifs risqués. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans est tombé en dessous de 0.5%, poussant celui des emprunts de la Confédération tout près de -1%! Plus encore qu’aux Etats-Unis, il est tentant, mais pas recommandé, de prendre les profits sur des actifs qui constituent une source de diversification appréciable dans les phases critiques. L’actualité conjoncturelle est toujours morne, comme en témoigne le déclin de l’indice de confiance économique de la Commission Européenne (102,7 en juillet après 103,3 en juin) et l’inflation se maintient à un rythme nettement inférieur à celui proche de 2% visé par la BCE. 

Des risques budgétaires considérables

La perspective d’élections anticipées en Italie a provoqué un rebond des primes de risques associées aux BTP. En position de force, la Ligue de Matteo Salvi pourrait prochainement gouverner l’Italie et prendre des risques budgétaires considérables, sans le moindre égard pour l’UE et les règles fixées par le Pacte de Stabilité. Au Royaume-Uni, la Banque d’Angleterre a maintenu le statu quo et s’obstine à exprimer un «biais» vers le resserrement monétaire difficile à réconcilier avec les risques qui planent sur l’économie britannique. 

En Suisse, la chute du PMI manufacturier (44,7 après 47,7) contredit la surprenante amélioration des perspectives reflétées par l’indice précurseur du KOF (97,1 après 93,8). Les taux d’intérêt à terme (FRAs) préfigurent une réduction du taux d’intérêt directeur de -0,75% à 1% qui pourrait advenir sans délai si le franc suisse devait connaît un nouvel accès de fièvre.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 
 

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