Du temps pour la qualité

lundi, 29.04.2019

Anisse Marzouk*, Alexandre Marquis**

Anisse Marzouk, gestion du portefeuille clients, actions, Unigestion.

Au vu des niveaux incontrôlables d’endettement des entreprises, l’impressionnante reprise du marché US pourrait tout bientôt s’essouffler. Les investisseurs inquiets des potentielles corrections feraient bien de penser à minimiser le risque. Les entreprises de qualité présentant des bilans solides et des évaluations attrayantes pourraient être les dernières à tomber lorsque la correction frappera. Nous approchons de la fin du cycle, ce qui entraîne une révision de la croissance des bénéfices. Cette situation pourrait faire ressortir le niveau élevé de levier, caractéristique du marché US.

L’épilogue d’un cycle sans fin

Le S&P 500 a connu un rendement de près de 14% par an ces dix dernières années. Si les marges des entreprises étaient appuyées par l’environnement de taux faibles et les récentes mesures d’incitation fiscale, l’endettement a atteint des niveaux extraordinaires, notamment parmi les small et mid caps US.

L’alarme sonne clairement dès qu’on aborde la viabilité de la force du marché des actions US. Combinée aux hauts niveaux de levier, l’érosion des marges pourrait entraîner des difficultés de remboursement et, au pire, provoquer des défauts de paiement et des faillites. Une autre manière de comprendre la situation en termes d’effet de levier est de jeter un œil du côté des dettes d’entreprise à recouvrer en pourcentage du PIB, qui évoluent rapidement vers des niveaux préoccupants.

Investissez dans ce que vous comprenez

Les marchés peuvent avoir oublié, mais nous nous souvenons qu’il est périlleux de considérer les produits financiers, ou des groupes, sans savoir clairement ce qu’ils renferment et sans comprendre leurs mécanismes sous-jacents. Les investisseurs se concentrent souvent sur l’évaluation, les bénéfices et les déclarations de revenus, au lieu de se pencher sur la perspective générale de l’entreprise (sa rentabilité, sa capacité à rembourser sa dette, etc). Des événements susceptibles de réduire le dividende peuvent survenir, rappelant avec force la hiérarchie des paiements en cas de problème.

Une réduction du dividende est relativement rare, car elle envoie un signal très négatif, d’où le danger de ce type d’annonces. De nombreuses obligations de société viendront à échéance au cours des cinq prochaines années, et des dettes considérables seront dues au moment où les marges bénéficiaires devraient décroître, présentant un risque sérieux.

Ces remboursements auront un impact considérable, alors que l’érosion consécutive des marges bénéficiaires poussera de nombreuses entreprises à revoir leur politique de dividende ou les rendra incapables de rembourser leurs obligations à maturité, avec pour résultat la baisse de leur cote de solvabilité/notation.

Le risque actuel de défaillance de sociétés est souvent mesuré en fonction du taux de défaillance sur le haut rendement, lié comme on peut s’y attendre au niveau de dettes d’entreprise avec un décalage. Nous croyons pour nombre de raisons que les dangers vont au-delà de l’univers des hauts rendements et que les investisseurs doivent faire preuve de prudence:

• Les notations de crédit ont montré leurs limites par le passé

• Les entreprises «Investment Grade» sont susceptibles de présenter directement un défaut de paiement

Il est grand temps pour les investisseurs en actions de s’assurer que leurs expositions présentent la qualité suffisante pour protéger le capital dans une conjoncture difficile. Toute allocation défensive doit être faite à un niveau de levier raisonnable, mais la qualité devrait s’accompagner d’un prix raisonnable. De plus, au vu du niveau élevé des prix du marché US, les investisseurs devront agir plutôt tôt que tard. On pourrait dire que le les valorisations de marché sont tout aussi alarmantes que les niveaux de dettes d’entreprise.

* Gestion du portefeuille clients, actions, Unigestion

** Responsable de la gestion du portefeuille clients, actions, Unigestion





 
 
 

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