Les pays émergents, à nouveau locomotive de la croissance mondiale?

jeudi, 23.05.2019

La stabilisation de l’économie chinoise et une politique monétaire accommodante ravivent l’intérêt des investisseurs pour ces marchés.

Josipa Markovic*

La croissance dans les pays émergents n’est pas seulement une conséquence de leur puissance économique, mais dépend aussi fortement de facteurs macro-économiques internationaux, comme l’évolution du dollar, les taux directeurs de la Réserve fédérale américaine et la situation géopolitique. Dans l’environnement actuel, les pays émergents ont-ils le potentiel pour devenir à nouveau la locomotive de la croissance mondiale?

Un contexte extérieur nettement favorable

Après un exercice 2018 très compliquée pour les pays émergents, le contexte extérieur s’est nettement amélioré depuis le début de cette année. La Réserve fédérale américaine (Fed) se détourne d’un durcissement de sa politique monétaire et adopte un ton nettement plus mesuré.

Cet assouplissement, couplé aux taux d’inflation des pays émergents, qui évoluent principalement dans la fourchette cible fixée par les banques centrales (à l’exception de la Turquie ainis que de l’Argentine) permet aux pays émergents d’assouplir à leur tour leur politique monétaire et d’annuler une partie des hausses de taux pratiquées l’année dernière. A son tour, cette tactique devrait stimuler la conjoncture.

La bonne surprise de l’économie chinoise

En Chine, le plus grand marché émergent de la planète, les premiers indicateurs pointent une stabilisation du ralentissement de l’économie. Au premier trimestre 2019, le produit intérieur brut chinois a gagné 6,4% par rapport à l’année précédente, dépassant les prévisions de nombreux analystes. En mars et pour la première fois en quatre mois, l’indice des directeurs d’achat dans l’industrie (Purchasing Managers Index, PMI) est repassé au-dessus du seuil de croissance des 50 points. Ce rétablissement a entraîné les PMI d’autres pays émergents dans son sillage, notamment ceux de l’espace asiatique. Ainsi, pour la première fois depuis l’exercice 2013, le PMI agrégé des marchés émergents dépasse celui des pays industrialisés.

Le Fonds monétaire international prévoit donc un ralentissement de la croissance économique pour l’exercice 2019 à 1,8% dans les pays industrialisés, tandis que du côté des pays émergents asiatiques, elle est attendue à 6,3%.

Une stabilisation plutôt qu’une reprise

Enfin, une stabilisation de l’économie chinoise devrait stimuler la croissance d’autres pays qui lui sont liés par le commerce. Toutefois, le plan de relance des autorités chinoises ne se traduit pas encore dans les données économiques réelles de ses partenaires commerciaux. C’est un signe que les mesures actuelles auront des effets moins marqués sur la conjoncture d’autres économies. Contrairement au plan de relance déployé lors de la dernière grande crise financière de 2008/2009, le dernier adopté par Pékin est bien plus modéré, ciblé et tourné vers la consommation intérieure. Certes, cette forme de stimulation devrait avoir un effet positif au cours du second semestre sur d’autres économies, mais elle servira plutôt une stabilisation qu’une reprise conjoncturelle franche.

Le conflit commercial, facteur de risque majeur

Les tensions ravivées dans le conflit commercial opposant les Etats-Unis à la Chine constituent le facteur de risque le plus important. On peut espérer que le récent relèvement des tarifs douaniers de 10% à 25% sur les produits chinois, d’une valeur de 200 milliards de dollars, ainsi que la menace de les étendre à la quasi-totalité des importations chinoises, à hauteur d’environ 500 milliards de dollars, ne constituent qu’une tactique de négociation de la part du président américain, visant à mettre une forte pression sur la Chine et à parvenir en fin de compte à un accord de sortie de crise plus favorable.

Cela étant, une escalade des tarifs douaniers et une rupture des négociations entre les deux premières puissances commerciales mondiales ne sont pas à exclure à l’heure actuelle. Une telle évolution aurait des conséquences négatives directes sur l’économie d’exportation chinoise. Parallèlement, le conflit est source d’incertitude chez les investisseurs et restreint le volume d’investissement. Cette réalité peut potentiellement ralentir la croissance, non seulement en Chine et dans les pays émergents, mais aussi la conjoncture mondiale, dont la dynamique est déjà faible sans cela.

* Economist Emerging Markets, Swiss Life Asset Managers





 
 
 

AGEFI

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