La Fed capitule finalement face aux marchés financiers

lundi, 07.01.2019

Obligataire. La patience prônée par Jerome Powell préfigure un statu quo durable, en phase avec les attentes.

François Christen*

Les marchés financiers ont connu une fin d’année particulièrement tourmentée, notamment sur le marché des actions où on a assisté à une alternance de baisses brutales et de rebonds spectaculaires. Ce surcroit de volatilité prolonge une phase douloureuse de remise en question, qui s’est développée tout au long du quatrième trimestre 2018 en réponse à une constellation de risques parmi lesquels on peut citer le ralentissement global, les tensions commerciales, le resserrement monétaire conduit par la Fed, la chute des cours pétroliers, la réévaluation des perspectives de croissance des entreprises technologiques et l’inquiétante maturation du cycle conjoncturel aux USA.

Des conseils «avisés»

Dans cet environnement tourmenté, les obligations gouvernementales et les emprunts d’entreprises offrant de bonnes garanties de solvabilité ont assumé leur rôle de valeurs-refuge, aptes à offrir une protection dans les phases de turbulences. Les obligations du Trésor US se distinguent par un mouvement de détente prononcé qui a conduit le rendement du T-Note à dix ans aux environs de 2,66%, bien loin du niveau de 3,25% entrevu début octobre. Le rendement du T-Note à deux ans a fléchi à 2,49%, tandis que celui du «Long Bond» à trente ans s’inscrit en dessous de 3%.

Le reflux de la structure des taux d’intérêt en dollars US est largement imputable au changement de posture de la Réserve Fédérale qui s’est finalement montrée sensible aux suppliques des marchés... et aux conseils «avisés» de Donald Trump qui a multiplié ses attaques à l’encontre de Jerome Powell. Certes, la Réserve Fédérale a relevé son taux d’intérêt directeur d’un quart de pourcent, entre 2,25% et 2,5%, à l’occasion de la dernière réunion du FOMC de 2018. Ce geste, escompté, s’accompagnait d’une révision à la baisse des projections de relèvements futurs (deux fois 0,25% au lieu de trois en 2019, et plus qu’une fois 0,25% à l’horizon 2021). 

Davantage de compassion

Le recul sévère des indices boursiers américains suite à l’annonce de la Fed, le 21 décembre, montre que Wall Street espérait plus de compassion. L’intransigeance du Président de la Fed constituait aussi une réponse aux pressions malvenues de Donald Trump qui a trouvé un «bouc émissaire» pour se dédouaner de ses propres errances en matière de politique commerciale et budgétaire, lesquelles ont conduit à un «shutdown» partiel du gouvernement qui risque de se prolonger si le Président s’obstine à ériger un mur à la frontière mexicaine.

En matière conjoncturelle, les nouvelles sont mitigées. L’indice ISM manufacturier a chuté de plus de 5 points en décembre (54,1 après 59,3) – une baisse hors norme qui n’avait plus été observée depuis 2008. La jauge reste néanmoins supérieure à 50, à un niveau compatible avec une expansion modérée. Le PMI consacré aux services s’est en revanche légèrement repris (54,4 après 53,3), tandis que l’indice ISM portant sur les secteurs non manufacturiers affiche un recul de 3 points, à 57,6 en décembre.

Du côté des ménages, la confiance des consommateurs s’est fortement dégradée si l’on se fie à la chute de l’indice du Conference Board (128,1 après 136,4). Il faut toutefois relever que ce repli est largement imputable aux anticipations, alors que la perception des conditions présentes est approximativement inchangée. L’enquête de l’Université de Michigan n’est en revanche pas inquiétante, puisqu’elle fait état d’une amélioration de la confiance (98,3 après 97,5), indépendamment de la correction de Wall Street.

Un rapport rassurant

Très attendu, le rapport de l’emploi publié vendredi est rassurant, car il met en lumière une embauche nette robuste (312.000 postes créés en décembre, après 176.000 en novembre). Le redressement du taux de chômage, de 3,7% à 3,9%, s’explique par une augmentation du taux de participation au marché du travail. La progression du salaire horaire moyen (0,4% mensuel, 3,2% en glissement annuel) traduit une accélération de l’inflation salariale qui tend à justifier le processus de normalisation entrepris par les autorités monétaires. 

Ironiquement, Jerome Powell a tenu peu après la publication de ce rapport le discours que les marchés financiers espéraient depuis plusieurs semaines en laissant entendre que la Fed était sensible à leur agitation et en affirmant que le comportement paisible de l’inflation autorisait une attitude patiente afin de mieux cerner l’évolution de l’économie. Avec ses propos, Jerome Powell fait un pas dans le sens du «marché» qui estime aujourd’hui que le cycle de relèvements des taux d’intérêt est achevé. Mieux, les «futures» portant le taux des «Fed funds» préfigurent le maintien du statu quo tout au long de 2019 et un biais vers l’assouplissement en 2020! 

Une issue harmonieuse 

Etayée par la méforme de Wall Street et la multiplication des symptômes de refroidissement à l’échelle globale, cette prédiction pourrait être invalidée si l’économie américaine poursuit une expansion dynamique au cours des prochains mois et si Wall Street renoue avec l’euphorie qui avait porté le S&P 500 vers un sommet historique en septembre passé. Une issue harmonieuse aux négociations commerciales entre les USA et la Chine pourrait doper Wall Street, un déblocage de l’impasse budgétaire entre l’administration et les Démocrates serait aussi bien accueilli. Les résultats publiés par les entreprises pèseront aussi dans la balance. A cet égard, l’avertissement émis par Apple n’est pas anodin, car il intègre plusieurs dimensions inquiétantes: refroidissement de la demande chinoise, saturation du marché des smartphones, croissance amoindrie des profits. En bref, l’exercice 2019 s’annonce périlleux pour les actifs risqués, malgré la revalorisation endurée au cours des derniers mois.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 
 

AGEFI

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