Brexit: une défaite favorable aux actions

jeudi, 17.01.2019

L’analyse technique. La large déconvenue de la première ministre britannique Theresa May ouvre l’horizon à un report et à d’autres solutions positives.

Serge Laedermann CMT*

C’est un paradoxe, mais l’échec cuisant essuyé par la première ministre permet d’envisager d’autres approches qui s’avèrent en grande majorité favorables pour les actions européennes.

Le report de l’application du fameux article 50 à une date ultérieure n’est plus une probabilité, c’est devenu quasiment une certitude. Une extension de 3 mois offre par exemple la possibilité d’organiser un 2e référendum (éventuellement sur 2 questions, rester et/ou adopter l’accord), une «solution» qui recueille presque 50% de chances chez les bookies. Il y a évidemment aussi le départ possible de la PM et de nouvelles élections. 

Dans ces conditions, un Brexit sec et dur au 29 mars semble vraiment fort peu probable. Ce scénario est bien entendu favorable aux actions européennes pour 2019 qui se traitent à des prix sous-évalués historiquement parlant.

Puisque nous sommes sur le terrain politique, regardons un peu de l’autre côté de l’Atlantique. A part la farce continuelle que nous servent les américains avec le plafond de la dette et le chantage du shutdown, comédies qui ne les gênent pas d’imprimer de la monnaie à tire-larigot et de cumuler désormais 5% de déficit du PIB, il faut se rendre compte que Trump a de moins en moins de chances d’être réélu en 2020. S’il sera sans doute le nominé des Républicains, son rival Démocrate sera probablement le prochain président. 

Talon d’Achille

A ce propos, je trouve assez incroyable que tous ces pseudo-spécialistes des Etats-Unis qui élucubrent sur nos chaînes soient autant à côté de la plaque. On nous parle des caciques du parti (Pelosi, Warren et Biden) en omettant les 2 seuls adversaires capables de battre l’affreux Trump, j’ai nommé Beto O’Rourke et surtout Kamala Harris. Si vous voulez faire des sous, pariez sur cette femme qui sera la première femme présidente. Procureure générale de Californie, sénatrice, une mère indienne physicienne et un père jamaïcain professeur d’université, elle coche toutes les cases. Cette femme, c’est Obama 2.0 et elle va être le cauchemar de Donald!

Puisque l’économie n’est pas le problème actuel des actions, il convient d’examiner également le phénomène France, véritable talon d’Achille de la construction européenne. Avec 55% d’électeurs ayant voté pour des extrémistes lors de la dernière élection présidentielle, le pays s’est offert un répit et a maintenu une véritable crédibilité avec Emmanuel Macron. Les taux français sont ainsi restés bas et l’écart OAT/Bund est toujours stable aux environ de 50 points de base. Las, ses prédécesseurs ont tellement repoussé les réformes indispensables (et donc impopulaires) pour être réélus, que la France est aujourd’hui «à la ramasse» sur pratiquement tous les fronts. Avec le salaire minimum  le plus haut de la Communauté (Le Luxembourg et l’Irlande constituant des cas bien à part), un Social hyper développé comme nulle part ailleurs, le jeune Président fait face désormais à ceux qui estiment que tout est naturellement dû en bossant le moins possible. 

Ce pays est pourri par des mentalités héritées de deux septennats socialistes où le rasage gratis était érigé en religion, et des gouvernements de droite laxistes, plus soucieux de leurs privilèges que de la santé future de la Nation. Mais l’addition est bien là et elle va être salée. Tant que Macron tient les rênes, jusqu’en 2022, l’illusion d’une certaine stabilité peut perdurer. Si par malheur un extrémiste gagne la prochaine élection, vous pouvez tirer la trappe, ça sera un cataclysme. 

Nous en sommes là et traduit en performance boursière, cette année 2019 ne s’annonce donc peut-être pas si mal que ça! Après tout, à la même date l’année dernière tous les grands spécialistes nous prédisaient une année tranquille et haussière, alors maintenant qu’ils nous prédisent de bien mauvaises choses, il convient de voir le verre à moitié plein.

Comme échantillon du timing lamentable et chronique distillé par les «sachants», je choisis l’action AMS, active dans les semi-conducteurs et cotée à la bourse suisse. Janvier 2018: Que des rating Buy, objectifs haussiers entre 100 et 150. Janvier 2019: Que des Sell ou Hold (le rating donné quand on met la tête dans le sable), objectifs entre 16 et 20 et ce pour la grande majorité des analystes. Lorsqu’on en arrive là, vous pouvez être sûr que le risque baissier est minime et que vous pouvez commencer à investir.

La tête dans le sable

Techniquement, les indices ont plongé bien en dessous de leur Fair Value pour Noël, avant de rebondir bien en dessus depuis le début de l’année. L’environnement est certes fragile, mais c’est aussi lors de ces moments chauds que les meilleures opportunités se font jour. Il faut mettre à profit ces moments de panique pour acquérir les actions que nous connaissons et qui sont temporairement beaucoup trop pénalisées par l’ambiance délétère qui domine lors de ces fortes déprimes. 

Nous ne sommes pas prêts de rentrer en récession, l’économie fonctionne bien et si la géopolitique nous laisse un peu respirer pendant quelques mois, les profits peuvent s’avérer spectaculaires.

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser





 
 
 

AGEFI

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