C’est Noël avant l’heure, à Wall Street

mardi, 04.12.2018

Obligataire. Jerome Powell, Donald Trump et Xi Jinping ont temporairement apaisé les craintes des marchés.

François Christen*

Les investisseurs ont retrouvé le sourire et un fort appétit pour les actifs risqués durant une semaine marquée par les propos apaisants du Président de la Réserve Fédérale américaine et par l’issue harmonieuse du sommet du G20 qui s’est tenu en Argentine. Plus que le sommet qui s’est soldé par une déclaration commune réaffirmant l’importance du commerce multilatéral et d’une large coopération internationale, les marchés saluent l’annonce d’une trêve dans le conflit commercial qui oppose les Etats-Unis et à la Chine.

«Cessez-le-feu»

Ce «cessez-le-feu» implique du côté des Etats-Unis un moratoire sur une nouvelle augmentation des taxes à l’importation, de 10% à 25%, frappant 200 milliards de produits chinois. De son côté, la Chine, s’est engagée à accroître substantiellement ses achats de biens agricoles, énergétique et industriels aux Etats-Unis. La Chine s’apprête en outre à réduire la taxe de 40% frappant les automobiles produites aux Etats-Unis. Cette trêve permettra de reprendre des négociations, pour une durée de 90 jours, sur les nombreux sujets qui fâchent Donald Trump: l’activisme du gouvernement chinois, le transfert de technologie «forcé», la protection de la propriété intellectuelle, les barrières non-tarifaires et la «cyber-intrusion». Le succès de ces négociations n’est toutefois pas assuré, ce qui pourrait nous valoir une reprise des hostilités protectionnistes dès le 1er mars 2019!

L’autre cadeau offert à Wall Street la semaine passée est venu du grand argentier Jerome Powell, qui a tenu mercredi passé un discours jugé apaisant. Début octobre, la Président de la Fed avait maladroitement laissé entendre, en réponse à une question, que les taux d’intérêt étaient nettement en dessous d’un niveau «neutre», ce qui suggérait que le cycle de relèvements était loin d’être terminé. L’analyse dévoilée mercredi passé est plus nuancée, puisque elle relève des taux d’intérêts «juste en-dessous» du niveau jugé «neutre» pour l’économie. Ces propos, qui succèdent à plusieurs interventions de banquiers centraux qui se montrent sensibles au ralentissement de l’économie mondiale, ne remettent pas vraiment en question le relèvement du taux des «Fed funds» attendu le 19 décembre, mais ils laissent penser que la Réserve Fédérale se montrera plus prudente à l’avenir.

Possible révision à la baisse

Comme évoqué dans notre précédent commentaire, les responsables de la Fed escomptaient en septembre trois relèvements de taux d’un quart de pourcent en 2019, soit plus que le «consensus» reflété par les contrats «future» qui préfigurent un taux directeur proche de 2,75% en janvier 2020. Une révision à la baisse des projections des banquiers centraux est vraisemblable, mais le cours de la politique monétaire reste essentiellement tributaire de l’évolution future de la conjoncture. 

L’actualité récente met en lumière l’expansion robuste des revenus (0,5% mensuel, 4,3% en glissement annuel) et des dépenses de consommation des ménages (respectivement 0,6% et 5%) en octobre. Le taux d’épargne se maintient à un niveau raisonnable, légèrement supérieur à 6%. Les indices de prix afférents aux dépenses de consommation affichent des progressions conformes aux visées de la banque centrale (2,0% globalement, 1,8% hors énergie et alimentation). La dernière enquête du Conference Board met toutefois en évidence une légère dégradation de la confiance des consommateurs (nonobstant une amélioration des conditions courantes qui pourrait traduire une baisse accrue du chômage).

Décrue des primes de risque

Le bilan obligataire de cette semaine foisonnante se solde par une détente peu significative de la structure des taux d’intérêt en dollars. Le rendement du «T-Note à dix ans» s’est rapproché de 3% alors que l’indice S&P 500 enregistrait des gains proches de 5%. Le rebond précaire du cours du pétrole et le rétablissement de la confiance à Wall Street s’accompagne logiquement d’une décrue des primes de risque associées aux obligations d’entreprise, notamment sur le segment spéculatif des emprunts «high yield».

En Europe, on observe une légère détente des rendements en euros et un redressement des actions. Le rendement du «Bund» allemand à dix ans a ainsi cédé 2 points de base pour s’établir à 0,34%. Les «spreads» accolés à la dette italienne ont continué à fléchir pour atteindre 280 points de base à dix ans d’échéance.

Conjoncture hésitante

L’actualité conjoncturelle met en lumière une conjoncture hésitante, mais pas trop mal orientée si l’on fait abstraction du déclin de la confiance des consommateurs en Italie et en France, où le mouvement des «gilets jaunes» s’amplifie. L’érosion de l’indice agrégé de confiance de la Commission Européenne est minime (109,5 en novembre après 109,7 en octobre). On observe en outre une embellie du climat des affaires (1,09 après 1,01) et un taux de chômage stable à 8,1%, au plus bas depuis dix ans. Le comportement de l’inflation (2% au total, 1% hors énergie et alimentation) justifie toujours la patience de la BCE. Mario Draghi a tenu mardi passé un discours qui tend à dédramatiser les signes de ralentissement qui se sont manifestés au troisième trimestre. Il ne faut donc pas espérer une extension du programme d’achats d’actifs en 2019, mais se satisfaire du maintien de conditions stimulantes par le biais de taux d’intérêt réduits et des réinvestissements.

Hors zone euro, l’influence de Powell se traduit aussi par une légère détente des rendements en livres sterling et en francs suisses. La contraction du PIB helvétique et le déclin de l’indicateur avancé du KOF montrent que la Suisse n’est pas épargnée par le refroidissement de l’activité mondiale, même s’il convient de relativiser la portée des aléas trimestriels de la croissance. En effet, le repli du PIB de 0,2% succède à un bond de 0,7% qui exagérait le dynamisme de l’économie suisse.

* Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 
 

AGEFI

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