«Game of trades»

mardi, 14.05.2019

Les adeptes d’intrigues géopolitiques et de suspense auront trouvé de quoi se divertir avec le redémarrage en fanfare de la saga phare de 2018: la guerre commerciale!

Olivier de Berranger*

Le dernier épisode de la série à succès «Game of Thrones» a, semble-t-il, quelque peu déçu les spectateurs. Mais les aficionados d’intrigues géopolitiques et de suspense auront trouvé de quoi se consoler avec le redémarrage en fanfare de la saga phare de l’année dernière: la guerre commerciale!

Alors que les investisseurs avaient «acheté» la détente entre les Etats-Unis et la Chine, et qu’un accord commercial entre les deux superpuissances semblait proche, Donald Trump a fait vaciller ce bel optimisme. Dans un tweet publié dimanche dernier, le président américain a menacé de porter de 10% à 25% les taxes douanières sur 200 milliards de dollars de produits chinois importés. Il a ensuite ajouté que 325 milliards de dollars de produits supplémentaires pourraient également être taxés à 25% dans un second temps. En cause, un apparent revirement de la Chine dans les discussions commerciales entre les deux pays. Pékin aurait en effet renvoyé à Washington une version amendée et édulcorée du projet d’accord commercial, en retirant notamment tout engagement à légiférer contre le transfert forcé de technologie, le vol de propriété intellectuelle, l’accès aux marchés financiers ou encore la manipulation de la devise – tous les points cruciaux sur lesquels portaient les négociations depuis plusieurs mois. 

Le chaud et le froid

Après avoir fait planer le doute sur leur venue, les autorités chinoises ont finalement décidé de se rendre malgré tout à Washington jeudi et vendredi, tout en précisant qu’elles ne feraient pas de concessions. Mercredi dernier, à l’occasion d’un rassemblement électoral en Floride, Donald Trump a réitéré ses menaces, tout en accusant la Chine d’avoir «brisé l’accord». Dans le même temps, le ministère chinois du commerce a indiqué que des contre-mesures seraient adoptées en cas de relèvement des tarifs douaniers américains. S’en est suivi, jeudi, une série de déclarations soufflant le chaud et le froid: Donald Trump a expliqué que lui avait été présentée une «excellente alternative» au projet d’accord et qu’il s’entretiendrait probablement sous peu avec son homologue Xi Jinping, avant d’annoncer qu’un travail en vue de la taxation de 325 milliards de dollars supplémentaires d’importations chinoises avait été entamé. 

Finalement, vendredi, l’administration américaine a officiellement porté de 10 à 25% les droits de douane sur 200 milliards de dollars de produits chinois. Les autorités chinoises ont déclaré qu’elles allaient prendre des mesures de représailles. Les discussions, qui se sont poursuivies sans aboutir à aucun accord, reprendront à une date indéterminée. Au cours du week-end, Donald Trump a réitéré ses menaces, appelant la Chine à tout faire pour parvenir à un accord, expliquant que ce serait «bien pire» à obtenir après 2020 (après son éventuelle réélection). 

Plus laconiquement, par la voix du porte-parole de son ministère du commerce, la Chine s’est contentée de dire qu’elle «ne capitulera pas face à la pression». Dans ce dossier, le risque paraît aujourd’hui asymétrique. Le scénario d’un accord entre les deux parties était en effet intégré dans les cours, et malgré la baisse des marchés la semaine dernière, on observe une certaine complaisance vis-à-vis de la situation. Or, le risque de voir les discussions s’enliser et la perspective d’un deal s’éloigner n’est pas nul. Dans un cas extrême, la situation pourrait même entraîner un regain de craintes sur la croissance mondiale, l’amélioration des perspectives pour le 2e semestre reposant en partie sur l’accalmie des sujets géopolitiques. Alors que les marchés évoluent sur des niveaux élevés après l’important rallye de début d’année, il nous semble opportun d’agir avec prudence et méfiance.

Zoom sur Cellnex: une opération transformante qui valide la stratégie

Cellnex a annoncé cette semaine l’acquisition de près de 11.000 tours télécoms en France, Italie et Suisse auprès d’Iliad et de Salt, pour une valeur totale de 2,7 milliards d’euros. Cellnex s’engage également à construire 4000 tours d’ici 7 ans, ce qui représente un investissement supplémentaire de 1,3 milliard d’euros. La société espagnole réalise une opération financière et industrielle d’envergure, deux mois après une augmentation de capital de 1,2 milliard d’euros. Avec cette opération, Cellnex devrait doubler de taille d’ici 2027 pour atteindre 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires (900 millions en 2018) et un EBITDA de 1,3 milliard. Cette opération valorise les actifs entre 13 et 14 fois l’EBITDA de 2019, et s’accompagne de contrats sur 20 ans (10 ans renouvelables) avec Iliad et Salt. Une opération importante sur le plan financier, mais plus encore sur le plan industriel: elle valide pleinement le discours de l’équipe dirigeante sur le rôle de Cellnex en tant que partenaire des opérateurs pour l’externalisation de leurs tours télécoms. Ces dernières sont au cœur d’un marché très compétitif, au sein duquel de nombreux fonds de private equity cherchent à racheter les actifs. 

La capacité de Cellnex à réaliser des opérations de cette taille en Europe, avec des acteurs tels que Salt et Iliad, est de bon augure pour la suite de l’histoire. La consolidation du secteur en Europe ne fait que commencer, avec à la clé de fortes opportunités de croissance.

*CIO La Financière de l’Echiquier





 
 
 

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