Chute des cours boursiers: faut-il s’inquiéter?

vendredi, 09.02.2018

La récente agitation boursière est-elle seulement une tempête dans un verre d’eau, ou davantage? À quoi les investisseurs doivent-ils faire particulièrement attention pendant cette période?

Burkhard Varnholt, CIO Swiss Universal Bank/Deputy Gobal CIO

Les rendements excédentaires des actions et des obligations depuis 2000 compensent les risques d’orages boursiers pour les investisseurs.

«On ne peut pas prédire ce que va faire une action... à court terme, mais on peut prédire que des entreprises se développeront bien au fil du temps.»
Warren Buffett

«Ils l’appellent un lundi orageux, mais mardi est tout aussi mauvais.
Mercredi est encore pire; jeudi terriblement triste.
L’aigle s’envole vendredi, et je sors samedi pour jouer...»
Eric Clapton – «Stormy Monday Blues»


La chanson d’Eric Clapton intitulée «Stormy Monday Blues» (déprime d’un lundi orageux) se fait l’écho de l’expérience intemporelle d’une semaine exécrable. L’année dernière, j’ai expliqué que la hausse continue des marchés boursiers depuis 2009 avait été interrompue par 47 crises de panique au total. La dégringolade des derniers jours est-elle la 48e ou s’agit-il d’un tournant?

Les médias insufflent déjà la crainte d’une répétition du «lundi noir» de 1987 ou de la crise financière de 2008. Alors, à quoi les investisseurs doivent-ils s’attendre? Le Credit Suisse Global CIO Note de Michael Strobaek et le rapport actuel de notre Comité de placement relativisent la situation et expliquent pourquoi la correction des derniers jours ne constitue pas un tournant mais pourrait peut-être même se révéler bénéfique à long terme. Une comparaison réalisée sur une période prolongée met également en évidence que le récent recul des marchés ne doit pas inquiéter.

Déraillement?

La comparaison avec le «lundi noir» de 1987, si tant est qu’on puisse la faire, semble moins structurée que celle avec la crise financière de 2008. En effet, en 1987, nous avions connu une correction endogène, tandis que la faillite de Lehman le lundi 15 septembre 2008 avait déclenché une crise exogène. Le «lundi noir» de 1987 était survenu de manière soudaine et s’était évanoui tout aussi vite. Les systèmes de négoce automatique avaient, comme cette semaine, mis de l’huile sur le feu. Par la suite, ils avaient accéléré le redressement des cours. Pourtant, les fondamentaux de l’époque étaient parfaitement d’équerre, en rétrospective tout au moins.

Il en est allé différemment en 2008: les choses déraillaient depuis longtemps déjà
lorsque la banque d’investissement américaine Lehman Brothers a annoncé son insolvabilité. Au même moment, la crise hypothécaire aux États-Unis a dégénéré en une crise bancaire nationale puis internationale. Dans le monde entier, des gouvernements ont dû sauver des banques et des compagnies d’assurance. Outre-Atlantique, par peur de la déflation, les taux directeurs ont été abaissés de cinq points de pourcentage en l’espace de six semaines seulement! Pourtant, le dollar est resté solide. Ce n’est qu’en 2009 que les marchés financiers ont commencé à entrevoir la fin de la récession du siècle. Actuellement néanmoins, la situation économique mondiale se présente de manière inverse à certains égards.

Du déjà vu?

Les parallèles entre les circonstances actuelles et celles de 1987 vont de la réforme fiscale au changement de direction de la Réserve fédérale en passant par la dynamique des taux d’intérêt, des monnaies et de la conjoncture. Le président américain Ronald Reagan avait adopté sa grande réforme fiscale en 1986, mais elle avait failli échouer peu avant le «lundi noir».

Comme aujourd’hui, un nouveau président avait été nommé à la tête de la Fed. Il s’agissait d’Alan Greenspan qui, parmi ses premières mesures, avait procédé à un relèvement prudent des taux au vu de la croissance dynamique de l’économie. De même qu’actuellement, la crainte de l’inflation, d’un affaiblissement du dollar et d’un déficit de la balance commerciale américaine avait dopé les rendements à dix ans. En 1987, ceux-ci avaient progressé de 7,2% à 10,2%, ce qui, sur une base relative du moins, est comparable à la récente hausse
de 1,6% à 2,8%.

Le «lundi noir», l’indice Dow Jones avait perdu plus de 500 points sans crier gare, ce qui correspond à la moitié «seulement» de la baisse de mercredi dernier, mais représente une chute cinq fois plus importante sur une base relative, à savoir un recul de 22%. Alors, lesquels de ces parallèles sont pertinents? Il y en a deux: le rôle des systèmes de négoce automatique en premier lieu, et le débat naissant sur l’inflation en deuxième lieu.

Qu’est-ce que l’inflation et le dentifrice ont en commun?

On relève un paradoxe: une croissance trop forte peut-elle être néfaste? Quand la
croissance crée-t-elle de l’inflation? Et quelles pourraient être les conséquences de
l’inflation pour les investisseurs? «L’inflation présente le même inconvénient que le dentifrice» a expliqué il y a une trentaine d’années Karl-Otto Pöhl, ex-président de la Banque fédérale d’Allemagne, «une fois sortie du tube, il est difficile de l’y remettre». Je n’ai jamais oublié son avertissement.

«L’inflation présente le même inconvénient que le dentifrice, une fois sortie du tube, il est difficile de l’y remettre»

Mais dans quelle mesure le risque d’inflation est-il réel? Des forces cycliques temporaires ne luttent-elles pas avec des forces structurelles? Or, sur le plan structurel, il existe de nombreux facteurs qui s’opposent à l’inflation, notamment la numérisation, la mondialisation, les gains de productivité, les réserves de main-d’oeuvre et l’absence de salaires indexés sur l’inflation. Néanmoins, sur le plan cyclique, on ne peut pas ignorer une pression inflationniste isolée, qui n’est probablement que temporaire. Pourtant, aux États-Unis en particulier, la baisse des impôts, l’augmentation des dépenses publiques et le déficit croissant de la balance commerciale dans un contexte d’affaiblissement du dollar ont un impact inflationniste compte tenu du dynamisme conjoncturel. Mais de telles évolutions se corrigent généralement d’elles-mêmes, et il semble improbable que la fourchette d’inflation ciblée par la politique monétaire puisse être dépassée de manière durable.

Alors, qu’est-ce que la hausse modérée de l’inflation visée par la politique monétaire depuis plusieurs années signifierait pour les actions? Il y a fort à parier qu’elle leur conférerait un nouvel élan une fois la tempête actuelle apaisée. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, une inflation modérée augmente la probabilité que les investisseurs procèdent à des remaniements en faveur des actions, aux dépens des obligations. Deuxièmement, une élévation des taux d’intérêt fait mathématiquement baisser la valeur actualisée des pensions de retraite futures. Or cet effet augmente la propension au risque des institutions de prévoyance, lesquelles devraient accroître la part des actions dans leurs portefeuilles. Troisièmement, une inflation modérée soutient les branches ayant des engagements élevés, comme le secteur financier. Nous avons adopté un avis positif à l’égard de ce dernier lors de la récente réunion du Comité de placement du Credit Suisse.

Qu’est-ce qui se maintient? Qu’est-ce qui change?

Pour être bref, je dirai que l’économie mondiale reste robuste. L’inflation semble être d’une nature plus cyclique que structurelle. Pour l’exprimer simplement, elle finira par n’être plus qu’un vieux souvenir, tout comme la 48 e crise de panique actuelle. La technologie stimule la productivité et les investissements. La consommation mondiale paraît demeurer stable. Les valorisations des actions sont modérées par rapport à celles des obligations et même bien souvent inférieures aux niveaux d’il y a douze mois en termes absolus.

Il y a autre chose qui ne change pas non plus, ce sont les qualités de notre processus de placement: focalisation, rigueur et prudence. En effet, un processus de placement solide dégage durablement davantage de rendement que s’il s’alignait sur les tendances à court terme. Warren Buffett l’a parfaitement résumé: «Price is what you pay, value is what you get» (le prix, c’est ce que vous payez, la valeur, c’est ce que vous obtenez). Nos mandats le confirment – par beau temps comme par mauvais temps.

Qu’est-ce qui change? Les secteurs à forte efficacité du capital tels que les banques et les assurances tirent profit de la hausse modérée des taux d’intérêt, tandis que les branches dont les capitaux sont fortement immobilisés en souffrent. Des propriétaires immobiliers vont peut-être opter pour des taux hypothécaires fixes. Pour l’instant néanmoins, la hausse de la volatilité offre surtout de nouvelles possibilités de placement dans les produits structurés. Mais les marchés boursiers vont se redresser, et les investisseurs «se mettront en quête de bonnes affaires», se souvenant alors de la devise asiatique: «La nuit est la plus sombre avant le lever du soleil».

 

 





 
 
 

AGEFI




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