La correction boursière sur les actions était plus que prévisible

mardi, 14.05.2019

L’ANALYSE TECHNIQUE. Les indices boursiers butaient sur des niveaux qui annonçaient clairement une baisse imminente.

Serge Laedermann CMT*

La correction était inévitable, elle ne revêt donc aucune surprise. Les raisons techniques d’un futur repli marqué étaient évidentes et il ne fallait pas s’attendre à ce que le marché franchisse des niveaux de prix qualifiés de «riches et vulnérables» (l’Agefi du 20 mars) et «impossibles à effacer sans correction» (l’Agefi du 17 avril). 

Cette correction peut-elle se prolonger et si oui, jusqu’à quel niveau de support? Le problème d’un marché qui s’est étiré de la sorte est toujours le même: Il y a de la place en dessous pour baisser fortement! Sur le S&P 500 par exemple, la zone 2785-2805 représente un premier support sur lequel le marché tente de rebondir, et en cas de cassure il faudra s’attendre à un test des 2700 points. Il est assez probable qu’un rebond à 2850 se réalise ces prochains jours, dans un marché embarqué toutefois dans une tendance baissière à court terme.

L’indice DJ Europe 600 a réussi comme prévu à excéder de quelques points les 390 points (392.22 le 24 avril), mais ce plafond est tellement imposant que le reflux actuel est des plus classiques. Le support 370-372 favorise là aussi un rebond sur les 380 points à court terme, mais il faudra songer à une baisse sur les 360 points si le bas de lundi venait à céder. Notre SMI national a réussi un nouveau record historique le 3 mai à 9786 (on pouvait lire à ce moment-là que les 10.000 allaient être vaincus sans aucun doute très rapidement...), mais il a subi comme les autres les affres de cette douche plutôt glacée. 

Résistance infranchissable

Techniquement, il faut toujours comparer le SMI avec la situation des indices phares avant d’extrapoler sur des objectifs techniques. Comment penser que les actions suisses, si corrélées aux grandes capitalisations mondiales, allaient continuer de progresser sans tenir compte de la détérioration observée sur le S&P 500 et le DAX, par exemple? 

La situation sur l’indice allemand est d’ailleurs intéressante, car l’objectif baissier activé par la formation Head & Shoulders construite entre avril 2017 et octobre 2018 était situé à 10.285. Il est remarquable de constater que cet objectif baissier a été atteint le 27 décembre avec un plus bas à... 10.279.20. Cette année le rebond s’est étiré jusqu’à 12.435 points (3 mai), au cœur d’une résistance pour le moment quasi infranchissable, tant elle est imposante. Le repli actuel pourrait bien s’étendre jusqu’à la zone support 11.400-11.600, soit quelques 3-4% en dessous des cours actuels. Il semble qu’il s’agisse du risque dominant à un horizon d’un mois environ, et une zone dans laquelle le marché pourra se stabiliser et reconstruire un schéma haussier. Beaucoup de chiffres et de dialogue technique dans cet article, mais la situation actuelle l’exige.

Uber, avec laquelle je n’ai pas été tendre le mois dernier, vient donc d’entrer en bourse et pas de la meilleure des manières. Dame, pour une société qui va tout droit à la faillite, 37 dollars c’est encore bien cher! Un mot aussi sur la fameuse AMS dont je ne résiste pas à résumer les épisodes précédents. Janvier 2018, tous les analystes sont positifs, les objectifs haussiers s’échelonnent entre 100 et 115 francs. Janvier 2019, les analystes sont tous négatifs, objectifs baissiers articulés entre 16 et 20 francs. C’est précisément à ce moment-là que votre Serviteur a estimé que le risque baissier était minime et qu’il convenait d’investir (l’Agefi du 18 janvier). Aujourd’hui elle vaut 43 francs et ce qui devient un peu alarmant est que ces mêmes analystes (et dans leur écrasante majorité) estiment maintenant que l’action devrait monter au moins à 50 francs, voire 54-56, certains n’hésitant pas à parler de 60! La sagesse donc est de se délester de l’action à 50 francs, ou au moins de la moitié si les objectifs continuent à monter. 

Je l’ai dit ici à maintes reprises, fiez-vous à votre propre bon sens, le plus sûr moyen de perdre de l’argent en bourse étant de se fier aux spécialistes!

Un mot pour terminer sur ces entreprises européennes qui continuent à acheter des firmes américaines, nonobstant les déboires colossaux que cela implique invariablement à long terme, les exemples se comptent par dizaines. Bayer a voulu donc racheter Monsanto en 2016 (rachat officiel juin 2018) et fait face aujourd’hui à quelques 13.400 plaintes sur le Roundup. Comme un jury a demandé au représentant de la firme de boire ce liquide afin de prouver que le produit est sans danger et que celui-ci ne s’est pas exécuté, un petit couple s’est vu octroyer la petite somme de 2 milliards de dollars! 

Premières lampées du calice

Vous pouvez en être sûrs, maintenant que ce fleuron européen créé en 1863 s’est mis dans ce pétrin, il sera compliqué d’éviter la faillite. Le cours de l’action culminait à 145 euros en 2015, nous en sommes à 55 euros aujourd’hui et il est probable qu’il ne s’agisse que des premières lampées du calice.

Vous souvenez-vous de la défunte Sulzer Medica, le fleuron helvétique de la hanche, démantelé après avoir dû verser 1,6 milliards de dollars après le rachat d’une boîte américaine et les plaintes de 132 patients de cette même boîte?

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser





 
 
 

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