La Fed s’est engluée dans les cours du pétrole

mardi, 20.11.2018

Quel sera l’impact de l’importante baisse des cours sur la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine?

Daniel Varela*

Les cours de l’énergie ont à nouveau glissé sur la semaine écoulée, bien qu’ils semblent vouloir se stabiliser tout dernièrement. Au total, la baisse du pétrole dépasse 25% depuis début octobre date à laquelle il a inscrit son plus haut niveau depuis 2014. Si des raisons politiques sont à l’origine de ce plongeon, à savoir des sanctions moins sévères qu’anticipé à l’égard de l’Iran, c’est surtout l’offre abondante sur fond de craintes de ralentissement de la demande qui semblent provoquer un ajustement des perspectives à l’égard de cette matière première. 

L’or noir semble survendu à court terme et une réaction de l’OPEP est attendue lors de sa prochaine réunion début décembre en vue d’enrayer la baisse. En bourse, le secteur énergétique a bien entendu souffert de ces développements. Mais le marché obligataire est également concerné et plus précisément en ce qui concerne ses segments les plus risqués. Aux Etats-Unis, le marché des obligations à haut rendement est fortement exposé à ce secteur qui représente plus de 15% des encours.

La menace d’un recul prononcé de l’or noir

Les sociétés d’exploration de pétrole non conventionnel ont en effet eu largement recours à ce marché pour financer les installations de forage et d’exploitation du pétrole de schiste. Un recul prononcé de l’or noir menace par conséquent la rentabilité de certaines sociétés voire leur capacité à honorer leurs engagements. C’est ce qui s’était produit lors du plongeon du pétrole en 2015 et qui avait provoqué une sous-performance massive de ce segment du marché obligataire. Par conséquent, nous recommandons désormais de prendre des profits définitifs et de sortir du «high yield» américain.

Un écartement généralisé serait inquiétant 

De manière plus générale, il convient de surveiller le comportement du marché du crédit aux émetteurs privés. Un écartement généralisé serait inquiétant en raison du cycle économique avancé. Sans doute ces développements sont-ils surveillés par la Réserve fédérale dont le ton semble s’apaiser dernièrement. Son président Jerome Powell s’est en effet montré plus prudent durant un colloque organisé par la Fed de Dallas la semaine dernière. Car au-delà des doutes que suscite la baisse du pétrole à l’égard de la solidité de la croissance mondiale, son impact sur l’inflation devrait rapidement se faire sentir. Aux Etats-Unis, l’inflation a déjà commencé à ralentir, y compris sur l’indicateur de base qui exclut l’énergie et qui ne progresse plus que de 2,1% sur un an à fin octobre contre un plus haut de 2,4% durant l’été. Et si la Fed réduisait ses tours de vis en 2019?

*Chief Investment Officer, Banque Piguet Galland





 
 
 

AGEFI

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