Taux US à 10 ans: 3,30% à court terme

mercredi, 19.09.2018

L’ANALYSE TECHNIQUE. La détérioration du marché obligataire va brusquement s’accélérer au cours de ce dernier trimestre.

SERGE LAEDERMANN CMT*

"Le seul qui a pu intelligemment berner Merkel & Cie, c’est bien sûr Super Mario et ses rachats massifs d’obligations." (Keystone)

Nous avons assisté il y a un mois à une détente inattendue sur le rendement des T-Notes à 10 ans. En effet, de 3,01% le 1er août alors que nos cervelas grillaient à la lumière des lampions, ce rendement s’est détendu jusqu’à 2,81% le 22 août dernier, au même moment où la Réserve Fédérale poursuivait mécaniquement son resserrement monétaire.

Quelles que soient les raisons de cette volatilité, nous avons eu ces derniers jours la confirmation technique qu’une forte hausse des taux est probable pour ces prochaines semaines. Nous devrions toucher au minimum 3,30% d’ici fin novembre, éventuellement en décembre, mais en tout cas cette année encore. La percée vers le haut réalisée le 11 septembre ne laisse que peu de chances à une stabilisation et encore moins à un repli.

Le marché rencontrera certainement une résistance à l’approche du plus haut réalisé le 17 mai dernier à 3,11%, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis juillet 2011! Mais après le test de ce bastion qui peut provoquer un petit retour en arrière et faire illusion quelques temps, nous assisterons à une poussée qui fera voler en éclat ce plafond. 

Quid des obligations européennes? Le passé récent démontre que nous emboîtons le pas des américains, mais avec une plus faible amplitude. Lors de la hausse des rendements en dollars du mois de mai, les taux en euros se sont également tendu, même si cela fut dans l’ensemble assez contenu. Nous allons donc probablement assister au même phénomène, avec à la clé une chute d’environ 3% sur les cours à 10 ans.

A la rescousse d’une économie en danger 

Pas de quoi fouetter un chat? Peut-être. Mais la normalisation qui s’installe petit à petit aux Etats-Unis sur fond de croissance et plein emploi peut fort bien entraîner l’Europe avec elle. Le problème étant que dans la zone euro, nous n’avons pas la même croissance et encore moins le même taux de chômage.

En augmentant les taux de manière régulière et (trop) prévisible, la Réserve Fédérale se ménage un début de marge de manoeuvre en cas de retournement économique, une marge que la BCE n’a pas et n’est pas prête d’avoir. Avec des taux toujours collés à zéro, quels seront ses outils le jour où il faudra venir à la rescousse d’une économie en danger? Mario Draghi a été le véritable sauveur du Continent et le constat est simple: Il n’y avait aucun autre choix possible et monétairement la situation actuelle ne pouvait être évitée. Enfin presque…

Le vrai problème de l’Euro, c’est l’Allemagne. Elle profite depuis la création de la monnaie unique d’un paradigme incroyable. En adoptant une monnaie trop faible par rapport à son économie, elle a récolté tous les bénéfices d’un pays effectuant une dévaluation compétitive, tout en étant protégée par cette même devise devenue fort respectable et solide. Le beurre et l’argent du beurre en somme.

Absents de toute idée constructive 

Evidemment, le fait de proposer aujourd’hui un nouveau projet européen capable de relancer un Vieux Continent à la traîne ne l’intéresse pas. Les allemands ont été brillamment absents de toute idée constructive en période de crise, et s’ils se sont résigné la mort dans l’âme à ouvrir leur porte-monnaie dans le cas grec, c’est le couteau sous la gorge avec la peur que tout l’édifice s’écroule. Mais ne comptez pas sur eux pour accorder quelques largesses aux pays en difficultés budgétaires, c’est simplement hors de question. Cet immobilisme, cet égoïsme même, est destructeur car sans nouveau projet européen le Vieux Continent ne peut que régresser et voir arriver au pouvoir de plus en plus de gouvernements à tendances nationalistes défiant Bruxelles. Le seul qui a pu intelligemment berner Merkel & Cie, c’est bien sûr Super Mario et ses rachats massifs d’obligations qui ont véritablement évité une récession.

L’Allemagne est le fardeau de l’Europe

Maintenant que ce mouvement d’annulation des dettes, appelons les choses par leur nom, arrive à son terme (sous la pression allemande), il sera bien difficile de réutiliser la même stratégie dans le futur. L’Allemagne est le fardeau de l’Europe, et pour aller dans le sens du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, si la zone euro décide que le seul moyen de continuer passe par la création d’eurobonds garantis par la Communauté Européenne (le seul moyen de s’en sortir en fait) et que l’Allemagne continue à en rejeter l’idée, alors le pire est à craindre et la logique voudrait qu’elle quitte l’Union. Si le cas reste théorique et pas prêt d’être mis sur la table, nous allons quand même inéluctablement arriver à la situation où il faudra faire plier Berlin en leur faisant comprendre que s’ils persistent dans leur entêtement, nous sombrerons tous et eux avec. De toute manière, avec des bornés si proches de leurs sous, c’est le seul dialogue possible et la psychothérapie distillée par Macron à la Chancelière devrait à la longue donner quelques fruits. Du moins espérons-le vivement, le problème étant qu’elle n’en a plus pour longtemps à gouverner.

L’Europe est enlisée et avec des Britanniques qui ne persistent à négocier le Brexit qu’avec eux-mêmes, l’horizon n’est pas bleu.

*Associé, GFA Geneva Financial Adviser





 
 
 

AGEFI

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