Investissements durables: l’influence de l’UE

lundi, 27.05.2019

Jürg Rimle*

Jürg Rimle, responsable pour Fidelity International en Suisse.

Le sujet de la durabilité s’impose depuis un certain temps. En Suisse aussi, le marché pour les investissements durables s’est considérablement développé. D’après une enquête de l’association Swiss Sustainable Finance SSF, le volume d’investissements en fonds de placements durables, mandats et actifs financiers s’élève à 390,6 milliards de francs, soit une augmentation de 82% par rapport à l’année précédente (1). Cela ne représente certes que 8 % du patrimoine total à investir, il y a donc un potentiel de croissance (2). 

De nombreux arguments incitent à se pencher sur les investissements durables: entre autre les valeurs éthiques personnelles pour ne pas investir dans des armes controversées, par exemple, l’exploitation d’opportunités de placements en liaison avec la transition énergétique ou la conviction que les actions d’entreprises gérées dans l’optique de la durabilité ont un meilleur profil risque/rendement. Les obligations vis-à-vis de tiers gagnent aussi en importance. Cela tient à une plus forte pression sur les investisseurs professionnels de se préoccuper des incidences de leurs décisions de placements. 

Le fait que les investisseurs suisses misent de plus en plus souvent sur des stratégies de placements durables dépend aussi de deux conventions internationales importantes pour la Suisse. D’une part, la Suisse s’engage avec d’autres Etats membres de l’ONU à atteindre d’ici 2030 les Objectifs de Développement Durable (ODD), c’est-à-dire les objectifs de développement durable des Nations Unies. Dans sa stratégie sur la durabilité, la Suisse a décrit des mesures pour atteindre les objectifs et y responsabilise aussi le monde des finances. D’autre part, la Suisse a signé l’Accord de Paris sur le climat qui impose d’organiser aussi les flux financiers en intégrant les aspects du climat.

Si, pendant longtemps, surtout les entreprises étaient plus touchées par la régulation sur les critères ESG que les détenteurs et gestionnaires de patrimoine, la tendance a changé. D’après une analyse du fournisseur d’indice MSCI, environ 80% des projets de réglementation saisies par MSCI et par les UN PRI concernent les investisseurs et 20% seulement les entreprises ou les émetteurs (3). Cela est également promu par la Commission européenne. Avec le plan d’action concernant la finance durable, les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat doivent être atteints grâce à des «flux financiers plus compatibles avec le climat», le secteur des finances jouant un rôle décisif dans le cadre de la transition vers une économie à faibles émissions de carbone. 

Une première phase portera sur quatre Règlements sur la durabilité concernant la taxinomie des placements durables, les Green-Bonds-Standards, l’indice Bas Carbone et l’information sur les risques ESG. Même si la Suisse mise plutôt sur des standards volontaires que sur la force de la réglementation, il faut tout de même s’attendre, en raison du lien étroit avec les voisins européens, à des exigences plus strictes pour les investisseurs et gestionnaires d’actifs suisses. Il faut donc développer des pratiques dans le secteur financier afin de prendre en compte et d’intégrer systématiquement les facteurs de durabilité. 

Les caisses de pension jouent un rôle central dans ce cadre. Cela se manifeste également par le fait que les critères ESG sont devenus standard dans la plupart des appels d’offres d’investissements. On constate également que quelques grandes caisses de pension sont devenues actives surtout en matière de Benchmarks, d’émissions de CO2, d’engagement et de critères d’exclusion. Il faut s’attendre à ce que le plan d’action de l’UE soit un catalyseur pour une plus forte intégration des standards de durabilité par les caisses de pension suisses. Aujourd’hui déjà, on note que les caisses de pension considèrent que la prise en compte des critères ESG fait partie de leur responsabilité fiduciaire. Après une période pendant laquelle les investisseurs se sont mis au courant des critères ESG et ont collecté les premières expériences de mise en œuvre pratique, il est temps de promouvoir des standards contraignants.

La quantification des objectifs et des performances atteintes, le contrôle et la formulation de standards plus élevés en matière de transparence sont importants dans ce cadre. C’est dans cette perspective que s’inscrit la création de l’association suisse pour des investissements responsables (ASIR). Elle soutient ses membres pour qu’ils répondent à leur responsabilité de gestion des placements en fonction des critères ESG. Les institutions de prévoyance peuvent faire contrôler leurs portefeuilles en vue de respecter les lois suisses et les accords internationaux conclus par la Suisse. L’objectif est de créer la transparence afin que les membres intègrent dans le processus de placement les critères ESG en tant qu’élément de leur gestion des risques et afin qu’ils puissent influencer les entreprises le cas échéant. 

Une composante importante de la réglementation de l’UE actuellement encore très controversée est la taxinomie. Jusqu’à maintenant, il n’y a pas de standards et de critères objectifs pour mesurer la durabilité. Il va sans dire que l’UE doit trouver un compromis. La réglementation en matière de taxinomie doit être suffisamment souple pour offrir à toutes les parties prenantes un fort potentiel de diversification. Les classements doivent être aussi concrets et parlants que possible pour que les gestionnaires d’actifs puissent, par exemple, intégrer facilement les données dans leurs processus d’investissement.

Mieux qu’un système binaire, il sera nécessaire d’avoir aussi un éventail de classification échelonné laissant la possibilité d’une politique d’engagement active. A cela s’ajoute le fait que les classements devraient être conçus de manière sectorielle. Une exigence vis-à-vis de la politique est la suivante: rapidité avant la perfection. La taxinomie est une réglementation dynamique qu’il conviendrait d’améliorer en permanence. 

Les initiatives de l’UE concernant la finance durable établiront de nouveaux standards pour l’Europe et au-delà, entre autre pour les investisseurs suisses également. Ces derniers profiteront en même temps des mutations de la branche vers le financement durable. Le marché est en croissance et devient de plus en plus différencié, liquide et sophistiqué.

* Responsable pour Fidelity International en Suisse

1. Swiss Sustainable Finance (SSF) – Etude de marché suisse sur les investissements durables, 2018, données au 31/12/2017.

2. PwC: Paradigm shift in financial markets, 2019.

3. MSCI, ESG Trends to Watch in 2019.





 
 
 

AGEFI

Rafraîchir cache: Ctrl+F5 ou Wiki



...