Comment le Mittelstand s’est adapté

lundi, 29.04.2019

Le Mittelstand est aujourd’hui un segment essentiel de la réussite économique de l’Allemagne, souvent considéré comme la clé de voûte de son économie.

Markus Geiger*

Markus Geiger, responsable de la dette privée, ODDO BHF Asset Management.

Le Mittelstand désigne l’ensemble des petites et moyennes entreprises (PME) et des entreprises de taille intermédiaire (ETI allemandes). Il regroupe les entreprises qui pour la plupart sont gérées par leurs fondateurs, innovantes et présentes à l’international. Haribo, Miele, Fischer, Playmobil et UHU ont figurées dans le fleuron du tissu Mittelstand avant de devenir des entreprises de plus grande envergure. L’Allemagne compte aujourd’hui environ 3,5 millions de PME et d’ETI, soit 99,5 % de l’ensemble des entreprises du secteur privé avec un secteur manufacturier à 20 %, la majorité étant des sociétés de services. Marque de ce dynamisme, le pays comprend trois fois plus de PME employant de 10 à 500 salariés que la France. Pourquoi et comment le Mittelstand s’est-il adapté au financement par des fonds de dette privée?

Des perspectives économiques prometteuses

Récemment un certain nombre d’événements exogènes ont entraîné la stagnation des secteurs tournés vers l’exportation au second semestre 2018. Le possible ralentissement de l’économie chinoise, les tensions commerciales internationales entre les États-Unis, la Chine et l’UE, ainsi que la crainte d’un Brexit sans accord ont alimenté les craintes: les indicateurs avancés, comme l’indice IFO du climat des affaires ou l’indice des directeurs d’achat, sont à leur plus bas niveau depuis 2014.

Toutefois les fondations de l’économie allemande demeurent solides. Une forte demande interne et un marché de l’emploi robuste constituent des facteurs d’expansion.

Dans ce contexte, le Mittelstand reste bien positionné pour résister aux incertitudes économiques. Le ratio de fonds propres de ces entreprises n’a cessé d’augmenter pour atteindre environ 30 % en raison d'un faible endettement et des investissements mesurés. Cela leur a permis de préserver leur indépendance. Elles affichent ainsi un taux de défaut extrêmement bas, 0,5 % actuellement, ce taux n’a pas dépassé 1,25 % en 2009 pour les entreprises avec un chiffre d’affaire de plus de 20 millions d’euros.

Des modes de financement en mutation

Compte tenu de la résilience du segment, les entreprises du Mittelstand sont souvent ciblées par les investisseurs en private equity. Ainsi le marché du buy-out n’a cessé de s’élargir avec une multiplication par trois du nombre de transactions (seniors et unitranches) au cours des six dernières années.

Le financement d’acquisitions demeure le principal type de financement en Allemagne, à hauteur de 57 %. Les refinancements représentent quant à eux 23 % des transactions et les apports de fonds complémentaires 20 %.

L’évolution la plus marquante concerne toutefois les modes de financement. Le marché allemand du Leverage Buy-Out (LBO) historiquement dominé par les banques, les fonds de dette privée ne couvraient qu’une infime partie des transactions. Mais cela a changé. Alors qu’en 2013, 16 % à peine des transactions étaient financées par des fonds de dette, ce taux a plus que doublé en 2017 pour atteindre 34 %. En 2018, les fonds de dette ont représenté une part de marché de 48 % et ont financé quasiment le même nombre de transactions qu’en France. 

Rien d’étonnant à cela, les Accords de Bâle III et la norme IFRS 9 (International Financial Reporting Standards) ont entraîné une forte augmentation des ratios de fonds propres associés aux prêts bancaires. Cependant, si ces changements réglementaires ont favorisé de fait les fonds de dette, ils ont surtout accéléré leur acceptation par les investisseurs et les emprunteurs comme des sources de financement fiables et flexibles.

La concurrence entre banques et fonds de dette, associée à un afflux important de capitaux, a assoupli les conditions du marché, devenues plus favorables aux emprunteurs. Le segment affiche des taux d’endettement quasiment équivalents à ceux d’avant 2008. Les documentations de crédit ont été facilitées, présentant des clauses moins strictes et apportant une souplesse aux emprunteurs.

Par ailleurs le secteur est en situation favorable par rapport à 2008: les marges moyennes sont nettement plus élevées mais surtout les ratios de fonds propres se sont améliorés.

La proximité sinon rien!

L’un des facteurs clés de réussite du financement du Mittelstand est la proximité avec les émetteurs. L’esprit d’entreprise allemand ayant toujours associé les banques partenaires locales à son écosystème, les fonds de dette privée doivent à présent s’adapter à cet environnement. De nombreux directeurs généraux et directeurs financiers se sentent de surcroît plus à l’aise avec un partenaire germanophone et local. Une tradition acquise de longue date, une implantation régionale et une longue expérience du marché allemand constituent des avantages certains.

Les institutions de prêt doivent aujourd’hui se montrer flexibles dans la manière de structurer les émissions afin d’apporter une solution de financement adaptée aux caractéristiques de ce marché très fragmenté tout en restant sélectif.

* Responsable de la dette privée, ODDO BHF Asset Management





 
 
 

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