El Niño: son impact sur les cours des matières premières agricoles

mercredi, 20.02.2019

La survenance de ce phénomène climatique incite à être haussier sur le sucre, le cacao et le blé et baissier sur le soja, le maïs et le café arabica.

Nitesh Shah*

El Niño, phénomène climatique qui se produit dans l’océan Pacifique, influence les régimes climatiques du monde entier et, par conséquent, la production agricole. Bien que ce phénomène puisse avoir un effet important sur les cours des matières premières agricoles, son impact spécifique sur le cours d’une matière première donnée dépendra de son amplitude et de la période à laquelle il se produit, ainsi que de facteurs tels que la localisation des cultures et le degré de préparation des agriculteurs à la survenue de conditions extrêmes.

Intensité réduite

Cette année, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) prévoit, avec une probabilité de 82%, la survenue d’El Niño durant l’hiver dans l’hémisphère Nord. Ce phénomène pourrait se prolonger jusqu’au printemps, quoiqu’avec une intensité réduite. Ayant montré que c’est lors de phase de croissance reproductive qu’El Niño tend à avoir l’impact le plus marqué sur le rendement des cultures, ce dernier pouvant être favorable ou défavorable, nous avons évalué son impact possible durant cette phase.

En ce qui concerne le soja, le Brésil et l’Argentine, qui fournissent ensemble près de la moitié de la production mondiale de cette céréale, devraient connaître des conditions de croissance favorisées par El Niño, tandis que l’Inde (environ 4% de la production mondiale) sera affectée négativement. Dans l’ensemble, l’influence d’El Niño sur les cours du soja sera donc probablement négative. 

Pour ce qui est du blé, l’Australie (4% de la production mondiale) pourrait faire face à un temps sec si El Niño se déclare. Toutefois, une grande partie de la récolte de blé étant terminée à la mi-janvier, son impact sera limité, voire légèrement haussier. 

Les effets d’El Niño sur le maïs sont moins importants. Ils  pourraient néanmoins être relativement favorables aux conditions de croissance en Amérique du Sud et dans certaines parties de l’Australie, ce qui pèserait donc légèrement sur les cours de la céréale.

Régimes «téléconnectés» 

El Niño n’a pas d’impact direct sur les conditions météorologiques des principales régions cacaoyères d’Afrique qui fournissent 70% de la production mondiale. Cependant, le changement des régimes climatiques qu’il induit ailleurs peut affecter l’Afrique par le biais des régimes «téléconnectés» (cf. International Institute for Climate and Society). L’Indonésie (10% de la production mondiale de cacao) sera la plus directement touchée. Le temps sec et chaud en Indonésie pourrait faire grimper les cours de la matière première. Globalement, l’effet d’El Niño serait donc légèrement haussier pour le cacao.

Pour ce qui est du café, la production d’arabica est fortement concentrée au Brésil, en Amérique centrale, au Mexique et en Colombie. La plus grande partie du café dans ces régions sera en phase de croissance reproductive. On pourrait donc assister à un choc positif pour la production, qui avait déjà atteint un niveau record en 2018. Les cours du café pourraient donc subir une pression à la baisse.

La production de sucre est fortement concentrée en Inde et dans les régions de Sao Paulo et du Centre-Sud du Brésil. Les deux pays pourraient connaître des précipitations inférieures à la normale lors d’un épisode El Niño. Par conséquent, des conditions plus sèches pourraient faire grimper les cours.

De nombreux facteurs

L’analyse qui précède repose uniquement sur les impacts possibles d’El Niño. Elle ne tient pas compte des nombreux autres facteurs susceptibles d’influencer les rendements. De plus, il est difficile de prévoir à long terme le niveau de la production de matières premières agricoles. Nous ignorons par exemple à l’heure actuelle quelle est la situation au niveau des ensemencements. Et même dans le cas des matières premières comme le café, le cacao et le sucre, qui ne sont que partiellement replantées chaque année, il peut y avoir d’autres facteurs qui agissent sur le rendement (maladies, autres phénomènes météorologiques, taux de change).  

Si l’on examine les différents épisodes d’El Niño par le passé, force est de constater que leur impact sur les cours des matières premières agricoles n’a pas été constant. Toutefois, l’analyse ci-dessus offre un certain nombre de repères qui permettent d’évaluer les conséquences possibles d’un événement tel qu’El Niño.

*Responsable de la recherche, WisdomTree





 
 
 

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