Impact investing en Afrique: continent de disparités et de potentiels

mercredi, 15.05.2019

Les opportunités d’investissement se multiplient grâce à sa croissance démographique et économique rapide et à sa capacité d’innovation technologique.

Yann Groeger*

Les profondes disparités sur le continent africain exigent une analyse minutieuse et une expertise solide sur le terrain pour repérer les projets d’Impact investing appropriés. Dans ces conditions, les investisseurs et les petites entreprises peuvent être bénéficiaires à long terme tout en soutenant l’essor économique.

En 2034, l’Afrique pourrait abriter une population en âge de travailler plus importante que la Chine ou l’Inde. Elle connaît dès à présent une croissance économique en forte hausse, une classe moyenne de plus en plus nombreuse et une puissance d’innovation considérable, en particulier dans le secteur technologique. De surcroît, certains domaines accentuent leur dimension internationale, et les négociations vont bon train pour la conclusion d’accords d’importation et d’exportation sans frais de douane entre Etats africains.

Classe moyenne en progression

À la différence de la Chine, l’Afrique n’est toutefois pas un grand marché unique et les investisseurs y sont donc toujours confrontés à certains obstacles. Les 54 pays de ce continent ont chacun leurs lois, leurs cultures et leurs langues et il n’existe aucun accès universel direct à ces marchés. Il est par ailleurs difficile, en particulier, pour les petites entreprises, non seulement de construire une structure de financement durable, mais aussi de se faire octroyer un financement quel qu’il soit. Souvent, les petites entreprises ne peuvent recourir à une banque, dans une démarche classique, car elles ne disposent pas des garanties nécessaires à l’obtention d’un crédit. Elles peuvent toujours s’orienter vers une forme d’aide alternative, comme les dons ou les crédits d’urgence, mais il ne s’agit en général que d’activités ponctuelles n’assurant pas une pérennité financière. En dernier recours, elles peuvent aussi faire appel à un usurier, mais les intérêts extrêmement élevés qu’ils appliquent, ajoutés à leurs mécanismes de remboursement parfois douteux, représentent pour les emprunteurs un risque imprévisible, qui est plutôt de nature à entraver une évolution des affaires positive à longue échéance qu’à la favoriser.

Importance des collaborations étroites

L’Impact investing dans la microfinance fait figure d’alternative – les petites entreprises africaines peuvent ainsi espérer elles aussi une expansion durable. À cette fin, il est fondamental de s’entourer de partenaires proches dans tous les pays, les régions et les secteurs visés. Seule une présence permanente sur le terrain permet en effet de comprendre les marchés dans toute leur finesse et de prendre à bras-le-corps tant les problèmes concrets que les potentiels. Avec l’Impact investing, les emprunteurs sont en outre analysés préalablement dans leurs moindres détails, par exemple, en ce qu’ils doivent démontrer que leur modèle commercial peut à terme fonctionner en pleine autonomie. La solvabilité joue également un rôle important dans les décisions de crédit. En général, les prêts accordés dans cette formule ont une durée d’un à deux ans, tandis que leur montant peut varier fortement selon la région, le secteur et la taille de l’entreprise, allant de 50 à 10.000 dollars américains.

Au final, l’Impact investing contribue à la création et à la consolidation de petites entreprises, qui de plus en plus souvent, affichent ensuite une croissance remarquable grâce à ces investissements. Dans le secteur agricole notamment, les entreprises soutenues continuent couramment d’agrandir leurs surfaces de culture au-delà des cycles de crédit et procurent ainsi un travail à d’autres acteurs. Le tout favorise à un horizon plus ou moins éloigné une augmentation du nombre d’emplois formels et une évolution globale positive qui dépasse ces entreprises.

*Regional Manager Afrique, BlueOrchard





 
 
 

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