Décembre et mars: deux échéances clés pour les investisseurs

jeudi, 06.12.2018

Le printemps américain risque d’être houleux car les compromis auxquels devront arriver républicains et démocrates se feront à l’arraché.

Christopher Smart*

Au vu des passions déchaînées par les réunions politiques de fin de campagne pour les élections américaines de mi-mandat ainsi que du taux élevé de participation, les marchés pouvaient se satisfaire de presque n’importe quel résultat, pourvu qu’il réduise l’incertitude. En effet, étant donné que la division au niveau du gouvernement débouche généralement sur un blocage politique, les investisseurs peuvent alors espérer pouvoir se concentrer sur l’arbitrage des risques liés à la forte croissance du PIB d’une part, et à la hausse des taux d’intérêt, de l’autre. 

Mais, car il y a un mais, la situation pourrait s’avérer plus compliquée. Le financement du gouvernement fédéral est assuré jusqu’au 7 décembre et s’il est probable que républicains et démocrates s’accorderont pour le prolonger de quelques mois, leurs différents devraient connaître une nouvelle flambée début 2019. Par ailleurs, le 1er mars 2019, la suspension temporaire du plafond de la dette arrivera à échéance. Compte tenu de la récente réforme fiscale, le Congrès nouvellement élu devra relever considérablement sa limite pour que le Trésor puisse satisfaire à ses obligations, une fois la suspension levée. 

Les investisseurs devraient donc bien retenir ces deux dates et se préparer à un printemps 2019 tissé d’incertitude politique et de volatilité. Si d’un côté, les conflits commerciaux accroissent les coûts d’un certain nombre d’entreprises américaines, de l’autre, un désaccord prolongé sur la question du financement du gouvernement américain augmenterait considérablement les risques pour les investisseurs. 

Entre temps, pendant que le Congrès digèrera les résultats des élections et choisira ses nouveaux dirigeants, les marchés profiteront de ce bref intermède pour revenir aux fondamentaux. Historiquement, la bourse américaine tend à progresser fortement dans l’année qui suit les élections de mi-mandat.  Ceci peut s’expliquer par des investissements différés dans l’attente de résultats de votes importants. Dans la situation actuelle, la vigueur de l’économie pourrait bien avoir un effet similaire.  

Cependant, le gouvernement fédéral doit encore prendre un certain nombre de décisions économiques importantes et il est difficile de les anticiper dans la mesure où les politiques économiques des deux partis subissent de profondes transformations. Aucun d’entre eux ne peut plus  se présenter comme un parangon de discipline financière. 

La constellation politique actuelle ne se prête guère à des réformes fiscales d’envergure. Et même si le président a récemment évoqué l’éventualité de réductions d’impôts pour les classes moyennes, leur impact économique serait faible. En outre, il est difficile d’imaginer qu’il réduise la portée de sa loi de 2017 sur les réductions d’impôts et l’emploi alors qu’il prépare sa campagne de réélection.

Les républicains, qui avaient gagné la majorité à la Chambre des représentants grâce à leurs promesses de mettre fin au «Obamacare» et d’équilibrer le budget, n’ont pas sensiblement progressé sur ces questions alors qu’ils sont restés huit ans majoritaires à la Chambre. Redevenus minoritaires, ils doivent de plus en plus compter sur les succès d’un président qui, tant en matière de déficits que de protectionnisme, emprunte beaucoup à la palette des arguments démocrates.

Quoiqu’il en soit, les deux partis devront trouver un compromis pour assurer le financement du gouvernement et son fonctionnement. Ils devront également s’entendre pour relever le plafond de la dette de l’Etat fédéral, faute de quoi les États-Unis pourraient être déclarés en défaut de paiement.  En août 2011, S&P avait abaissé d’un cran la note attribuée à la dette publique des États-Unis, craignant que la polarisation politique ne menace la viabilité financière du pays.  La prochaine fois, d’autres agences de notation pourraient être tentées de suivre cet exemple. 

Un certain nombre d’investisseurs se rassurent du fait qu’aucun des deux partis ne veut avoir l’air de s’enferrer dans ses positions ou ne souhaite assumer la responsabilité d’une fermeture des agences gouvernementales ou celle d’une révision à la baisse de la note de la dette américaine. Mais la solution du compromis n’est pas non plus sans risque: au vu du tour excessivement passionnel pris par les débats, tout victoire politique, même modeste, paraît bonne à prendre.

*Directeur du département de recherche macroéconomique et géopolitique, Barings





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...