Les actions comme refuge de rendement

mardi, 16.07.2019

L’analyse technique. Les taux vont rester au plancher pendant longtemps, on ne peut simplement plus se permettre l’inverse.

Serge Laedermann CMT*

En termes d’évaluation, les actions sont trop chères. Certes, nous n’avons pas à faire à une exagération déraisonnable, probablement 10%, mais la croissance des profits peine à justifier les prix pratiqués aujourd’hui. Par contre, si on ne considère les actions que sous l’angle du rendement, il faut bien se rendre compte que les sociétés de premier ordre, ce que nous appelons les Blue Chips, représentent de nos jours le seul actif procurant un revenu hors norme.

A cet égard, le marché suisse est dans une position parfaitement atypique. Les obligations ne rapportent plus rien ou presque, même si on tient compte des échéances longues, quant aux taux courts il faut même quelquefois débourser puisque les taux négatifs perdurent.

Cette étrangeté oblige les investisseurs à penser autrement. Peu importe les cours, ce qui compte est de percevoir un dividende quasiment assuré et souvent supérieur à 3%. Les assurances et autres fonds de pension n’ont pas trop le choix, pour assurer des taux techniques pratiquement irréalisables il est obligatoire d’investir dans ces titres de grande qualité.

Notre indice SMI est ainsi plus mû par la chasse aux rendements que par les perspectives bénéficiaires desdites sociétés, ce qui en fait une sorte d’instrument hybride comparable à une obligation convertible.

En Europe les situations sont très différentes d’une action à l’autre, mais les rendements élevés sont légion. Par exemple, la Société Générale paie un dividende constant de 2,20 euros depuis 2016 et cote 23 euros. Siemens a payé 3,80 euros dernièrement (en augmentation de 10 centimes par an), le prix de l’action avoisinant 100 euros. Ce qui signifie que pour la meilleure qualité il n’est pas rare de dépasser 4%, alors que les gouvernements empruntent gratuitement et même moins que ça dans le cas de l’Allemagne.

Le S&P 500 est par contre dans une situation fort différente. Le rendement des dividendes est de 1,86%, ce qui correspond peu ou prou aux taux courts jusqu’à 5 ans. La prochaine baisse du taux directeur de la Réserve fédérale à la fin de ce mois sera de ¼%, même si certains sont toujours scotchés sur leur prévision de ½%. Elle a peu de marge de manœuvre et Powell tient à garder quelques cartouches pour la suite.

Baisser les taux alors que le marché boursier est au plus haut n’est pas une première, mais la dernière fois que cela s’est produit nous n’étions pas encore dans ce siècle et les Etats-Unis n’étaient pas dans une situation de plein emploi.

Dans le monde d’aujourd’hui, la chasse au rendement conduit à des achats plus risqués tels que les marchés émergents et l’immobilier qui a littéralement explosé ces 10 dernières années. 

Où allons-nous? Il faut d’abord voir où nous ne voulons pas aller, c’est-à-dire dans un monde où les Etats approchent de la faillite, car obligés d’emprunter à des taux remontant la pente, une ascension destructrice dont ils ne se relèveraient pas. Nous participons bel et bien à une fuite en avant qui signifie que l’argent gratuit va demeurer longtemps, car nous n’avons pas le choix. Sinon c’est la fin du monde financier tel que nous l’avons connu avec une remise à plat complète du système et le biffage des dettes, au moins partiellement. C’est d’ailleurs la décision qu’il faudrait envisager dès aujourd’hui avant de percuter le mur. Avec un déficit budgétaire avoisinant 5% et une devise maintenue à un bas niveau, les Etats-Unis essaient de restimuler leur économie qui ralentit et ont pris résolument le chemin de la planche à billets grâce à une monnaie dont ils font ce qu’ils veulent.

La France de Macron, lassée du frein à main continuel tiré par les allemands, est aussi en train de mettre une croix sur la diminution de la dette en stimulant tous azimuts. Le président a bien compris que sans son pays l’Europe n’existe plus et il a décidé de se passer du grand voisin dans les décisions économiques. La nomination de Christine Lagarde est à cet égard primordiale. Un allemand à la tête du FMI eut été catastrophique. Certes Madame Lagarde est une tâcheronne à côté de Super Mario, mais c’est le moins mauvais choix. Il ne faut juste pas espérer qu’elle soit à la hauteur lors de situations cruciales. Rappelons-nous le quantitative easing du maestro à la barbe des Teutons et de sa phrase mythique «Whatever it takes» pour sauver l’économie du Vieux continent.

En vérité, nous avons eu de la chance depuis quelques années. Parce que sans Draghi et sans Macron, nous serions probablement en dépression avec des faillites à répétitions. La France est dans la situation la plus tendue, car la crédibilité du pays ne tient que sur les épaules d’un seul homme et que nous avons senti le vent du boulet avec Mélenchon et Le Pen. Tout est devenu fragile aujourd’hui et il faut espérer que Trump ne soit pas réélu pour stabiliser un environnement devenu extrêmement risqué. Comme pronostiqué ici il y a plusieurs mois, Kamala Harris sera la prochaine présidente des Etats-Unis, ce qui ne sera pas la panacée universelle mais déjà une très bonne chose de faite. Restons optimistes et concentrés sur notre fil d’équilibriste, en espérant ne pas être emportés par une bourrasque imprévue. De toute manière les bourrasques sont toujours imprévues. 

* Associé, GFA Geneva Financial Adviser





 
 
 

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