L'intérêt d'une gestion convergente du capital privé et de prévoyance

lundi, 29.04.2019

Le gérant de fortune, avec sa vision consolidée du portefeuille personnel et celle du compte de prévoyance, va procéder aux arbitrages pour obtenir le meilleur rendement global après impôt.

Thierry Chevalley*

Thierry Chevalley, banquier, Lombard Odier Lausanne.

Les entrepreneurs prennent au quotidien des décisions importantes pour leur société. Leurs sens des responsabilités les amènent à penser en premier lieu à leurs clients et collaborateurs lorsqu’ils tranchent. Or l’expérience montre que cela se fait régulièrement au détriment de leur patrimoine privé, et en particulier de leur propre prévoyance. Les solutions permettant d’accroître leur patrimoine en perspective de la retraite sont trop souvent négligées.

Liquidités excédentaires au bilan

Quand les affaires sont florissantes, un excès de liquidités peut se former dans la société au fil du temps et ce d’autant plus que l’entrepreneur a tendance à éviter de se rémunérer en dividendes, qui génèrent de la fiscalité. Or, ces liquidités excédentaires compliquent une future cession. Cette problématique bien connue dans l’univers des PME a conduit à l’introduction en 2009 de l’imposition partielle des dividendes, dans le cadre de la Réforme de l’imposition des entreprises II. Si cette mesure a constitué un pas dans la bonne direction, l’attractivité de l’imposition partielle varie fortement selon les cantons. 

Salaire ou dividendes?

Chaque entrepreneur se retrouve confronter face à l’équation suivante: comment bénéficier pleinement des revenus que l’entreprise peut offrir tout en maîtrisant sa fiscalité privée, et se constituer un patrimoine qui assure le maintien de son niveau de vie à la retraite? 

Les entrepreneurs doivent mûrement réfléchir aux modalités de versement de leur rémunération: salaire, bonus, dividendes, voire les trois. Ce choix est d’autant plus important que l’impact fiscal sur le revenu varie suivant l’option retenue. Les gérants de fortune constatent régulièrement que les entrepreneurs n’exploitent pas tout le potentiel que leur offre leur entreprise. Conséquence: beaucoup de sociétés détiennent trop de liquidités dans leur bilan, des liquidités inutiles à l’exploitation. En cas de cession, les répercussions sur la valorisation de la société peuvent être négatives. Ainsi, 10 millions de francs de liquidités au bilan de l’entreprise ne peuvent être valorisés qu’à hauteur de 7 millions de francs si une évaluation est effectuée dans le cadre d’une cession (en raison de la charge fiscale différée). Focalisés sur la réussite de leurs affaires, certains entrepreneurs n’ont pas conscience que ces fonds inutiles pour l’exploitation peuvent entraîner une perte de valeur.

Bien que les versements de dividendes bénéficient en principe d’un allégement fiscal grâce à l’imposition partielle, ils restent imposables. On peut donc se demander si le salaire n’est pas la meilleure solution pour alléger les liquidités de l’entreprise.

La prévoyance, un outil pour accroître son patrimoine 

La prévoyance professionnelle (2e pilier) est une solution qui offre des possibilités de valorisation du patrimoine considérables, aussi bien dans la partie surobligatoire que dans le domaine du libre passage.

Par exemple, dans le cadre d’un plan de prévoyance 1e (revenus annuels supérieurs à 126'900 francs), la stratégie d’investissement pour les avoirs de prévoyance peut être choisie en toute transparence dès lors que l’entreprise a opté pour une telle solution, du reste de plus en plus prisée. La quote-part d’actions maximale est de 50 %, le reste pouvant être investi en obligations, placements alternatifs et immobiliers. Cette solution permet de percevoir l’intégralité du rendement réalisé, mais fait également porter toute la responsabilité à l’assuré en cas de fluctuations du capital. D’ordinaire, l’introduction d’une telle solution implique un potentiel de rachat très élevé compte tenu des années de cotisations manquantes pour le salaire assuré en sus. Le rachat de ces lacunes de prévoyance peut être déduit intégralement du revenu imposable. 

Si, au lieu des dividendes, l’entrepreneur opte pour un salaire plus élevé qui est assuré par exemple dans le domaine surobligatoire LPP, dans le cadre d’un plan 1e, il peut prévoir des rachats simultanés des lacunes de cotisations sans incidence fiscale. Contrairement à l’imposition partielle des dividendes, le versement des liquidités inutiles à l’exploitation de l’entreprise n’est de facto pas soumis à l’impôt. En cas d’avoirs de libre passage disponible, il convient de prendre en considération les possibilités de planification en lien avec une éventuelle cessation d’activité anticipée ou un départ à l’étranger.

Conseil global

Pour pouvoir évaluer au cas par cas dans quelle mesure l’optimisation susmentionnée peut être mise en œuvre, une analyse globale s’impose. Il faut, d’une part, évaluer les liquidités disponibles de l’entreprise et, d’autre part, passer à la loupe la situation de personnelle l’entrepreneur. Trop d’entrepreneurs n’exploitent pas suffisamment les possibilités offertes par leur prévoyance, alors qu’elle offre des avantages considérables. Une gestion convergente des avoirs privés et de prévoyance, accompagnée d’une véritable expertise en matière d’investissement, permet d’accroître sa performance et de consolider son patrimoine à l’approche de la retraite. D’où l’importance d’un accompagnement global par un banquier privé.

Ce dernier, avec sa vision consolidée de la gestion du portefeuille personnel et celle du compte de prévoyance, va procéder aux arbitrages pour obtenir le meilleur rendement global après impôt. 

Cette stratégie de placement composée de différentes «poches d’investissement»  permettra d’allouer les produits en fonction de leurs dividendes ou de leur gain en capital avec pour objectif final, une ventilation efficiente des avoirs, selon leurs caractéristiques fiscales. L’analyse de chaque silo, fortune mobilière, immobilière et prévoyance, permettra de les optimiser individuellement pour in fine, harmoniser l’ensemble du patrimoine.

Pour ce faire, votre banquier doit pouvoir s’appuyer sur une plateforme technologique éprouvée afin de mettre en œuvre une politique d’investissement convergente entre les différentes poches. 

Performance nette après impôt

Il est évident que le cas de chaque entrepreneur est unique. Dès lors, il est important d’établir une planification financière globale afin d’identifier différents scénarios, avec leurs avantages et inconvénients, et de poser les bons jalons en vue du départ en retraite. La stratégie d’investissement globale répondant aux besoins personnels est ensuite choisie sur cette base. Par ailleurs, le but est d’atteindre un rendement net après impôt aussi élevé que possible.

Vu la complexité de ce thème, il est clair que seul un conseiller expérimenté, qui se consacre au patrimoine de la clientèle dans sa globalité et sait à quel point il est important de coordonner les différents instruments de placement, est capable de définir des solutions sur mesure pour les actifs et le capital de prévoyance.

* Banquier, Lombard Odier Lausanne





 
 
 

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