Pétrole: un marché mondial au fragile équilibre

mercredi, 24.10.2018

Le déport des prix à terme indique une raréfaction de l’offre qui pourrait s’accentuer du fait de l’embargo sur le pétrole iranien.

Nitesh Shah*

Nitesh Shah

Les courbes des contrats à terme sur le pétrole ont été en déport durant la majeure partie de l’année, ce qui a permis aux investisseurs d’obtenir une prime lors du renouvellement de leurs contrats, en plus des gains qu’ils ont réalisés sur les mouvements des prix au comptant du pétrole. Un investisseur aurait gagné 44% sur les cours et 9% de prime sur cette période en investissant dans une stratégie Brent** sur la période janvier à septembre 2018. Le déport s’explique par la perception que l’offre à court terme pourrait devenir moins abondante.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est en grande partie à l’origine de ce déport. Depuis janvier 2017, le cartel a limité l’offre en imposant des quotas de production  à ses membres et partenaires. Bien que ces quotas aient rarement été bien respectés par le passé, cela n’a pas été le cas  cette année. Cela s’explique en partie par l’implosion économique du Venezuela. La production du pays est en forte baisse, alors que les autres membres de l’OPEP n’ont, jusqu’à tout récemment, pas augmenté leur production.

La crainte d’une pénurie

À l’heure actuelle, nous estimons que le marché mondial du pétrole est équilibré mais, fragile. Car même si l’OPEP augmente sa production et que la production américaine de pétrole de schiste continue de croître, il suffirait d’un choc en Libye ou au Canada pour raviver la crainte d’une pénurie.

Les sanctions extraterritoriales des Etats-Unis contre l’Iran sont également une source potentielle de raréfaction de l’offre. Les Etats-Unis ont fixé à début novembre la date butoir pour que les différents pays appliquent l’embargo sur les importations de pétrole iranien. Sur la période 2016-2017, l’Iran a fortement contribué à la croissance de la production de l’OPEP mais, ces derniers mois, sa production a diminué. L’ampleur de cette réduction pourrait encore gagner en importance si les sanctions étaient  appliquées de manière stricte.

Les exportations iraniennes vers le Japon et l’Inde sont en recul. Et même si, à l’heure actuelle, nous partons de l’hypothèse que les autorités chinoises vont largement ignorer les sanctions américaines, la situation pourrait changer dès lors qu’un accord commercial avec les États-Unis impliquerait, comme condition préalable, l’application des sanctions. Par ailleurs, même en l’absence d’un accord commercial, les Etats-Unis ont le bras long: Sinopec, ce raffineur chinois contrôlé par l’Etat aurait en effet réduit ses importations de pétrole iranien à la suite à de pressions exercées par les Etats-Unis (précisons que Sinopec est coté aux bourses de Hong Kong et de New York). De plus, facteur aggravant, l’Iran pourrait bloquer le détroit d’Ormuz, couloir maritime stratégique de 63 kilomètres de large à l’extrémité des eaux du Golfe persique, ce qui aurait pour effet de réduire encore davantage l’approvisionnement mondial en pétrole.

Bien que l’OPEP soit très imprévisible, nous ne pensons pas qu’elle en vienne à supprimer les quotas comme cela a été le cas entre 2014 et 2016. Aucun de ses pays membres ne veut revenir à la situation de 2014, lorsque la chute des cours du pétrole a été si importante que la santé économique et financière des pays de l’OPEP s’est trouvée mise à mal. Etre spectateurs de la situation au Venezuela est déjà suffisamment pénible.

La principale source d’accroissement de l’offre est le pétrole léger de réservoirs étanches aux Etats-Unis. Mais son potentiel de développement se heurte à des obstacles. L’infrastructure devrait suivre le même rythme que la production. Et le fait que le WTI Midland se négocie à un prix tellement inférieur à celui du WTI Cushing, indique qu’il y a surabondance de production dans certaines régions et que cette dernière n’est pas acheminée assez rapidement sur les lieux où elle est demandée. Les contraintes liées à l’infrastructure pourraient ralentir le rythme auquel le pétrole de schiste américain pourrait contribuer à satisfaire les besoins mondiaux en pétrole.

**Calcul effectué en utilisant les performances de l’indice Bloomberg pour le Brent et le WTI ainsi que les prix des contrats à terme à un mois comme prix au comptant, pour l’année se terminant le 30 septembre 2018. Ce calcul étant basé sur l’indice et non sur le produit, il n’inclut pas les frais.

* Directeur, recherche, WisdomTree





 
 
 

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