Flexibilité du crédit multisectoriel

lundi, 29.04.2019

Eve Tournier*

Eve Tournier, Head Credit Portfolio Management EMEA, PIMCO.

Les marchés internationaux du crédit ont radicalement changé depuis la crise financière il y a 10 ans. Ils ont connu une croissance vertigineuse, entrecoupée de périodes de volatilité. Les métriques traditionnelles, comme les notations et le type de secteur, sont parfois moins pertinentes, compliquant ainsi le processus d’investissement. De même, les paris directionnels sur un secteur particulier du crédit pourraient devenir encore plus risqués alors que nous abordons les dernières phases du cycle de crédit. 

Une approche multisectorielle active et souple peut offrir de meilleurs résultats à long terme aux investisseurs en se focalisant sur les opportunités structurelles en vue de générer de l’alpha.

Trois facteurs essentiels renforcent encore l’importance d’une approche flexible de l’investissement sur le marché du crédit, à savoir la croissance des marches du crédit, l’évolution du risque de crédit sous-jacent et la difficulté de prévoir le bêta.

Les marchés internationaux du crédit ont atteint un volume de plus de 20 billions de dollars fin 2018, contre 13 billions de dollars environ il y a dix ans. Parallèlement à la croissance des segments traditionnels, d’autres secteurs, tels que le capital bancaire et les crédits structurés, se sont développés.

La croissance du marché crée davantage d’opportunités et génère des risques plus variés, de sorte qu’une approche multisectorielle est idéale pour maximiser l’ensemble des opportunités tout en réduisant la volatilité du portefeuille. Lorsque l’on quitte le monde des créances d’entreprises pour un univers de crédit plus large, la difficulté consiste à évaluer les corrélations entre différents produits et secteurs. L’évaluation d’un ensemble d’opportunités plus large nécessite des ressources globales et des techniques d’analyse avancées qui se distinguent de la recherche traditionnelle en crédit.

En outre, le risque de crédit a évolué. De nombreux emprunteurs ont profité d’un environnement favorable au crédit ces dernières années pour augmenter leur endettement à bon marché, augmentant le risque pour les investisseurs en case de défaut.  Une approche multisectorielle diversifiée pourrait permettre de mieux résister  aux pressions techniques des révisions de notations à la baisse et des risques de défaut.

Dans ce contexte changeant, il peut s'avérer difficile pour les investisseurs d’identifier des opportunités sur la base de performances et de corrélations historiques. Il est donc d’autant plus important d’analyser la sensibilité du portefeuille à de multiples facteurs. Cette analyse nécessite des ressources importantes pour comprendre les profils de risque et de convexité.

Enfin, il peut être difficile de cibler le bêta d’un secteur particulier dans le temps, surtout en fin de cycle de crédit. Dans un contexte macro-économique plus difficile, la dégradation du risque et la pression sur la liquidité sont plus élevées, ce qui peut accroître la volatilité et compliquer le timing du bêta pour les investisseurs.

Dans les environnements où les opportunités tactiques sont de courte durée, il est essentiel de posséder suffisamment de flexibilité et de liquidité. Cette approche réduit le risque de devenir un vendeur forcé, et peut aider les investisseurs à saisir des opportunités tactiques lors des dislocations du marché.

Pour de nombreux investisseurs, une approche multisectorielle du crédit peut représenter la meilleure option pour se positionner en vue de tirer parti de ces dynamiques. L’approche multisectorielle vise à évaluer les corrélations et à optimiser les facteurs de risque de manière globale au lieu d’adopter une approche différente pour chaque secteur, et s’efforce d’exploiter les inefficiences structurelles des marchés du crédit et d'initier ou liquider une exposition au bêta de crédit tactiquement selon l’évolution des valorisations. 

* Head Credit Portfolio Management, EMEA by PIMCO





 
 
 

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