Il est urgent d’attendre pour la BCE

lundi, 15.04.2019

La Banque centrale européenne se laisse la possibilité d’un rebond de la conjoncture au deuxième trimestre, et patiente avant de se montrer encore plus accommodante.

Olivier de Berranger*

Olivier de Berranger

Après un début de mois en fanfare, les marchés actions clôturent proches de l’équilibre une semaine dominée par un seul mot: attentisme.

Attentisme sur la question du Brexit d’abord

Malgré le scepticisme de la France, les chefs d’Etats et de gouvernements de l’Union européenne ont décidé d’accorder au Royaume-Uni un report flexible de la date du Brexit. Alors que Donald Tusk, président du Conseil européen, avait proposé un report pouvant aller jusqu’à 12 mois, c’est finalement un délai de 6 mois maximum – soit jusqu’au 31 octobre – qui a été accordé. 

Seule contrepartie demandée par l’Union européenne: l’organisation par le Royaume-Uni d’un scrutin pour les élections européennes. Trois scénarios restent ainsi sur la table: une adoption sans renégociation de l’accord conclu en novembre dernier, un abandon de l’article 50 et donc le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne, ou un hard Brexit le 31 octobre. 

Ce report, attendu après la proposition de Donald Tusk la semaine précédente, a le mérite d’éviter une progression de date butoir en date butoir mais ne permet pas d’avancée significative.

Attentisme du côté de la BCE ensuite

A l’issue de la dernière réunion de la banque centrale mercredi, son président a fait preuve d’une prudence sémantique aux limites de l’exercice de style. 

Alors que les investisseurs espéraient qu’il donne davantage de précisions sur les nouvelles opérations de refinancement à long terme des banques (TLTRO 3), Mario Draghi s’est contenté de renvoyer à la prochaine réunion la définition de ces modalités. Tout au plus a-t-il précisé qu’elles dépendraient de l’évolution des prêts au secteur privé et des perspectives économiques. Rien de nouveau, donc. 

Quant à la mesure visant à atténuer les effets néfastes des taux d’intérêts négatifs sur le secteur bancaire évoquée auparavant par la presse, elle n’a pas non plus été discutée. 

Mario Draghi s’est même ingénié à ne pas prononcer le terme de «tiering», qui désigne la possibilité pour les banques d’être exemptées de payer un taux de 0,40% par an à la BCE sur une partie de leurs liquidités excédentaires. 

En résumé, comme il l’a lui-même affirmé, cette réunion avait pour objet l’analyse des perspectives économiques et non une quelconque prise de décision. Autrement dit, la Banque centrale européenne se laisse la possibilité d’un rebond de la conjoncture au deuxième trimestre, et patiente avant de se montrer encore plus accommodante.

Attentisme du côté des marchés, enfin

La semaine n’a pourtant pas été avare en actualités sur les fronts de la macroéconomie, de la (géo)politique et des banques centrales. Mais la saison des résultats d’entreprises, qui s’est ouverte vendredi avec les publications des banques américaines JP Morgan et Wells Fargo, invite à une certaine prudence. D’une part, les anticipations de BPA ont été nettement revues à la baisse au cours des dernières semaines. D’autre part, les investisseurs chercheront à déceler dans les publications des banques américaines, qui ouvrent le bal des résultats du premier trimestre, des indications sur les risques de récession aux Etats-Unis et notamment sur le niveau des taux de défauts sur les prêts (à la consommation en particulier).

Un attentisme généralisé donc, mais qui surprend peu, alors que les grands indices actions mondiaux affichent quasiment tous une progression à deux chiffres depuis le début de l’année.

 

LVMH, un premier trimestre de l’exercice au-delà des attentes

LVMH a publié au titre du premier trimestre 2019 un chiffre d’affaires qui dépasse nettement les attentes, et auquel ont contribué toutes les activités du groupe.

A +11%, contre +8,8% attendu, la croissance organique au premier trimestre a notamment été tirée par les très bonnes performances des divisions Mode & Maroquinerie (+15%) et Vins & Spiritueux (+9%), qui représentent 75% des profits du groupe et dont les marges dépassent celles des autres activités. 

La division Parfums & Cosmétiques reste sur une tendance positive avec une croissance de +9% - même si celle-ci est plus faible qu’attendue. Enfin, la distribution sélective (DFS et Sephora) a vu une amélioration de sa croissance. Seuls les résultats de la division Montres et Joaillerie sont ressortis en-dessous des attentes. 

LVMH a évoqué plusieurs éléments positifs parmi lesquels l’amélioration de son réseau de distribution, avec des ouvertures de magasins à Florence, Londres, Monaco et Shanghai. Un sujet attendu était celui de la répartition géographique de la croissance des ventes, sur fond d’inquiétudes sur la croissance chinoise. Avec une croissance des ventes de +17%, la zone Asie hors Japon rassure quant à la robustesse de la demande en Chine.

Malgré la forte hausse du titre depuis le début de l’année, nous restons très positifs sur LVMH après ces résultats qui surpassent nettement nos estimations.

* CIO de la Financière de l’Echiquier

 

 





 
 
 

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