Quand les marchés financiers célèbrent deux «happy ends»

lundi, 18.02.2019

Obligataire. Après avoir cédé face aux Démocrates, Donald Trump devrait se montrer conciliant avec la Chine.

François Christen*

Alors que la progression de l’indice S&P 500 depuis le début de l’année dépasse 10%, les marchés obligataires ont connu une semaine tranquille, marquée principalement par une décrue des primes de risque associées aux emprunts d’entreprises. Le climat est donc résolument teinté «risk on», sans effets néfastes sur les actifs les plus sûrs.

La structure des taux d’intérêt en dollars US n’a pratiquement pas changé de physionomie au cours de la semaine écoulée. Légèrement inférieur à 2,7%, le rendement de T-Note à 10 ans demeure sous pression et la «pente» reste positive, mais peu prononcée. Les indicateurs publiés la semaine passée transmettent un message généralement assez favorable aux obligations. L’inflation a poursuivi son reflux en janvier pour s’établir à 1,6% en glissement annuel. La progression des prix à la consommation hors énergie et alimentation est en revanche stationnaire (0,2% mensuel, 2,2% en glissement annuel). Un constat similaire s’applique aux prix à la production.

Déclin significatif

Longtemps retardée, la publication des ventes au détail en décembre met en lumière un déclin significatif de la marche des affaires (-1,2% mensuel, 2,3% en glissement annuel). Excluant les autos, le carburant et d’autres constituants erratiques, les ventes «core» affichent un recul de 1,7% après avoir augmenté de 1% en novembre. Décevants, ces chiffres s’accordent avec la dégradation de la confiance des consommateurs observée fin 2018, mais ils ne permettent pas encore de conclure à une rupture de tendance même si certains indices suggèrent que les ménages sont restés prudents en janvier. Le redressement de l’indice de confiance de l’Université de Michigan observé en février (95,5 préliminaire après 91,2 en janvier) laisse entrevoir une reprise assez logique compte tenu de la robustesse du marché du travail et du rebond des marchés financiers. 

Indicateurs moroses

Le déclin de la production manufacturière en janvier (-0,9% mensuel, 2,9% en glissement annuel) complète un tableau assombri, qui devrait conforter la Réserve Fédérale dans sa volonté d’attendre d’y voir plus clair avant de procéder – éventuellement – à un nouveau tour de vis monétaire. La reprise de l’indice d’activité «Empire» de la Fed de New York semble toutefois annoncer un redémarrage après une brève pause.

Ces indicateurs moroses n’ont pas empêché Wall Street de célébrer deux «happy ends». Le premier écarte la menace d’une nouvelle fermeture partielle du gouvernement, car Donald Trump a finalement accepté un plan des démocrates qui ne prévoit pas le financement d’un mur, mais un crédit amoindri pour renforcer la frontière. Pour sauver la face, le Président a ensuite déclaré un «état d’urgence» afin d’ériger un mur sans l’assentiment du Congrès, une décision qui pourrait être contestée sur le plan juridique.

Le second «happy end» n’est pas encore certain, mais préfiguré par des informations suggérant que les Etats-Unis et la Chine ne sont pas loin de finaliser un «mémorandum d’accord» qui permettra à Donald Trump de renoncer à mettre en œuvre les augmentations tarifaires qui se profilaient le 1er mars. Affaibli, le Président doit conserver le soutien d’une base à qui il a beaucoup promis. Au-delà des concessions et des manœuvres à court terme, les antagonismes «Etats-Unis vs Chine» et «Trump vs Démocrates» ne sont pas près de disparaître.

En Europe, comme aux Etats-Unis, les marchés obligataires sont léthargiques. La structure des taux d’intérêt en euros semble figée, à des niveaux déprimés: le rendement du «Bund» allemand à dix ans ne dépasse pas 0,1% – un niveau rédhibitoire qui est néanmoins justifié par le refroidissement de la conjoncture dans la zone euro. Renversant la correction de la semaine précédente, les primes de risque infligées à l’Italie ont reflué. Les indicateurs conjoncturels sont en berne: la croissance du PIB de la zone euro n’a pas dépassé 0,2% au quatrième trimestre (1,2% annuel), alors que le PIB allemand a stagné (0% trimestriel, 0,6% annuel). Le déclin prononcé de la production industrielle observé en décembre (-0,9% mensuel, -4,2% en glissement annuel) montre que la zone euro encourt des risques de récession qui remettent sérieusement en question les projets de normalisation ébauchés par la BCE.

Dernière minute

Le marché britannique s’est montré indifférent à des statistiques mettant en évidence un tassement marqué de la croissance au quatrième trimestre (0,2% trimestriel, 1,3% en glissement annuel), en ligne avec la zone euro. Le Brexit n’affole pas les marchés qui misent sur un accord de dernière minute (à la faveur d’une reformulation de la «clause de sauvegarde») ou d’un report, plutôt que sur une sortie chaotique qui n’arrangerait personne. Le marché des capitaux en francs suisses est également inerte: il en coûte 0,3% par an pour avoir le privilège de prêter des fonds à un gouvernement qui n’en finit pas de se désendetter. Avec 3 milliards d’excédent financier en 2018, la Confédération s’est encore une fois montrée trop prudente, voire frileuse, renforçant le statut de valeur-refuge attribué à sa dette.

*Banque Profil de Gestion SA à Genève





 
 
 

AGEFI

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