Ni trop chaud, ni trop froid

lundi, 13.01.2020

Les marchés saluent une réplique iranienne évitant l’escalade et une conjoncture équilibrée.

François Christen*

Évolution récente des rendements à long terme

Les représailles «officielles» de l’Iran consécutives à l’élimination du Général Soleimani se sont révélées moins sévères que redoutées. Les frappes, qui n’ont pas fait de victimes US, présentent un caractère symbolique qui, à tort ou à raison, rassure les investisseurs. Bien que certains experts prophétisent d’autres répliques et que les relations entre les USA et l’Iran restent très tendues, le geste mesuré des Iraniens semble traduire une volonté d’éviter une escalade susceptible de dégénérer.

La réplique timide est finalement occultée par le «Boeing» abattu par erreur par les forces iraniennes. Indifférents à ce drame, les marchés ont renoué avec un régime «risk on» qui a propulsé les actions vers le haut tout en fragilisant les emprunts gouvernementaux. Les primes de risque de crédit ont légèrement fléchi, notamment sur le segment des emprunts les plus spéculatifs. Les investisseurs ont ainsi retrouvé l’humeur exubérante qui prévalait en décembre et s’apprêtent à célébrer la signature d’un accord commercial partiel entre les USA et la Chine, prévue le 15 janvier à la Maison Blanche.

L’actualité conjoncturelle présente un visage résolument «Goldilocks», ni trop chaud, ni trop froid, qui n’est pas pour déplaire à Wall Street. La création, à titre net, de 145.000 postes en décembre (après 256.000 en novembre) reflète une économie bien portante, dont le taux de chômage est stable à 3.5 %. Malgré ce niveau réduit, la progression des salaires demeure contenue: elle a même légèrement décéléré pour s’établir à 2.9 % en glissement annuel (contre 3.1 % en novembre). Contrairement à la jauge manufacturière, l’indice ISM consacré aux services et autres secteurs non manufacturiers s’est redressé en décembre (55 après 53.9 en novembre). La divergence entre les secteurs secondaire et tertiaire s’est accentuée et il apparaît que l’activité manufacturière importe beaucoup moins en 2020 qu’en 1990 pour évaluer la santé d’une économie.

Le regain de confiance des investisseurs s’accompagne d’un léger redressement de la structure des taux d’intérêt en dollars US. Le rendement du T-Note à dix ans a augmenté de 8 points de base pour s’établir à 1.85 %. Des tensions significatives ont conduit le rendement du «T-Note» à deux ans à 1.58 % - un niveau toujours compatible avec des taux d’intérêt monétaires inchangés à l’horizon 2021. Ce statu quo est jugé légitime par les investisseurs qui escomptent toutefois une intervention de la banque centrale si la conjoncture devait décevoir - le fameux «Fed put». En cette année électorale, Wall Street peut aussi compter sur un «Trump put», car le Président cherchera probablement à éviter une correction majeure afin d’optimiser ses chances de victoire.

En Europe, des tensions prononcées ont conduit le rendement du «Bund» de -0.31 % à -0.18 % au terme de la semaine écoulée. Cette correction est principalement étayée par l’apaisement observé sur le front géopolitique, car l’actualité économique ne traduit pas de grande rupture. La timide amélioration de l’indice de confiance de la Commission européenne, de 101.2 en novembre à 101.5 en décembre, ne remet pas en question l’atonie de la conjoncture européenne. Le climat des affaires s’est d’ailleurs légèrement dégradé 

(-0.25 après -0.21). Le déclin des commandes adressées à l’industrie allemande incite à douter de la pérennité du rebond de la production observé en novembre. Le taux de chômage est inchangé à 7.5 %, tandis que l’inflation a légèrement accéléré pour s’établir à 1.3 % en décembre – un rythme qui reste insuffisant au regard de l’objectif visé par la BCE.

Au Royaume-Uni, l’enthousiasme succédant à la victoire sans appel de Boris Johnson fait place à une période de doutes. Certes, le «Brexit» aura lieu le 31 janvier, mais les relations commerciales après le 31 décembre 2020 doivent encore faire l’objet de négociations qui ne s’annoncent pas si faciles. Le climat d’incertitude continuera à entraver la croissance. A cet égard, la contraction de 0.3 % du PIB observée en novembre pourrait conduire la Banque d’Angleterre à réduire son taux d’intérêt de base le 30 janvier. La détente des rendements à court terme préfigure un geste dans ce sens. Stable, le rendement du «Gilt» à dix ans échappe à l’influence d’un contexte «risk on» en raison de la faiblesse de l’économie britannique.

En Suisse, les emprunts de la Confédération cèdent un peu de terrain: le rendement à dix ans s’est redressé aux environs de -0.55 % dans un contexte peu propice aux valeurs-refuges. L’inflation reste proche de zéro (0.2 % au total, 0.4 % hors énergie et alimentation), alors que le taux de chômage corrigé des variations saisonnières est stable à 2.3 %. Le franc reste fort, ce qui suggère que la BNS n’a toujours pas de raisons de réviser le cap fixé en janvier 2015.

*Banque Profil de Gestion à Genève





 
 
 

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